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[AVIS] Les fleurs de Shangai


  • Subject: [AVIS] Les fleurs de Shangai
  • From: Thierry Rubis <thb@Yours.com>
  • Date: 30 Nov 1998 17:46:14 GMT
  • Approved: frcs-mod@alma.fr
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Rubis Ltd
  • References: <m2af1gon5d.fsf@bow.rubis>
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:135

[Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]


de Hou Hsiao Hsien.


Ce qui frappe au début dans "Les fleurs de Shangaï", c'est le
formalisme du film. Il s'agit d'une succession de scènes séparées par
des fondus au noir, chacune racontant, en un plan unique, une action
simple (une réunion d'hommes, une dispute, une négociation). Elles se
déroulent toutes dans l'une ou l'autre des maisons de prostitution de
Shangaï, à la fin du XIXème siècle. L'écoulement du temps est
incertain, on ignore si quelques minutes, ou plusieurs mois ont passé
entre un plan et le suivant. De même, le jour et la nuit sont presque
toujours imperceptibles.

Cette succession de tableaux, comme pris au hasard, montre de manière
vivante le fonctionnement des bordels de luxe. On est au début ébloui
par la splendeur des décors et des vêtements, réchauffé par ce rouge
et ce marron omniprésents, dans une atmosphère intimiste éclairée à la
lampe à huile. Ce n'est qu'après qu'on commence à comprendre les
dissensions qui opposent les "pensionnaires" entre elles, parfois les
drames qu'entraînent leur dépendance et leur ignorance du monde
extérieur, lorsqu'elles sont abandonnées par un client, ou qu'elles
croient à de belles paroles.

Mais le procédé a ses limites. Au découpage en scènes bien séparées
s'oppose l'histoire, qui, elle, est continue. De sorte que les
personnages sont parfois obligés de raconter ce qui s'est passé
pendant ces fondus au noir : "Il a épousé une telle, puis est revenu
vers telle autre...". On se croirait au théâtre, et c'est la seule
maladresse du film.

De ces "Fleurs de Shangaï" qui portent des noms de pierres, je
retiendrai le visage de la plus belle des courtisanes : un visage aux
yeux fortement bridés, aux traits simples et nets, géométriques
(Michiko Hada). C'est un visage parfait et impénétrable : on se
demande longtemps si sa tristesse cache une vraie douleur, ou si tout
n'est que ruse de professionnelle. Et, de même, c'est peut-être pour
la garder plus longtemps que son client, sincèrement amoureux d'elle,
ruse et ne paie ses dettes et ses factures que progressivement.
Contrairement à la facilité brutale du sexe qui caractérise l'autre
film sur la prostitution de la semaine, "Claire Dolan", ici ce sont
les mouvements sinueux du désir que les client viennent acheter, et
c'est l'une des raisons du charme unique du film.


-- 
Thierry Rubis

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