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[CRITIQUE] L'Ecole de la chair, de Benoit Jacquot


  • Subject: [CRITIQUE] L'Ecole de la chair, de Benoit Jacquot
  • From: yrol@pratique.fr (Yannick Rolandeau)
  • Date: 26 Nov 1998 13:33:02 +0100
  • Approved: frcs-mod@alma.fr
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: fre3d
  • References: <3656238d.3652371@news.pratique.fr>
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:122


[Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

L'école de la chair de Benoit Jacquot
Avec Isabelle Huppert, Olivier Martinez, Vincent Lindon.


Décidément, dès qu'un cinéaste français essaye de parler du désir, pourquoi
faut-il qu'il soit si ennuyeux et si exsangue ? La chair est triste, hélas,
surtout avec Benoit Jacquot. Manifestement, le sujet ne passionnait pas
tellement Benoit Jacquot en adaptant librement le livre de Michima. Dans
cette transposition cinématographique, il n'y a plus rien du roman étrange
et mystérieux du romancier japonais. 

André Techiné, dans Hôtel des Amériques, parvenait tout de même à nous
séduire, là, c'est le néant total et un grand désastre. Plans fixes
répétitifs et monotones, acteurs totalement désincarnés et inhabités (on a
l'impression que le tandem Huppert-Martinez font l'amour par cerveau
interposé), le film ne convainc pas une seule seconde. Pourtant, il y a de
quoi faire : montrer une relation passionnelle entre un jeune homme et une
femme de quarante ans devrait susciter et mobiliser l'énergie d'un cinéaste
et emporter le spectateur dans un tourbillon charnel. Le sujet n'est pas
nouveau mais bien peu de cinéastes ont réussi à nous faire entrevoir la
mystérieuse alchimie de la passion. 

Ici ? Eh ! bien, non.  Exit du désir qui peut nous prendre sans y prendre
garde, exit les frémissements de la chair et des regards, exit la
mystérieuse et troublante excitation d'un corps pour un autre, exit les
problèmes intérieurs qu'une telle relation peut engager. Isabelle Huppert
reste une triste et froide effigie, Olivier Martinez, un faux voyou pour
publicité Café noir qui cherche vainement à nous convaincre de son désir,
Vincent Lindon est une "folle" (très à la mode) totalement ridicule et
pathétique et Danielle Dubroux, la copine qui sert simplement de déversoir
au prétendu malaise d'Isabelle Huppert. Bref, il n'y a rien de sensuel, de
charnel, d'émotionnel, de troublant, d'ambigu, de passionnel. 

A Cannes, c'est tout juste si on percevait ce que se disaient les comédiens
et il fallait lire les sous-titres anglais pour comprendre. En espérant que
cela n'était du qu'à l'urgence de montrer le film en compétition officielle
et que d'ici là, une post-synchro aurait été faite.
.
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 Yannick Rolandeau                                            yrol@pratique.fr> 
 Page d'accueil sur le cinema:    http://www.pratique.fr/~yrol
                                              ou http://www.mygale.org/00/yrol/

"Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter."           
                                    Cioran    

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