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[Realisateur] Jack Arnold - part 8


  • Subject: [Realisateur] Jack Arnold - part 8
  • From: kronos@hol.fr (Kronos)
  • Date: Fri, 09 Oct 1998 13:28:43 GMT
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  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection,fr.rec.cinema.discussion
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(wouéé j'ai trouvé un moment, voilà la dernière partie)


Jack Arnold
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Huitième et dernier épisode


Je ne vais pas m'étendre sur le travail de Jack Arnold à la télévision,
sachez simplement qu'il y'a travaillé pendant 20 ans comme réalisateur
de séries, de téléfilms, de shows TV, mais qu'il a aussi été embauché
(pour un très gros salaire) chez CBS comme producteur. Il a réalisé 
plusieurs centaines d'épisodes de séries comme "Rawhide", "Perry Mason",
"Wonder Woman" et même "La croisière s'amuse". 

La MGM l'embauche en 1960/61 pour réaliser "The Bachelor Paradise" avec
Bob Hope et Lana Turner. Arnold voulait en faire une satire de la vie
dans les banlieues, mais Bob Hope tire constamment la couverture pour
transformer le film en une comédie romantique à la gloire de ses talents
de séducteur, malheureusement, il n'est plus tout jeune, et tout cela 
parait bien ridicule. On peut quand même sourire à quelques scènes 
satiriques. Bob Hope a encore beaucoup de fans, et le film marche plutôt
bien. Donc, pas de raison de changer une équipe qui gagne, la MGM remet
ça trois ans plus tard. Contre l'avis du producteur Hal Bartlett, Bob
Hope impose Jack Arnold à la réalisation de "A Global Affair", navet
rarement drôle dont le contrôle échappe complètement à Arnold. En effet
Hal Bartlett a, dans son dos, complètement remonté le film et fait
tourner des séquences supplémentaires, de plus Bob Hope (dont l'égoïsme
forcené ne s'arrangeait pas) refusait toute scène où il ne serait pas
en vedette positive. Le résultat est assez navrant, et Arnold, plutôt
que de se battre contre des moulins à vent, accepte une proposition de
son ami et producteur William Alland : Il s'agit de "The Lively Set", un
film de plage ("Beach Party Movies") mettant en scène des jeunes, du
Rock'n Roll, des belles voitures, et parfois des surfs. Ce film, que je
n'ai jamais vu, a la réputation de présenter une course de voiture assez
impressionnante, le reste semble être tout à fait négligeable.

Quatre ans plus tard, en 1968 donc, Ivan Tors (dont Arnold connaissait
la future femme, pour l'avoir fait jouer dans un de ses films) prépare
le tournage de "Hello Down There", une comédie familiale (G-Rated) bien
nunuche, qui raconte l'histoire d'un architecte qui conçoit une maison
sous-marine et y amène toute sa famille pour prouver aux investisseurs
qu'elle est viable, la maison, pas la famille. Bien sur, il y aura des
teen-agers qui font du Rock'n Roll, ce qui n'arrange rien à l'affaire.

Jack Arnold garde de bons souvenirs du tournage en Floride, où il avoue
avoir passé beaucoup de temps à jouer avec les dauphins, et s'être bien
entendu avec toute l'équipe et en particulier l'acteur principal Tony
Randall. Je n'ai pas vu le film, et pour cause, la Paramount s'étant
fâchée avec Ivan Tors n'a jamais voulu le sortir autrement que dans 
quelques salles mal choisies. D'après Arnold, le film est "ce qu'il est"
c'est à dire un film pour toute la famille, il va de soit qu'il ironise
un petit peu.

Arnold continue son travail à la télévision et ce n'est qu'en 1973 qu'il
se voit confier un nouveau scénario à tourner. Curieux film policier,
dans le style détective nonchalant, où se mêlent meurtres mystérieux,
sectes et trafic de drogue, ces deux derniers points étant typiques des
années 70. Arnold tourne le film à grande vitesse si bien qu'il termine
avec deux jours d'avance et permet donc à Pat Rooney (de la Warner) de
faire de substantielles économies. Il tellement rare qu'un réalisateur
termine si vite que Pat Rooney offre à Jack Arnold des remerciements
publics dans le Hollywood Reporter, une pleine page. Le titre de 
tournage est "Stone" (c'est le nom du détective), mais la mode de la
blackxploitation va pousser la Warner à faire une énorme bourde, 
profitant que le héros du film est noir ils changent le titre en 
"Black Eye" et le distribue sur le réseau de la black exploitation.
Mais le film n'est pas assez "black" pour se vendre convenablement dans
ce cadre. "Black Eyes" est surtout intéressant pour sa poursuite en
voiture (décidément) tournée vraisemblablement sans l'autorisation de
la police.

En 1974 Arnold est demandé pour un tournage à Londres, il y va sans même
lire le scénario, ayant très envie de retrouver une équipe de tournage
anglaise (excellents souvenirs de "La souris qui rugissait"). Il va y
tourner une petite comédie pleine de jeunes femmes dévêtues et 
généralement nymphomanes. Arnold précise bien que le film n'est pas
terrible, n'ayant pas pu faire grand chose du scénario original, assez
pitoyable. Pourtant "The Bunny Caper" aura de bonnes critiques, allez
comprendre...

Toujours la même année Arnold rentre de Londres et retrouve l'acteur
vedette Fred Williamson pour tourner un western adapté à la mode, ce 
sera l'excellent "Boss Nigger" petite série B sans prétention dont 
j'aimerai bien voir la version scope. Le film n'aurait coûté que 
200000$ ce qui parait peu probable vu la qualité du travail effectué, 
mais connaissant les capacités d'Arnold à économiser, on peut quand même
croire la chose possible. Pour aller plus vite il aurait été, en plus de
réalisateur, maquilleur, décorateur, etc. L'histoire est celle d'un 
chasseur de primes black qui vient faire le ménage dans une ville de
blancs, il est soutenu par tous les pauvres de la région (en
particuliers les peones mexicains). Rythme soutenu, interprétation 
correcte, scénario sans grande surprise mais bien amené, bref un bon
petit film, qui d'ailleurs aura de bonnes critiques et rapportera 
largement de quoi rendre heureux n'importe quel producteur.

Le dernier film de Jack Arnold sera "The Swiss Conspiracy", une
coproduction germano-américaine avec un casting (réuni par Arnold, qui
en profite pour réécrire le scénario) assez intéressant, Ray Milland,
John Ireland, Johan Saxon, Elke Sommer, pas mal tout de même. Le film
est, semble-t-il, une belle réussite, mais les distributeurs vont le 
limiter à l'Europe (où il marche très bien), sans jamais le sortir aux
États-Unis, s'en suivra un procès envers les distributeurs, des 
histoires de gros sous incompréhensibles qui finiront de dégoûter Arnold
du milieu des producteurs et des distributeurs. Il met un terme à sa
carrière cinématographique, et préfère se consacrer à la télévision.

Chassez le naturel...

Ce n'est que quelques années plus tard qu'Arnold aura envie de retrouver
les plateaux, il a préparé durant de long mois une nouvelle adaptation 
de "The Lost World", les quelques dessins que l'on a pu voir, les longs
extraits du scénario, laissaient entrevoir ce qui aurait put être un
grand film fantastique (un genre qu'Arnold aurait bien aimé retrouver).
Mais encore une fois la malchance, et le panier de crabes de la 
production, allait avoir raison du projet. Pourtant John Landis, grand
fan de Jack Arnold, s'était proposé spontanément comme producteur 
exécutif, les repérages étaient faits, tout était prêt. Le budget
proposé par Arnold passait en commission pour être validé, quand Arnold
tombe malade, et John Landis entame un longue période de déprime à cause
de l'accident sur le tournage de "Twilight Zone". Personne ne pourra 
défendre le projet, il tombera à l'eau.

Redécouvert et considéré comme un grand réalisateur par la bande à 
Landis aux États-Unis, et par les cahiers du cinéma en France (entre 
autres), Arnold sera beaucoup sollicité dans les années 80, présent dans
de nombreux festivals et émissions de télé en son honneur. Dana M.
Reemes lui consacre un excellent bouquin en 1984 "Directed by Jack
Arnold" (de nombreuses anecdotes et informations sont tirées pour écrire
ces quelques lignes). Aujourd'hui Universal ressort régulièrement ses
 classiques du cinéma fantastique, que sont, "L'étrange créature...",
"L'homme qui rétrécit" et autres "Tarantula", ses westerns, par contre,
sont plus rares, dommage.

Jack Arnold décède le 17 mars 1992, il restera pour beaucoup le père 
des "Atomic Monsters Movies", mais il est bien plus que cela, il est
de ces réalisateurs complètement intégrés au système des studios, et 
qui, grâce à leur talent, ont réussi à dégager de la production standard
et aseptisée de véritables petits bijoux.


Allez, bientôt la bio-filmographie d'un des plus grands réalisateurs
du muet et des débuts du parlant, l'étrange Tod Browning. À dans 
quelques semaines.

ps: Vous retrouverez bientôt l'article sur Jack Arnold, agrémenté de
    nombreuses photos et affiches sur le site Lumière! dans la section
    réalisateur. http://www.lumière.org/

-- 
Kronos  aka Christophe Rouvel
kronos@hol.fr


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