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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] 'Il faut sauver le soldat Ryan' : main basse sur l'histoire
Il faut sauver le soldat Ryan (Saving Private Ryan)
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Réalisé par Steven Spielberg
1998 - 2h50
Avec: Tom Hanks, Edward Burns, Tome Sizemore, MattDamon
'Il faut sauver le Private Ryan' est un film assez détestable, un
scandale que je m'étonne de ne pas voir davantage dénoncé, 'a disgrace'
comme on dit au pays de Spielberg.
Qu'on puisse me faire dire et penser cela d'un film ayant pour cadre le
Débarquement en Normandie, et comme protagonistes des Gi's venus de si
loin mourir pour nous libérer du nazisme, à moi qui ai ai un immense
respect pour eux et ai pleuré à Colleville, est un triste exploit que je
n'aurais jamais cru possible et qu'un Spielberg au sommet de sa
propagande réac' a pourtant réussi.
Honte sur lui !
Passons rapidement sur la qualité technique du film et la désormais
fameuse première demie-heure, effectivement scotchante (on évitera de
passer au MacDo juste avant), d'autant plus époustouflante
cinématographiquement qu'elle est 'vierge', qu'elle n'est encore teintée
d'aucun discours ambigü, d'aucune morale douteuse.
Des soldats dans des péniches de débarquement se font massacrer avant
même d'avoir vu la Terre de France, alignés comme au tir aux pigeons ;
on est avec eux, on est eux, contre un ennemi encore invisible derrière
ses miltrailleuses, ennemi dont on ne doute pas un instant qu'il sera
nommé, démasqué, dénoncé dans la suite du film car c'est lui contre
lequel on se bat, c'est lui la cause de ce débarquement et de cette
bataille.
Passons sur quelques vrais grands moments de cinéma, tous quasi-muets :
la scène où une secrétaire reconnait le nom Ryan sur plusieurs fiches et
fait le lien entre les 3 frères, la scène où on vient annoncer à la mère
Ryan la mort de ses enfants, celle où les soldats se débattent et
meurent sous l'eau, ou celle où le commando joue avec les plaques de
soldats morts devant les nouveaux venus...
Du très grand cinéma. Spielberg sait filmer ; là n'est pas le problème.
Passons aussi rapidement sur la descente qui suit le 'shoot' du D-Day,
'climax' que nulle scène ne viendra égaler, d'où une légitime
déception. Non pas que le film soit mauvais pendant encore 2 (longues)
heures 30, mais il est forcément, de facto, lent et en retrait ; les
scènes se succèdent et se trainent engendrant un manque que la dernière
bataille du film (la défense du pont), injection coupée, frelatée de la
morale déversée pendant l'heure qui la précède, ne pourra combler ou
nous redonner le kick initial.
Passons enfin sur l'aberration scénaristique que Spielberg n'a
apparemment pas su dénouer, et qui donne 3 points de vue pour un seul
flashback, 3 personnalités pour un seul vétéran en visite à Colleville
: d'abord le Capitaine Miller (TomHanks),puisqu'on 'fond' sur lui dans
la péniche, ensuite Upham l'écrivain 'à la machine à écrire', dont tout
le mileu du film est décrit via son regard et ce qu'il écrit, enfin
Ryan qui EST le vieux monsieur.
Comment peut-on voir le débarquement via Ryan puisqu'il n'y était pas
(parachuté à l'arrière des lignes) est un mystère. Passons....
Passons vite, pour nous intéresser plutôt au discours du film, à son
message.
Si on ressent un malaise en sortant de ce film ce n'est pas tant dû aux
cadavres, au sang qui gicle ou au tripes arrachées, qu'au message
quasi-subliminal distillé tout au long. On sort avec un doute, qui
grandit et qui ne vous quitte plus, doute sur ce que le film, Spielberg
a bien voulu dire.
On entend et on lit à droite et à gauche que "la guerre n'avait jamais
été filmée ainsi", dans toute son abomination, dans toute sa connerie.
Le film , notamment sa première demi-heure, serait donc un film
anti-militariste dénonçant les horreurs de la guerre. Certes : la
séquence ou les Gi's se font abattre avant d'avoir posé un pied à terre,
les balles traçantes les atteignant sous l'eau, ou meurent noyés,
étranglés par leur paquetage, est incroyablement forte, monstrueusement
superbe.
'Ryan' un film 'anti-militaires' ? Oh bien sûr pas anti-trouffions qui
n'en peuvent mais, réquisitionnés, 'draftés' qu'ils sont pour venir
libérer loin de chez eux un pays qui n'est pas le leur, mais serait un
film anti-militariste, anti-gradés, anti-hierarchie, ceux qui prennent
les décisions mais ne vont pas au feu ? ("La guerre est faite par des
gens qui ne se connaissent pas et qui se tuent au profit de gens qui se
connaissent mais ne se tuent pas" disaitValéry)
Alors le prétexte est mal choisi : le cadre du 6 juin ne se prête pas,
ne pourra jamais se préter à la dénonciation de la guerre. Peut-on dire
"je suis contre la guerre" quand on parle du 6 juin? Est-ce un discours
possible ?
Donc Ryan n'est pas, car il ne peut pas être avec un tel prétexte
historique, un film anti-militariste.
Au delà d'un discours héroïque ou de reconstitution historique, déjà
traité par le "Le jour le plus long", le seul, l'unique discours
possible, ayant pour cadre le débarquement, est un discours universel de
libération, de reconquête de cette liberté, de lutte contre le mal, mal
absolu représenté par le nazisme .
L'énorme problème, le hic majeur de ce film c'est qu'il ne tient pas ce
discours.
Le gigantesque scandale c'est qu'il s'approprie un moment universel, un
évènement qui appartient à l'humanité toute entière, la reconquête de sa
liberté, pour en faire un film anti-universel, un film à destination
unique du public américain, (mais du marché mondial), un film
américano-centré, un film au discours (doublement) pourri, encadré de
deux plans du drapeau américain.
L'exact contraire d'un 'Titanic' où Cameron s'empare d'un
micro-évènement pour en faire un symbole universel.
Finalement tout est déjà dans le titre : "Il faut sauver le soldat
Ryan".
Ils ne sont pas là pour libérer un continent, combattre le nazisme, se
battre pour une cause noble... non ils sont là pour récupérer un brave
petit gars de chez eux, du Middle West, tout droit tiré d'un tableau
d'EdwardHopper, small piece of americana directement sortie d'un spot
publicitaire républicain (ou démocrate d'ailleurs).
Ils ne viennent pas sauver des civils, des populations, des familles,
des enfants, ils viennent sauver Ryan. La seule tentative, par le soldat
Caparzo, contre les ordres du Capitaine (TomHanks), de sauver un enfant
du massacre et de la ligne de mire d'un tireur isolé pour l'emmener plus
loin, se termine par la mort du soldat. Il a désobéi au Capitaine, il a
payé : il est mort. Bref, "ne nous mêlons pas des affaires des autres,
sauvons les américains, uniquement les américains" est le premier
discours de ce film, annoncé comme tel par le titre.
Une morale à la Rambo, à la "Portés Disparus", une morale qui pue.
Cette famille française sera d'ailleurs la seule à apparaître dans ce
pays fantôme, parcouru uniquement par les américains (où sont les
Français ? où sont les anglais ? où sont les Canadiens ? où sont les
Forces Alliées ???), dans ces villages déserts, dans ce pays qui est la
France mais qui pourrait être n'importe où (quelques pubs pour l'alcool,
quelques inscriptions, mais pas de carte, peu de noms) n'importe quand,
contre un ennemi qui pourrait être n'importe-lequel.
L'ennemi mystérieux derrière les mitrailleuses sur la plage n'est
presque pas nommé, jamais dénoncé dans tout ce qu'il représente pourtant
: certes on trouve un couteau des jeunesses hitlériennes, certes le
soldat Mellish 'nargue' les prisonniers allemands avec sa Croix de David
en criant 'juden , juden', certes on parle un peu allemand, mais la
lutte contre le nazisme n'est pas précisée, n'est pas leur combat.
IndianaJones lui se battait clairement contre des nazis clairement
identifiables, tant soldats et gradés, que matériels décorés de croix
celtiques; pourquoi ce recul, non fortuit, de la part de Spielberg en
passant de la fiction 'LostArk' à la fiction 'Ryan'?
Où sont passés les sigles nazis et les uniformes allemands dans 'Ryan ?
Pourquoi l'armée allemande est-elle aussi peu identifiable ? On a connu
Spielberg plus explicite dans sa description des ennemis....
Des ennemis 'reproductibles' sur un territoire isotrope, pour une cause
(la libération de l'Europe du nazisme) jamais annoncée comme telle,
'Ryan' se lit trop facilement comme une métaphore : la métaphore de
toutes les interventions américaines, le 6juin n'en étant qu'une parmi
d'autres , depuis les 'inattaquables' "Italie, Africa" jusqu'au plus
récentes, et moins 'inattaquables' Nicaragua, Irak,
Non seulement 'Ryan' n'est pas le film anti-militariste que certains
voudraient y voir mais il est même le contraire, en s'avançant masqué,
comme les militaires.
La guerre c'est moche mais il faut la faire.
Avec un tel prétexte historique, aucun européen ne peut penser
autrement... Aucun américain non plus d'ailleurs ; personne.
Prise d'otage.
It's a dirty job but somebody's got to do it !
Et ce somebody c'est l'Amérique "land of the free, home of the brave".
Qui d'autre ?
En s'appropriant la plus inattaquable des interventions américaines pour
justifier tout le reste, Spielberg fait main basse sur l'histoire.
Message aux européens : "Le 6juin a fait de nous les gendarmes du monde,
qui défendons nos intérêts quand ça nous arrange, où ça nous arrange, et
vous autres Européens seriez mal placés pour critiquer".
Message aux américains : "Nos soldats veillent aux intérêts de
l'Amérique et vous protègent. Mais vous devez vous montrer digne d'eux.'
Soyez dignes de nos morts.
'Ais une vie digne' (' make it worth it') demande le Capitaine Miller
avant de mourir à Ryan.
"Ai-je été un homme bien ?" demande Ryan âgé dans le cimetière à sa
femme devant ses enfants bien blonds bien propres.
C'est quoi être un homme bien ? Ca veut dire quoi ? Il faut faire quoi
pour se montrer à la hauteur de nos morts ?
Là encore la porte vers le "politiquement correct" et la morale
pourrie est trop grande ouverte pour qu'on aille pas y jeter un oeil :
les hippies "FlowerPower-MakeLove notWar" des années 60 ont-ils été
dignes des Gi's morts à Omaha ? Ceux qui ont refusé de combattre au
Vietnam se sont-ils montré dignes de leurs ainés ? Peut-on fumer ET
inhaler ?
Ceux qui aujourd'hui sont objecteurs de conscience sont-ils dignes des
vétérans de 44, des vétérans de toutes les guerres jusqu'au Golfe, et
de toutes les interventions américaines ?
Peut-on finalement être contre les militaires, en étant digne de ceux
morts pour notre liberté?
Peut-on être 'bien' et être contre l'armée ?
Vous avez dit anti-militariste et universel 'Il faut sauver le soldat
Ryan' ??????
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Tchao
Arnaud
Av@n'Ti!! http://home.nordnet.fr/~athuru/
'Je sais qu'un jour, mais rien ne presse, nous ferons le reste' (Dolly)
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