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[Realisateur] Jack Arnold - part 6


  • Subject: [Realisateur] Jack Arnold - part 6
  • From: kronos@hol.fr (Kronos)
  • Date: Thu, 24 Sep 1998 10:21:26 GMT
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Jack Arnold
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Épisode 6


Donc, à propos de "The Space Children":

L'histoire est d'une naïveté confondante, un groupe de chercheurs 
travaillent dans une base secrète sur les plans d'une nouvelle arme
nucléaire, leurs enfants sont "télépathisés" par une espèce d'extra
terrestre en forme de gros cerveaux, il les emploiera pour essayer de
saboter le projet afin de sauver l'univers. C'est pas beau ça?

Heureusement Arnold essaye d'aller un peu plus loin, même si l'on voit
la créature (exploitation oblige), on sent bien qu'il voudrait faire
passer les enfants pour les véritables instigateurs du sabotage, 
l'innocence victorieuse de la vraie folie en quelque sorte. Ou alors,
connaissant les convictions religieuses d'Arnold, considérer le 
"cerveau" comme quelque chose de divin. Reste que le manque de moyens se
fait vraiment sentir, les plans ont été fait le plus simplement 
possible, et jamais le filmage ne sort des rails bien tracés d'un
certain académisme, mise à part les scènes dans la grotte, et quelques
plans d'extérieurs plutôt réussis. Heureusement, les enfants jouent très
bien, ce qui est assez capital (rien de pire qu'un film où les gamins 
passent leur temps à réciter et à regarder la caméra). Jack Arnold aime
beaucoup ce petit film, pour son message simple, et les bons souvenirs
qu'il garde du tournage. Un film rare qu'il serait bon de voir diffusé
un de ces quatre.

On est au beau milieu de l'année 1958, Jack Arnold a navigué de studios
en studios, et l'occasion se présente, grâce au compositeur Joseph
Gershenson, de revenir chez Universal, et de retrouver un thème qui 
inspira, en son temps, l'histoire de l'étrange créature du lac noir.
Jack Arnold n'avait pas envie de le tourner, le script lui paraissait
très faible, mais son contrat n'était pas terminé et il ne voulait pas
risquer de se faire virer. Et bien, croyez le ou non, mais "Monster on
the Campus" ("Le monstre des abîmes"), est un sacré bon petit film.
L'histoire est celle d'un Coelacanthe, récemment retrouvé, conservé par
une forte dose de radiation (peu importe la bêtise de l'argument, c'est
un simple McGuffin), le truc c'est que son sang radioactif peut 
transformer les créatures qui le boivent en leur équivalent 
préhistorique (on ne pourrait plus faire ce genre de films aujourd'hui,
snif).

On y verra donc, un chien policier se transformer en smilodon de la plus
belle espèce, une libellule inoffensive devenir carrément énorme et 
assez agressive, et, bien sur, le professeur ne manquera pas d'être 
suffisamment maladroit pour goûter lui aussi à un peu du nectar. Le 
casting n'est pas des plus reluisants, en effet, Joanna Moore et Arthur
Franz brillent plutôt par leur manque de motivation. Mais le scénario
donne de quoi se distraire, les bestioles géantes, les transformations
en homme préhistorique, des meurtres bien mystérieux (pour ceux qui
savent pas), du suspense sans trop de bavardages scientifiques (Jack 
Arnold avait cette qualité qu'il n'insistait jamais lourdement sur de
vagues explications pseudo scientifiques), tout cela est très bien filmé
et on ne s'ennuie pas une seule seconde. Les scène où le professeur se
rend à l'écart des autres pour expérimenter la transformation, essayer
de reprendre le dessus sur la créature vers laquelle il a régressé, ne
sont pas sans rappeler un certain Dr Jekyll et son pendant Mr. Hyde.
C'est très bien traité, sans lourdeur, et je m'étonnerai toujours que
Jack Arnold n'aime pas ce film, curieusement, il en a même presque 
honte. À la limite, pour le titre, on le comprends, pour une fois la
traduction française, "Le monstre des abîmes", est plutôt bien trouvée
et correspond beaucoup mieux à l'ambiance assez glauque et mystérieuse
du film. Une petite série B chaudement recommandée.

C'est bientôt 1959, et le film suivant de Jack Arnold y sortira en 
février. Il s'agit, ni plus ni moins, d'un de mes westerns préférés,
une surprise de taille. "No Name on the Bullet" ("Une balle signée X")
est l'exemple typique d'une série B aux possibilités techniques et
scénaristiques parfaitement exploités, dans tout les sens du terme.

Le thème est a priori classique mais exploité de manière assez 
originale. Un tueur à gage notoire reconnu très dangereux arrive en
ville, mais pour tuer qui? Affolement chez les notables, tous coupables
d'un petit (ou d'un gros) quelque chose, et sans que le tueur fasse quoi
que ce soit (il se promène beaucoup), les masques tombent. C'est du 
génie ce western, vous allez me dire tout de suite il y'a un gros trou
dans le scénario, pourquoi si c'est un tueur notoire, ne l'arrête-t-on
pas légalement? Tout simplement parce qu'il est très psychologue et 
qu'il se débrouille toujours pour énerver sa victime pour qu'elle sorte
son arme la première, d'où la systématique légitime défense. De plus,
une tentative d'élimination plus illégale se solderait par un échec, 
c'est aussi un tireur très rapide et très adroit, et puis le notable est
très couard. Le film va encore plus loin, John Gant (le tueur) est une
sorte de philosophe, et, au court de discussions avec le shérif, arrive
à le faire douter de ses notions du bien et du mal, dictées par son
étoile d'homme de loi.

Ce film est d'une richesse incroyable, et parmi les nombreuses séries B
que j'ai pu voir, il représente l'une des plus belles surprises. Autre
chose d'étonnant, c'est Audie Murphy, acteur généralement très moyen
(peu
gâté par les scénarios il faut bien le dire), qui ici, s'en sort mieux
que bien. Mais on l'a déjà vu, rien d'étonnant, Jack Arnold est un
excellent directeur d'acteurs, à condition que ces derniers se laissent
faire (Arnold ne les aurait jamais forcé). En fait, Arnold est l'un des
rares metteurs en scène, avec John Huston, à avoir réussi à cerner la
personnalité d'Audie Murphy, loin d'être le cow-boy macho qu'il 
interprétait régulièrement, c'était plutôt quelqu'un d'une grande 
sensibilité et d'une grande finesse. Le rôle lui va à merveille.

La mise en scène est très épurée, comme souvent chez Arnold, on y trouve
aucun truc poussif pour raccrocher le spectateur (idem pour le scénario
d'ailleurs), les mouvements de caméra suivent souvent John Gant pour
s'attarder sur les dégâts provoqués par son seul passage dans la rue.
La fin est une petite merveille d'intelligence, elle permet même de
justifier (mieux, de rendre indispensable) la petite amourette obligée, 
la mise en scène et le montage étudiés pour amener le spectateur à 
douter, et à se faire pratiquement toujours piéger (ce n'est pas un
spoiler). 

C'est la dernière réalisation de Jack Arnold pour Universal. Il fera
encore un très bon film (de suite, on y viens), et finira par gâcher
son talent à la télévision et dans des productions sans grand intérêt,
voyons tout cela en détails et commençons par écouter comment rugit la
souris.

Heeeeuuuu, la semaine prochaine OK?


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Kronos  aka Christophe Rouvel
kronos@hol.fr


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