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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CONTE] Le silence, de Mohsen Makhmalbaf
Oui, cela pourrait commencer ainsi, ici, comme un conte. Il y avait un
enfant, qui s'appelait Khorsid. Ce n'était pas un enfant comme les
autres ; il était blond, alors que dans son pays tout le monde avait les
cheveux noirs. Il avait une bonne amie, une jeune fille du nom de
Nadereh. Elle avait des nattes longues, longues jusqu'au sol, une robe
de toutes les couleurs, des pétales de fleur à la place des ongles, et
le plus beau visage de jeune fille du monde.
Mais Khorsid ne voyait rien de tout celà, car il était aveugle. Il se
déplaçait les mains en avant pour éviter les obstacles. Ce qu'il voyait,
lui, ce qu'il aimait passionément, c'était les sons : le bourdonnement
de son abeille, les instruments à corde, les douces voix des jeunes
filles. Il les aimait tellement qu'il était capable de suivre un son
entendu dans la rue, et de se perdre dans la ville. Par dessus tout, il
recherchait une certaine musique inconnue, qui venait d'un pays
lointain.
Il n'était pas riche, Khorsid. Il devait travailler, malgré son jeune
âge, chez un patron vieux et méchant. Et sa mère le pressait de ramener
de l'argent, pour payer un propriétaire encore plus méchant. Alors
Khorsid faisait ce qu'il pouvait ; mais ce n'est pas facile quand on est
aveugle, tout petit, et qu'on aime trop les jolis sons.
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C'est donc un conte, moins par l'histoire que par les personnages, à
cause de la jeune fille, ange protecteur, à cause de l'enfant qui
poursuit une quête dont l'objet n'apparaît que peu à peu. C'est un conte
parce que les personnages s'acceptent tels qu'ils sont, sans étonnement,
et remplissent le rôle qui leur est assigné. C'est un conte oriental,
enfin, par l'éblouissement permanent des sens : aux sons qui occupent
l'esprit de l'enfant répondent pour le spectateur les couleurs vives des
vêtements, le pittoresque du marché ou les promenades au bord du lac.
Les images sont comme une représentation visuelle de l'univers tel qu'il
est appréhendé par l'enfant. Les visages qu'il caresse sont vus en gros
plan ; les gens qu'il aime sont beaux, tandis que ceux qui le
maltraitent n'ont même pas de visage. D'une manière générale, le film
cherche plus à décrire qu'à raconter.
Bien sûr, le formalisme du film agace au début, et la fin est plutôt
ratée. Makhmalbaf y a mis trop d'élément biographiques ; comme les
cinéastes Iraniens, et Mahkmalbaf en particulier, aiment bien se mettre
en scène, je suppose que l'enfant-chef d'orchestre, c'est lui, le
réalisateur. Mais c'est un détail ; le film est d'abord une belle
évocation d'un monde un peu différent.
(Je suis étonné par la capacité qu'a le cinéma iranien à traiter tout le
temps des deux ou trois mêmes sujets : la difficulté d'être un enfant,
le pouvoir du cinéma, ici des sons, sur les esprits, la poursuite d'une
idée fixe - sans se répéter, sans devenir fatigant.)
Le Silence, de Mohsen Makhmalbaf (titre iranien ?)
France/Tadjikistan/Iran - 1h16 - 1998.
Avec Tahmineh Normatova, Nadereh Abdelayeva, Golbibi Ziadolahyena... et
Khorsid.
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