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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Realisateur] Jack Arnold - part 5
Jack Arnold
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Épisode 5
Le film marche plutôt correctement et Arnold se voit proposer une autre
série A, encore avec Jeff Chandler, mais surtout, avec un acteur que
Jack Arnold craignait de ne pas maîtriser, Orson Welles. Il s'agit de
"The Man in the Shadow" (dont les titres sont nombreux "Seeds of Wrath"
ou encore "Pay the Devil", ce dernier titre ayant été vaguement traduit
pour la sortie française par "Le salaire du diable"). Pour une série A
le budget était très réduit (600000$) et le film est l'un des rares
tournés en CinémaScope et en noir et blanc. Attention, si vous cherchez
à voir ce film, de ne pas le confondre avec un film homonyme, sorti la
même année, mais dont le réalisateur est Montgomery Tully (ce film est
souvent sous-titrée "Violent Stranger"). L'histoire du "Man in the
Shadow" de Jack Arnold, est celle d'un riche propriétaire de ranch,
dont les employés commettent un crime raciste, s'en suivra un
affrontement avec le shériff local (Jeff Chandler).
La participation de Welles à ce tournage est peu connue, il avait, en
fait, besoin d'argent, comme souvent, et a signé son contract sans même
lire le script. Arnold raconte qu'après avoir appris qu'il devait
diriger Orson Welles, il avait décidé de lui laisser faire ce qu'il
voudrait sur le tournage, préférant éviter d'éventuels clashs avec
quelqu'un d'une telle envergure, que, de plus, il estimait beaucoup.
Mais durant le tournage Arnold du, de temps à autre, imposer son point
de vue. Comme il le dit à Welles lors de leur premier accrochage :
"Mr. Welles vous êtes un génie et un bien meilleur réalisateur que moi
(A hell of a better director) mais c'est mon nom qui sera sur le film.
Alors si vous voulez bien, monsieur, nous allons tourner ce plan comme
je l'entends".
Impressioné par le culot de Jack Arnold, Welles qui appréciait ce genre
d'adversité, devint beaucoup plus coulant et amical. Arnold raconte que
la suite du tournage se passa quasiment sans problème (seul autre ennui,
Welles avait très peur du chien de garde avec lequel il du tourner une
scène) et qu'il profita des nombreux conseils de Welles pendant tout le
tournage. Ces conseils apportent pas mal d'originalité au film et sont
parfois aisément repérables. Les critiques seront plutôt bonnes,
regrettant le clacissisme de l'histoire mais appréciant la qualité de la
réalisation et la porté sociale de ce western moderne.
Le film suivant sera beaucoup plus léger, et beaucoup plus connu, il
s'agit de "The Lady Takes A Flyer" ("Madame et son pilote", ou encore
"Escale à Tokyo"), une autre série A, toujours en scope, Eastmancolor,
et mettant en vedette Lana Turner, Jeff Chandler et Richard Denning.
C'est aussi l'occasion pour Arnold de retrouver William Alland à la
production.
L'histoire est typique des comédies romantiques, trois pilotes, deux
hommes et Lana Turner, fondent une compagnie de transport aérien, une
fois l'un des deux hommes choisi par Lana Turner (Jeff Chandler),
l'autre se retire et leur laisse la compagnie. Et viendra un bébé, une
femme fatale qui fera craquer Jeff Chandler, une bravade de Lana Turner
qui veut rejoindre Londres seule, une panne de moteur, un suspense final
haletant, et tout est bien qui fini... Vous verrez bien comment. Pas de
quoi s'en relever la nuit, histoire classique et sans la moindre
rugosité, reste de nombreuses scènes aériennes assez intéressantes, et
une propreté de la réalisation très constante et plaisante. De plus, il
y a Lana Turner, très belle et excellente actrice, allant sur ses
quarante ans, ce qui, franchement, lui va très bien. Jeff Chandler est
toujours un peu fade, mais très professionel. Arnold garde un excellent
souvenir du tournage puisqu'il a pu se livrer à l'une de ses passions,
le pilotage.
C'est à ce moment que des changements à la tête d'Universal provoquent
le départ d'Albert Zugsmith pour la MGM, Jack Arnold, qui termine son
contrat (les contrats pour les réalisateurs duraient 7 ans à cette
époque, mais, comme pour les acteurs et les actrices, les studios se
les prettaient) le suit chez MGM pour mettre en chantier et tourner
l'incroyablement hilarant "High School Confidential", dont le titre
français donne déjà à rire, "Jeunesse droguée". Ce film est affolant, on
ne sait jamais par quel bout le prendre, d'un coté il est fait pour
attirer les jeunes dans les salles, c'est un pur produit d'exploitation
qui rapportera plus de huit millions de dollars alors qu'il n'en avait
couté qu'un demi million. D'un autre coté, morale oblige, et pour
contrebalancer le coté raccoleur (jeunesse, drogue, sexe, rock n'roll
ont été souvent rajouté sur les affiches) on y fait une certaine morale.
Mais c'est là que ça devient plutôt drôle, c'est que la morale est
assénée de manière si ridicule, la drogue est montrée de manière si peu
documenté, bref, le tout est tellement manichéen qu'on ne sait plus où
donner de la tête. Immaginez, on commence par fumer de la marijuana, et
forcément on passe à des choses plus fortes, et forcément, quand on est
bien accroc, on est vendu dans les réseaux de prostitution par le
méchant Mr. A. Sauf que, Arnold (qui, dit-il, ne connaissait rien à la
marijuana), rend les jeunes sympathiques et ridiculise les sentencieux
adultes, l'ouverture du film est un bon exemple : Un docteur, en plan
fixe, annonce "Pendant que les parents dorment, leurs enfants deviennent
accrocs" et paf, coupe franche, on enchaîne sur Jerry Lee Lewis en
personne, le son au maximum. Hum, il n'y connaissait peut-être pas
grand chose Jack Arnold, mais on sent bien pour qui il tenait, ou, en
tout cas, qu'il n'aimait pas les sentencieux. À l'arrivée, le film est
tellement satirique (involontairement ou volontairement, là est la
question) qu'il ressemble plus à une exhortation à fumer de la marijuana
plutôt qu'autre chose.
Le casting est excellent, peut-être pas en qualité, mais en célébrités
c'est du serieux: Russ Tamblyn (le Matthew Broderick des années 50/60),
Jan Sterling, John Drew Barrymore (là c'est carrément drôle, hum, c'est
le fils de John Barrymore, le père de Drew Barrymore, et il perdra les
pédales pour tomber la tête la première dans les drogues dures), Mamie
Van Doren (dans le rôle d'une tante hyper sexy et qui aimerait bien se
taper son neveu, enfin, c'est pas exactement ça mais je ne voudrais pas
trop vous gacher le plaisir), Jackie Coogan (le "Kid" de Chaplin,
l'oncle Fester de la famille Adams) dans le rôle du dealer en chef,
Jerry Lee Lewis dans son propre rôle, et les enfants de Charlie Chaplin
et de William Wellman (respectivement, Charlie Chaplin Jr. et William
Wellman Jr., on ne peut pas se tromper), sans compter un certain Michael
Landon, qui, quelques années plus tard, coupera beaucoup de bois dans
une série TV bien connue, si si, cherchez bien, une petite maison, dans
une prairie...
Enfin bon, le film est donc un très gros succès, il va lancer la mode
des films rock n'roll. On a vu que Zugsmith avait quitté Universal pour
la MGM, et bien pendant ce temps William Alland avait rejoint la
Paramount. De là bas, il fait appel à son complice Jack Arnold pour
venir y réaliser un film de science-fiction, "The Space Children",
inédit en france (sauf, peut-être, à la télévision). Pourquoi choisir
Jack Arnold? Et bien pour trois raisons simples, la première c'est que
les deux hommes se connaissaient bien, la seconde c'est que la Paramount
ne voyait pas d'un mauvais oeil un réalisateur qui tournait pour pas
cher et rapportait beaucoup, la troisième vient du sujet même du film,
c'est un film profondément humaniste, et ça, c'est une spécialité de
Jack Arnold.
Donc, la semaine prochaine? Ben "The Space Children" pour sur!
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Kronos aka Christophe Rouvel
kronos@hol.fr
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