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[CRITIQUE] GODZILLA (Gojira) - Inoshiro Honda - 1954


  • Subject: [CRITIQUE] GODZILLA (Gojira) - Inoshiro Honda - 1954
  • From: kronos@hol.fr (Kronos)
  • Date: Mon, 14 Sep 1998 14:50:17 GMT
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GODZILLA (Gojira)
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Réalisé par Inoshiro Honda

Scénario de Inoshiro Honda, Takeo Murata
Photo de Masao Tamai
Effets spéciaux d'Eiji Tsuburaya et Akira Watanabe
Produit par Tomoyuki Tanaka pour la "Toho"
1954 - 1h38
Sortie au Japon le 3 novembre 1954
Sortie France de la version américaine le 14 février 1957
Diffusion télé, copie non restaurée mais relativement bonne, version
originale japonaise sous-titrée. Durée et format constaté 1h35 1.33:1
(les 3mn manquantes peuvent venir du passage télé et de quelques bouts
 de pellicule manquants)

Avec: Akira Takarada, Momoko Kochi, Akihiko Hirata, Takashi Shimura, 
      Fuyuki Murakami, Sachio Sakai, Toranosuke Ogawa

-> ***

[Avec des révélations sur l'histoire]


Souvent considéré, à tort, comme un film de monstre simplet et naïf,
on s'aperçoit à la projection de sa version originale, que "Godzilla",
l'original, est bien plus riche qu'on aurait pu le croire. En fait, le
film est une immense métaphore, un amiral japonais ne déclarait il pas,
après l'attaque de Pearl Harbor: "Nous avons réveillé un géant endormi".
Il se pourrait même que cette phrase ait inspirée directement les
scénariste.

Encore traumatisé par les attaques de Nagasaki et Hiroshima, le Japon
trouve à travers Godzilla un moyen de montrer les ravages causés par la
bombe. Plusieurs scènes, plusieurs images y sont directement liés, la
ville détruite, en flamme, après le passage du monstre ou alors
l'impuissance de l'armée Japonaise face au dinosaure radioactif.
D'autres scènes bien plus dures, semblent s'inspirer directement de la
réalité. L'une des plus poignantes : une infirmière mesurant le taux de
radioactivité sur des enfants, faisant un signe d'impuissance de la 
tête, ou encore l'hôpital surpeuplé, les enfants en larme. Tout ceci est
renforcé par deux choix de mise en scène essentiels, un scénario filmé
comme un documentaire, alternant les annonces officielles, les
discussions de savants, les plans sur les quotidiens nationaux, mais
aussi un noir et blanc austère donnant aux décors détruits beaucoup plus
de poids. D'ailleurs la ressemblance entre les photos d'Hiroshima après
la bombe et les décors du film, sur deux ou trois plans particuliers,
est totale.

Le personnage du savant écologiste est, à ce titre, tout à fait 
représentatif, il ne veut pas détruire le monstre mais l'étudier, on 
peut l'interpréter de nombreuses manières, un message écologique simple
bien sur, mais aussi une volonté d'empêcher le phénomène de se
reproduire, en le comprenant mieux. Comme il le dit, à la fin du film,
(et croyez moi les scénaristes ne pensaient pas encore au succès du film
et à ses nombreuses suites) : "Il y'aura d'autres Godzilla". 

Il y a aussi un personnage tout à fait passionnant, le savant inventeur
de l'arme qui peut détruire le monstre, sa présence est tout à fait
symbolique et à souvent été interprété comme un avertissement (OK, vous
avez la bombe, mais attention, on pourrait trouver pire). Une 
interprétation à laquelle j'adhère volontiers, tout à fait dans le ton 
du film, surtout si l'on considère la fin et en particulier la très
belle et très poignante scène du sacrifice.

À ce niveau, la faiblesse des effets spéciaux devient purement
anecdotique, et arrache difficilement les sourires qui viendront
beaucoup plus naturellement dans les suites dont je parlais plus haut.
Et encore, je parle de faiblesse, mais certaines scènes sont plutôt
réussis, les maquettes très soignées, le man-in-suit assez souvent
crédible (filmés en accéléré, projetés à une vitesse normale, les
mouvement prennent l'envergure, le poids, nécessaire) et enfin, les 
décors apocalyptiques sont plus qu'honorables. Quelques décors, comme
celui du laboratoire (inspiré de l'age d'or du fantastique à la
"Universal"), par contre le montage est parfois un peu faible, quelques
discours traînent un peu en longueur, mais rien de réellement mauvais.

Autre point assez étonnant, comme quoi les souvenirs d'un film sont 
parfois vraiment faussés, c'est la qualité de l'interprétation, les
acteurs respirent la terreur mais aussi une certaine résignation, très
visible dans les scènes à l'hôpital. Encore un rapport direct à la
bombe. Quand aux scène de panique, elles sont tout simplement parfaites.

Historiquement, le scénario de base semble avoir été inspiré par le film
d'Eugène Lourié "Beast From the 20000 Phatoms" (c'est même très net). Le
producteur Tomoyuki Tanaka qui venait de voir un gros projet avec 
l'Indonésie être abandonné, pense à faire un film de monstre en visitant
le département des effets spéciaux de Eiji Tsuburaya à la Toho. Le 
projet est confié à Inoshiro Honda qui ira beaucoup plus loin qu'un 
simple film de monstre. Le nom "Gojira" est un mélange de "Gorilla" et
"Kujira", ce qui veut dire baleine, c'était surtout le surnom d'un
manutentionnaire de la Toho, particulièrement costaud. Les américains
dénatureront complètement le film, modifiant le montage, ajoutant des
scènes avec Raymond Burr, le coté "Action" ne va pas vraiment perdre
en efficacité, mais cette version trafiquée n'a plus aucun sens.

En résumé je dirais que "Godzilla" n'est pas seulement le monstre de
caoutchouc qui passe son temps à écraser des immeubles (accessoirement,
il souffle aussi des nuages radioactifs), mais une étrange leçon
d'histoire et d'humanisme. À découvrir ou à redécouvrir.


-- 
Kronos  aka Christophe Rouvel
kronos@hol.fr



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