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[REALISATEUR] Jack Arnold - part 4


  • Subject: [REALISATEUR] Jack Arnold - part 4
  • From: kronos@hol.fr (Kronos)
  • Date: Thu, 10 Sep 1998 11:05:47 GMT
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Jack Arnold
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Episode 4


1956, donc, Arnold tourne "Red Sundown" ("Crépuscule sanglant") son
second western, en couleurs. Une histoire classique d'un tireur habile
et rapide qui souhaite passer du coté des gentils en devenant sheriff.
Avec l'amourette qui s'impose, le gentil, le méchant, un peu d'histoire
de l'ouest, etc. Rien de bien folichon à première vue, sauf qu'Arnold
travaille avec Albert Zugsmith, un producteur qui le laisse faire à sa
guise, tant qu'il respecte le scénario dans ses grandes largeurs. Alors
quelques jolis moments seront concoctés, et en particulier, comme le 
fait justement remarquer Reemes, la scène qui justifie le revirement du
héros, joué par Rory Calhoun : Alors qu'il est pris au piège, dans une
cabane, avec un compère, ce dernier va se sacrifier pour le sauver d'un
incendie destiné à les débusquer. Il commence à recouvrir de terre et de
poussière ce brave Rory, et au moment ou les flammes commencent à
s'étendre, il sort en courant et est abattu. Rory, au crépuscule (au
"red sundown" donc), sort de son trou, comme d'une tombe, comme
réssuscité, profondément modifié par ce sacrifice innatendu, il veut
devenir un autre homme. Une bien belle scène.

Autre intérêt du film, la présence de Grant Williams, protégé de Jack
Arnold, qu'il saura réutiliser à merveille dans son film suivant, et
surtout, un an plus tard, dans un film qui sera son chef d'oeuvre. Grant
Williams est parfait dans le rôle d'un tueur psychopate sadique,
terrorisant les bonnes gens avec délectation. Un rôle qui n'est pas sans
rappeller la performance d'un Richard Widmark dans "Kiss of Death" ("Le
carrefour de la mort") d'Henry Hathaway. Arnold regrette beaucoup que
les studios n'aient jamais su canaliser le talent de Grant Williams, en
prenant trop en compte son physique. Quand je pense que j'ai pu lire à
propos d'Arnold qu'il est un mauvais directeur d'acteur, alors que tous
ceux qui ont travaillé avec lui le considèrent comme un des meilleurs,
et qu'ils ont fait avec lui leurs meilleures performance, on croit
rêver (j'ai lu ça dans un dictionnaire des réalisateurs, généralement,
de vrais nids à perles).

Retrouvant Albert J. Cohen, avec lequel Arnold avait réalisé ses deux
premiers films policiers, il se voit assigner une nouvelle histoire 
dans le même genre. Dans "Outside the Law" ("Faux Monnayeurs"), les
fédéraux doivent démanteler un réseau de... faux monnayeurs. Un agent
du trésor propose que son fils, ancien voyou, puis militaire, puisse
s'infiltrer dans le milieu en échange du pardon pour ses fautes de
jeunesse. Il va tomber amoureux de la charmante veuve d'un ancien 
camarade, qui se trouve indirectement liée au gang. Bref, une série B
policière pur jus, que je n'ai pas vu, dont la réputation semble être
due à un très gros travail à la dolly, nottament lors d'une poursuite en
voiture. Dans les critiques de l'époque le film est généralement 
qualifié d'un peu fauché mais très bien raconté (entendez par là, très 
bien mis en scène). Grant Williams, dans un second rôle de psychopate,
s'y fait une bonne réputation, il n'y a plus aucune raison pour que les
studios lui refusent le premier rôle du chef d'oeuvre de Jack Arnold,
"The Incredible Shrinking Man" ("L'homme qui retrécit").


"The Incredible Shrinking Man" est le film le plus personnel de Jack
Arnold, au départ, un roman de Richard Matheson, "The Shrinking Man",
l'écrivain adapte lui même un premier scénario qui reste très proche de
l'oeuvre de base. L'histoire est présentée en flashback avec une fin 
ouverte à une suite. Le scénario sera modifié, à la fois par les 
producteurs, mais surtout par Jack Arnold qui va s'approprier le sujet 
et en faire définitivement son film. D'abord il reprends la narration,
même si elle reste à la première personne le suspens perdu par l'abus
de flashbacks est restauré, ensuite il s'obstine à refuser aux 
producteurs un happy-end (il faudra quand même une preview très 
favorable pour qu'Arnold puisse garder la fin qu'il avait écrit), mieux
que ça, la fin n'est même plus ouverte à une suite, le monologue 
métaphysique du héros, touchant et poëtique, ne laisse pas la place à
l'ombre d'une possibilité de continuer l'histoire cinématographiquement.
Il y a aussi Grant Williams, imposé par Arnold, acteur inhabituel qui
rend l'histoire bien plus crédible, là où une star aurait refusée la fin
telle qu'elle fut choisie. Matheson restera longtemps faché à cause de 
toutes ces modifications, mais on voit aujourd'hui combien il se 
trompait. 

On ne lésine pas sur les effets spéciaux, même le manque de moyens n'est
visible à aucun moment (ne pas oublier qu'il s'agit d'une série B, au
budget minuscule, pour un film de science fiction, de 700000$). La 
séquence de l'araignée, la plus impressionante, a été travaillée pendant
des jours, au métronome, pour que les mouvements du héros collent à 
ceux de la tarentule préalablement filmée. Petite anecdote en passant,
la technique, à l'époque, ne permettait pas de filmer des araignées
domestiques en gros plan (de par leur petite taille et leurs mouvements
rapides, elles auraient été constament floues), on fit donc venir de
Panama des tarentules "géantes" (environ 15 centimètres de long) en
grand nombre car la chaleur des spots les faisait systématiquement 
"cuire", raconte Arnold. Pour les autres effets, c'est le système D et
les techniques les plus simples qui seront utilisées, comme Clifford
Stine est de la partie, tout est parfaitement réalisé. Des vêtements ou
des décors géants, du split-screen, des effets de perspectives, peu 
couteux et vraiment efficaces. Autre anecdote, pour réaliser des gouttes
d'eau qui aient l'air géantes par rapport au héros, Arnold eu l'idée de 
laisser tomber des préservatif rempli d'eau, de très haut, l'effet est
redoutable, même en connaissant le truc il est difficile à repérer. Seul
petit problème, raconte Arnold, c'est quand les producteurs reçurent la
note pour 100 préservatifs, il fallu justifier leur présence sur le 
tournage... Je ne resiste pas au plaisir de vous restranscrire la 
réponse d'Arnold aux comptables d'Universal, tel qu'il la donne à Dana
M. Reemes dans son bouquin :
"Fellows, this was a very hard picture, and when it was done we gave a
 big party..."

Il y'a beaucoup à dire sur ce magnifique film, qui, au lieu de faire la
part belle à l'action, aux rebondissements incessants, raconte 
simplement une histoire, à l'echelle humaine. Et si les distributeurs
ont mis les effets spéciaux en vedette, il faut savoir qu'à aucun moment
ils ne prennent le pas sur l'histoire et son héros, ils restent de
simples outils pour accroitre la crédibilité et donner juste ce qu'il
faut de spectaculaire. On lit souvent, à propos du scénario, qu'il y a
une grosse erreur au début. Le héros rapetisse parce qu'il traverse un
nuage radioactif lors d'une croisière en compagnie de sa femme. Les plus
tatillons remarquent alors que seul le héros retrécit, pas les autres
passagers, et qu'il n'y a aucune raison que ses vêtements gardent une
taille normale, tout devrait retrécir. Erreur, ce n'est pas le nuage
radioactif seul qui provoque ce curieux changement, mais sa combinaison
avec l'inhalation d'un insecticide, une mésaventure qui ne manque pas
d'arriver au héros. 

Le succès du film sera énorme, il rapporte plus de 4 millions de dollars
en moins de deux mois. Ainsi Arnold se voit confier sa première série A,
avec toutes les techniques les plus chères, mais pas forcément les plus
faciles à maîtriser, du CinémaScope et du Technicolor. Il tourne donc
"The Tattered Dress", une histoire de meutre passionel assez classique, 
mais surtout, un film de genre, le film à procès. Avec le super avocat
qui fait acquitter tout les riches coupables mais qui, à la fin, se rend
compte qu'il vaut mieux défendre les pauvres, du moins, c'est le peu que
j'en sais étant donnée la rareté du film. Un bon point néanmoins, la
très belle et très talentueuse Jeanne Crain est de la partie, ce qui est
une excellente raison de courir après le film. Le héros est incarné par
Jeff Chandler.

La suite? la semaine prochaine, si tout va bien...

A+
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Kronos  aka Christophe Rouvel
kronos@hol.fr



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