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[REALISATEUR] Jack Arnold - Part 3


  • Subject: [REALISATEUR] Jack Arnold - Part 3
  • From: kronos@hol.fr (Kronos)
  • Date: Thu, 03 Sep 1998 10:12:18 GMT
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JACK ARNOLD
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Épisode 3


Dans les mois qui suivirent le succès de "Creature From the Black
Lagoon" commence la production de "Revenge of the Creature" ("La
revanche de la créature"). On constate que si le premier opus correspond
scénaristiquement à la première partie du "King Kong" de Ernest B.
Shoedsack et Merian C. Cooper, cette suite utilisera la même trame que
la seconde partie : La créature sera capturée et exhibée en public.

Le scénario est relativement simple, la créature est capturée, entraînée
à faire des petits tours (son entraînement à l'électricité tient de la
torture) pour amuser le public d'un Aquarium (tout est filmé au
Marineland). En fait tout est fait pour que le public plaigne la 
créature. Sinon on retrouve, comme dans beaucoup de suites, les 
éléments qui ont fait le succès du premier film, jusqu'à la séquence
de la "natation synchronisée" entre la blonde de service (Lori Nelson)
et la créature. Le film est particulièrement soigné mais l'intérêt a
beaucoup baissé, il faut dire que c'est le producteur William Alland
qui écrivît l'histoire de base et qu'on ne devrait pas laisser les
producteurs toucher d'aussi près aux films. Arnold faisant le maximum,
comme d'habitude, pour relever le niveau.

Dans "Directed by Jack Arnold" de Dana M. Reemes, Arnold racontait que
le tournage dans le grand bassin de Marineland n'avait pas été de tout
repos. Ce bassin est rempli d'animaux peu rassurants, comme des requins
ou autres poissons considérés comme dangereux, les acteurs (John Agar,
un des grands de la série Z, et Lori Nelson) ne voulaient pas plonger
au milieu de ces braves bêtes, de même que Ricou Browning qui endossait
pour la deuxième fois le costume de la créature pour les scènes sous-
marines. Jack Arnold du plonger lui-même dans le bassin pour démontrer
aux inquiets qu'il n'y avait rien à craindre et qu'il n'était pas 
nécessaire d'installer un filet. Le seul problème vint d'une énorme 
tortue de mer, grande fanatique de latex, qui avait décidé de grignoter
le costume de la créature. Un des assistants d'Arnold eu pour seul 
boulot, pendant tout le tournage à Marineland, de repousser la tortue
pour l'empêcher de rentrer dans le cadre.

On peut noter, par ailleurs, que Clint Eastwood fait à l'occasion de ce
film, sa première apparition au cinéma, il joue un laborantin avec une
souris (plutôt un rat d'ailleurs) dans la poche de sa blouse. Arnold le
décrit comme très timide et un peu embêté par la souris en question. On
en reparlera dans les prochains films fantastiques de Jack Arnold.

On est en 1955, "La revanche de la créature" marche plutôt bien, les
producteurs d'Universal International décident d'investir dans un
troisième volet, "The Creature Walks Among Us" ("La créature est parmi
nous"), Arnold, dont le contrat avec Universal lui permet de refuser
occasionnellement quelques projets (à condition de trouver une bonne 
porte de sortie), propose que son premier assistant, John Sherwood, le
remplace aux commandes. Il n'a, de toute façon, plus rien à dire sur la
créature.

"La revanche de la créature" sera le dernier film de Jack Arnold en 3-D,
le procédé était bien maîtrisé quand il s'agissait de filmer, mais les
salles avaient un peu de mal à s'équiper pour des projections efficaces.
La mode n'aura pas duré bien longtemps.

Avant d'entammer le tournage de son quatrième film fantastique, Arnold
se voit confier un petit western, "The Man From Bitter Ridge" ("Tornade
sur la ville", encore une traduction française à mourir de rire). Une 
histoire classique : une petite ville d'éleveurs, éternelle bataille 
entre les vaches et les moutons, une histoire d'amour entre le héros
(un enquêteur envoyé pour régler les problèmes, joué par Lex Barker, 
qui, pour l'occasion, est plutôt bon) et l'héroïne, fille d'un
éleveur de mouton, jouée par la charmante Mara Corday. On aura aussi le
gunfight final, de beaux extérieurs, quelques belles poursuites à 
cheval, bref, tous les ingrédients d'un petit western typique des années
cinquante. Le plus gros problème pour Jack Arnold sera de canaliser le
trac de Lex Barker (dont la femme, Lana Turner, venait observer les 
progrès sur le plateau, ce qui le mettait très mal à l'aise) et de 
transformer cette nervosité en talent. Si je me souviens bien, (mais je
n'ai pas revu "The Man From Bitter Ridge" récemment) le travail d'Arnold
a bien porté ses fruits, l'anecdote qu'il raconte dans "Directed by Jack
Arnold", Lex Barker lui a offert un Tomahawk en or pour le remercier de
lui avoir tant appris sur le tournage, semble confirmer ces propos.

L'accueil critique, généralement sévère avec les westerns de série B,
fut plutôt sympathique, sans crier au génie, les critiques semblent 
apprécier la tenue de l'ensemble et la performance de Lex Barker. Les 
Studios Universal, eux, semblent avoir apprécier le travail d'Arnold
puisqu'ils lui confieront d'autres westerns à tourner, dont l'un de mes
préférés, "No Name on the Bullet", sur lequel je reviendrai beaucoup 
plus longuement.

À cette époque, Arnold raconte qu'il était un peu fauché, il avait 
besoin d'un peu de liquide et les projets suivants semblaient un peu
trop loin à son goût. Il décide donc, avec son compère producteur 
William Alland, et le scénariste Robert M. Fresco, de proposer à 
Universal une histoire de son cru. Ce sera "Tarantula!", écrit en 
quelques semaines et réalisé en dix jours seulement. Pour valider son
projet, Arnold insistera auprès des studios sur le succès rencontré un
an auparavant par le météore de Gordon Douglas, "Them!" ("Des monstres
attaquent la ville"), l'un des meilleurs "Giant Animals Film" de cette
période. Emballés, (il faut dire que les bons scénarios, un peu
originaux et utilisant les mécanismes des phobies du public, une valeur
sure, ne courraient pas les rues) les chefs du studio donnent carte 
blanche à Arnold, et un peu d'argent. 

"Tarantula!" n'a peut-être pas la portée d'un "Them!" ni les moyens de
se payer des effets spéciaux en Stop-Motion, mais il recèle beaucoup
d'idées et de belles scènes, à cette occasion d'ailleurs, Jack Arnold
retrouve avec bonheur les formidables qualités photogéniques des déserts
de l'Arizona. L'histoire est amusante, un scientifique travaille dans le
désert à un nouvel aliment (pour régler définitivement les problèmes de
famine), il l'expérimente sur des animaux, ce qui a pour effet 
d'accroître considérablement leur taille. Sur ses assistants, par 
contre, les effets seront beaucoup plus dévastateurs, on entend même le
joli mot "Acromégalie". L'un des assistants, justement, atteint d'une
crise de démence, laissera accidentellement s'échapper une tarentule
nourrie aux aliments dopants en question. Evidemment, elle grossit à vue
d'oeil, et ne se contente pas de rester dans un trou à attendre ses
victimes.

Le film bénéficie de la présence de nombreux acteurs et actrices assez
talentueux et/ou rodés à ce genre de production, l'éternel John Agar
(l'allumé de "Brain From Planet Arous" de Nathan "Hertz" Juran), la 
belle et élégante Mara Corday, l'acteur de second rôle fétiche d'Alfred
Hitchcock, Leo G. Carroll (dans le rôle du savant), et le petit Clint
Eastwood que l'on a un peu de mal à reconnaître derrière son masque de
pilote de chasse, surtout qu'il n'a que quelques secondes à l'image.
L'équipe technique est ce qu'on peut faire de mieux, Clifford Stine,
l'un des meilleurs spécialistes pour les effets optiques (et surtout
l'utilisation des Matte Painting), une musique de Joseph Gershenson
(en fait des excellents Henry Mancini et Herman Stein, qui ne sont pas
crédités au générique), et Bud Westmore, l'un des maquilleurs les plus
expérimenté d'Hollywood, avec son équipe.

On retiendra surtout de "Tarantula!" quelques scènes bien ficelées,
comme le générique d'ouverture, les apparitions de l'araignée aux effets
spéciaux limités mais parfaitement maîtrisés si l'on considère le manque
de moyens, et, éventuellement, pour ceux qui aiment bien creuser un peu,
quelques métaphores plutôt tirées par les cheveux. En tout cas le film
est très distrayant et n'avait, visiblement, pas d'autre but. Le film
sort sur les écrans au début de l'année 1956 alors que Jack Arnold a
déjà commencé le tournage de son second western.

La semaine prochaine, Red Sundown

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Kronos  aka Christophe Rouvel
kronos@hol.fr



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