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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Ten (Abbas Kiarostami - 2002)
Ten, d'Abbas Kiarostami Franco-Iranien, 2002 Dix séquences filmées dans la voiture de Mania Akbari: avec son fils, sa soeur, une amie, une prostituée... "Ten" est un état des lieux de la femme au sein de la société iranienne. C'est une illustration d'un discours des réformistes depuis quelques années: les femmes sont le moteur du changement en Iran. On suit ici une jeune femme active, qui travaille, et qui a surtout réussi à s'émanciper d'un premier mariage avec un homme autoritaire et colérique, un macho typique. Elle s'est remariée, mais son fils n'accepte pas son beau-père. La plupart des femmes rencontrées a aussi des problèmes avec les hommes: une s'est faite larguée, l'autre ne se fera pas épouser.... La rencontre avec la prostituée est marquante. On ne la voit pas, on n'entend que sa voix cassée, apparemment défoncée. Dans la conversation qui s'ensuit, la prostituée compare le mariage avec son propre métier, soutenant que les femmes mariées n'attendent de leur mari qu'argent et cadeaux... Ces femmes remettent en question le mariage, par leur divorce, par la prostitution, mais Kiarostami se garde bien d'apporter quelque réponse que ce soit. Il a le mérite de poser la question de la place de la femme dans la société iranienne en remettant en cause le mariage tel qu'il est conçu jusqu'à présent. Le personnage qu'on revoit le plus souvent est son fils (Amin Maher, qui joue remarquablement bien). Dans les propos du gamin transparait l'attitude de son père: il rabroue sa mère, lui reproche de trop parler, de faire trop de bruit, d'être égoiste. Il tient le même discours qu'on imagine que le père a tenu lors du divorce. La mère, après avoir essayé de la raisonner, baisse les bras et le laisse retourner chez son père: il est à la limite de l'âge où il va passer du côté des hommes, et on voit que pour lui c'est raté, il entretiendra cette mysoginie traditionnelle. Les hommes ne sont sujets de conversation que pour relever leur défaut: machos, infidèles, menteurs, écrasant leur femmes... Portrait rageur et partial: bien que le second mari de Mania semble moins catastrophique, elle n'en parle quasiment pas. On n'entend pas les hommes eux-mêmes dans le film, hormis à travers les propos du fils, ce qui en fait un discours infantile et c'est peut-être ce que Kiarostami veut montrer: le fils répète les mots du père, et sa voie est tracée, il deviendra comme le père. Continuez les "traditions" et la société n'avancera pas; les femmes, elles, remettent en cause ces traditions, divorcent, cassent net le schéma de la soumission. Et encore, pas toutes les femmes: la plus âgées, que Mania dépose à un mausolée, s'est entièrement réfugiée dans la religion. L'héroine aussi se met à prier, elle y retrouve une certaine tranquilité: Kiarostami fait l'équilibriste entre les concessions aux mollahs et son message progressiste. Il faut aussi noter qu'on est ici dans les quartiers nord de Téhéran, l'équivalent du XVIème parisien: pas de tchador en vue, seulement des voiles plus léger (le tchador est de rigueur en dehors de Téhéran et Ispahan). Le chemin est encore long. Le film est réalisé en vidéo, avec deux caméras: une pointée sur la conductrice, l'autre sur son passager. Le plan est fixe tout au long de la même séquence. Pas de post-synchronisation, le son est souvent pénible (1h30 de voiture, j'ai eu du mal). Du hard Dogma, quoi... Philippe. -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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