[Recherche]
[Date Prev][Date Next][Date Index]

[AVIS] Ten (Abbas Kiarostami - 2002)


  • Subject: [AVIS] Ten (Abbas Kiarostami - 2002)
  • From: "Philippe Chavin" <Philippe.Chavin@wanadoo.fr>
  • Date: 28 Oct 2002 19:55:02 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection,fr.rec.cinema.discussion
  • Organization: faineants anonymes
  • Sender: modappbot@dspnet.claranet.fr
  • Xref: ghanima.dyndns.org fr.rec.cinema.selection:3 fr.rec.cinema.discussion:2521

Ten, d'Abbas Kiarostami
Franco-Iranien, 2002


Dix séquences filmées dans la voiture de Mania Akbari: avec son fils, sa
soeur, une amie, une prostituée... "Ten" est un état des lieux de la
femme au sein de la société iranienne. C'est une illustration d'un
discours des réformistes depuis quelques années: les femmes sont le
moteur du changement en Iran. On suit ici une jeune femme active, qui
travaille, et qui a surtout réussi à s'émanciper d'un premier mariage
avec un homme autoritaire et colérique, un macho typique. Elle s'est
remariée, mais son fils n'accepte pas son beau-père. La plupart des
femmes rencontrées a aussi des problèmes avec les hommes: une s'est
faite larguée, l'autre ne se fera pas épouser....

La rencontre avec la prostituée est marquante. On ne la voit pas, on
n'entend que sa voix cassée, apparemment défoncée. Dans la conversation
qui s'ensuit, la prostituée compare le mariage avec son propre métier,
soutenant que les femmes mariées n'attendent de leur mari qu'argent et
cadeaux... Ces femmes remettent en question le mariage, par leur divorce,
par la prostitution, mais Kiarostami se garde bien d'apporter quelque
réponse que ce soit. Il a le mérite de poser la question de la place de
la femme dans la société iranienne en remettant en cause le mariage tel
qu'il est conçu jusqu'à présent.

Le personnage qu'on revoit le plus souvent est son fils (Amin Maher, qui
joue remarquablement bien). Dans les propos du gamin transparait
l'attitude de son père: il rabroue sa mère, lui reproche de trop parler,
de faire trop de bruit, d'être égoiste. Il tient le même discours qu'on
imagine que le père a tenu lors du divorce. La mère, après avoir
essayé de la raisonner, baisse les bras et le laisse retourner chez son
père: il est à la limite de l'âge où il va passer du côté des
hommes, et on voit que pour lui c'est raté, il entretiendra cette
mysoginie traditionnelle.

Les hommes ne sont sujets de conversation que pour relever leur défaut:
machos, infidèles, menteurs, écrasant leur femmes... Portrait rageur et
partial: bien que le second mari de Mania semble moins catastrophique,
elle n'en parle quasiment pas. On n'entend pas les hommes eux-mêmes dans
le film, hormis à travers les propos du fils, ce qui en fait un discours
infantile et c'est peut-être ce que Kiarostami veut montrer: le fils
répète les mots du père, et sa voie est tracée, il deviendra comme le
père. Continuez les "traditions" et la société n'avancera pas; les
femmes, elles, remettent en cause ces traditions, divorcent, cassent net
le schéma de la soumission. Et encore, pas toutes les femmes: la plus
âgées, que Mania dépose à un mausolée, s'est entièrement réfugiée
dans la religion. L'héroine aussi se met à prier, elle y retrouve une
certaine tranquilité: Kiarostami fait l'équilibriste entre les
concessions aux mollahs et son message progressiste. Il faut aussi noter
qu'on est ici dans les quartiers nord de Téhéran, l'équivalent du
XVIème parisien: pas de tchador en vue, seulement des voiles plus léger
(le tchador est de rigueur en dehors de Téhéran et Ispahan). Le chemin
est encore long.

Le film est réalisé en vidéo, avec deux caméras: une pointée sur la
conductrice, l'autre sur son passager. Le plan est fixe tout au long de la
même séquence. Pas de post-synchronisation, le son est souvent pénible
(1h30 de voiture, j'ai eu du mal). Du hard Dogma, quoi...


Philippe.

-- 
Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/>
Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>