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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Avis] Minority report (Spielberg, 2002) [Revelations]
Compte tenu de ce que je vais reprocher au film, autant dire tout de suite que c'est de la belle ouvrage, solide, distrayant, spielbergien en diable. Point. (Digression littéraire : je n'aime pas Dick. Ce type a une imagination absolument extraordinaire, foisonnante, fascinante mais ne sait apparemment pas écrire. Pour ne s'en tenir qu'aux deux derniers que j'ai lus, "Le maître du château" et "Ubik", c'est mal foutu, bancal, très inégal et quasiment inintéressant à lire... Fin de la digression) Donc, sur une superbe idée de Dick (en 2054, une brigade de police est montée qui est capable d'arrêter un meurtrier avant qu'il ne commette son crime), Spielberg a produit, après "A.I." un nouvel opus d'anticipation intéressant à plusieurs titres : d'abord un superbe traitement visuel et une très bonne intégration des effets spéciaux, présents sans être m'as-tu-vu. On est loin des films dans lesquels le futur devait être nécessairement "space", les vêtements et les intérieurs futuristes. Le 2054 présenté ici est crédible, composé aussi bien d'innovations que de traditions, technologiques, domestiques ou vestimentaires. Le thème de Dick est bien exploité, présenté aussi bien sous ses aspects romanesques que ses implications juridiques, sociales (le sentiment sécuritaire) voire métaphysiques. Le rythme est complètement maîtrisé, Spielberg est un pro, et sur ce coup-là, on retrouve même un peu moins de tics et la patte du maître dans la mise en scène. Mais en revanche, il imprime une marque indélebile sur le traitement scénaristique et c'est là que le bât blesse franchement. Pourquoi enchasser l'idée centrale dans une structure aussi conventionnelle, éculée et plan-plan ? On commence par la scène d'exposition avec le suspense archi-prévisible, surtout puisqu'il s'agit de la première scène du film (James Bond), puis on a droit à la révélation du drame familiale (qui comme dans "A.I." concerne la perte d'un enfant), on passe par la visite au savant - en l'occurence une savante - reclus mais qui connaît la solution (Le seigneur des anneaux,...), on a droit à la bonne scène un peu inutilement gore, à l'effet de surprise-totalement-attendu (quand Agatha s'agrippe à John, seul tic de mise en scène auquel Spielberg n'a pas réussi à renoncer ici), à la tentative d'intrusion du solitaire dans la forteresse (mission jamais impossible), on rajoute le flic teigneux (ici, le héros étant lui-même un flic, c'est un fonctionnaire du ministère de la justice) qui le tient à l'oeil et qui finalement s'avèrera temporairement un allié (là j'ai un trou pour trouver une référence, mais ça va me revenir), on découvre un coup monté contre le héros (mission toujours possible), on est ébaubi de découvrir que le méchant est finalement celui dont on aurait dû se douter le moins si le scénario avait fait un effort (vous avez besoin de précédents ? ou je convoque les suspects habituels ?), on a droit au passage à la variante du thème de la glorification de l'individu avec son corollaire sur la liberté de choix d'icelui comme affirmation du même, et on termine par l'inénarrable coup de feu qui n'est pas celui qu'on "attendait" (l'homme qui tua Liberty Valance, Liaison fatale), tout cet ensemble accompagné pour une fois par quelques extraits classiques bienvenus, malheureusement surnageant dans la soupe musicale habituelle de John Williams, toujours aussi lourde et redondante. Bref, un peu comme dans "A.I.", Spielberg met en lumière des éléments vraiments intéressants, qu'il plombe complètement par son style. Ca reste du bon spectacle, mais on souhaiterait que ça devienne du cinéma, de celui qui marque aussi bien par ses thèmes que par ses traitements. -- Vincent Fournols - vincent@fournols.org Lumière sur le cinéma : http://www.lumiere.org -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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