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[Avis] Minority report (Spielberg, 2002) [Revelations]


  • Subject: [Avis] Minority report (Spielberg, 2002) [Revelations]
  • From: Vincent Fournols <vincent@fournols.org>
  • Date: 31 Oct 2002 18:05:02 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Non, pitié, pas Noos...
  • Reply-to: vincent@fournols.org
  • Sender: modappbot@dspnet.claranet.fr
  • Xref: ghanima.dyndns.org fr.rec.cinema.selection:5

Compte tenu de ce que je vais reprocher au film, autant dire tout de suite
que c'est de la belle ouvrage, solide, distrayant, spielbergien en  diable.
Point.

(Digression littéraire : je n'aime pas Dick. Ce type a une imagination
absolument extraordinaire, foisonnante, fascinante mais ne sait apparemment
pas écrire. Pour ne s'en tenir qu'aux deux derniers que j'ai lus, "Le
maître du château" et "Ubik", c'est mal foutu, bancal, très inégal et
quasiment inintéressant à lire... Fin de la digression)

Donc, sur une superbe idée de Dick (en 2054, une brigade de police est
montée qui est capable d'arrêter un meurtrier avant qu'il ne commette son
crime), Spielberg a produit, après "A.I." un nouvel opus d'anticipation
intéressant à plusieurs titres : d'abord un superbe traitement visuel et
une très bonne intégration des effets spéciaux, présents sans être
m'as-tu-vu. On est loin des films dans lesquels le futur devait être
nécessairement "space", les vêtements et les intérieurs futuristes. Le 2054
présenté ici est crédible, composé aussi bien d'innovations que de
traditions, technologiques, domestiques ou vestimentaires.

Le thème de Dick est bien exploité, présenté aussi bien sous ses aspects
romanesques que ses implications juridiques, sociales (le sentiment
sécuritaire) voire métaphysiques. Le rythme est complètement maîtrisé,
Spielberg est un pro, et sur ce coup-là, on retrouve même un peu moins de
tics et la patte du maître dans la mise en scène. Mais en revanche, il
imprime une marque indélebile sur le traitement scénaristique et c'est là
que le bât blesse franchement.

Pourquoi enchasser l'idée centrale dans une structure aussi
conventionnelle, éculée et plan-plan ? On commence par la scène
d'exposition avec le suspense archi-prévisible, surtout puisqu'il s'agit de
la première scène du film (James Bond), puis on a droit à la révélation du
drame familiale (qui comme dans "A.I." concerne la perte d'un enfant), on
passe par la visite au savant - en l'occurence une savante - reclus mais
qui connaît la solution (Le seigneur des anneaux,...), on a droit à la
bonne scène un peu inutilement gore, à l'effet de
surprise-totalement-attendu (quand Agatha s'agrippe à John, seul tic de
mise en scène auquel Spielberg n'a pas réussi à renoncer ici), à la
tentative d'intrusion du solitaire dans la forteresse (mission jamais
impossible), on rajoute le flic teigneux (ici, le héros étant lui-même un
flic, c'est un fonctionnaire du ministère de la justice) qui le tient à
l'oeil et qui finalement s'avèrera temporairement un allié (là j'ai un trou
pour trouver une référence, mais ça va me revenir), on découvre un coup
monté contre le héros (mission toujours possible), on est ébaubi de
découvrir que le méchant est finalement celui dont on aurait dû se douter
le moins si le scénario avait fait un effort (vous avez besoin de
précédents ? ou je convoque les suspects habituels ?), on a droit au
passage à la variante du thème de la glorification de l'individu avec son
corollaire sur la liberté de choix d'icelui comme affirmation du même, et
on termine par l'inénarrable coup de feu qui n'est pas celui qu'on
"attendait" (l'homme qui tua Liberty Valance, Liaison fatale), tout cet
ensemble accompagné pour une fois par quelques extraits classiques
bienvenus, malheureusement surnageant dans la soupe musicale habituelle de
John Williams, toujours aussi lourde et redondante.

Bref, un peu comme dans "A.I.", Spielberg met en lumière des éléments
vraiments intéressants, qu'il plombe complètement par son style. Ca reste
du bon spectacle, mais on souhaiterait que ça devienne du cinéma, de celui
qui marque aussi bien par ses thèmes que par ses traitements.
-- 
Vincent Fournols - vincent@fournols.org
Lumière sur le cinéma : http://www.lumiere.org

-- 
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