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[AVIS] LE Dictateur (Charles Chaplin - 1940)


  • Subject: [AVIS] LE Dictateur (Charles Chaplin - 1940)
  • From: Spontex <spontex@dvdtoile.com>
  • Date: 07 Nov 2002 18:05:01 GMT
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Le Dictateur

Titre original : The Great Dictator
Réalisateur : Charles Chaplin
Acteurs : Charles Chaplin, Paulette Godard, Jack Oakie
Sortie en salles : 16 octobre 2002
Année de conception : 1940
Sortie DVD Zone 2 : 6 novembre 2002


HISTOIRE

Un barbier juif, ressemblant trait pour trait au dictateur Hynkel, est 
emprisonné dans un camp de concentration. Alors que Hynkel et Benzino 
Napolini, le dictateur de la Bactérie, décident d'envahir l'Austerlich, 
le barbier parvient à s'évader et, pris pour Hynkel, prononce des 
paroles de paix et d'espoir lors d'un discours officiel. 
(http://www.cinefil.com)


CRITIQUE

Trentenaire, cela doit faire bien 15 ans que je n'ai pas revu Le 
Dictateur. Il fait partie de mon passé de cinéphile et quand je 
l'évoquais dans ma mémoire, c'étaient des moments drôles qui me 
revenaient en mémoire (l'obus fou, le rasage sur la musique de 
Brahms...), des scènes tout autant symboliques que poétiques (la danse 
de Hinkel avec la Terre...), ou bien des moments naïfs (le discours final).
Revoir Le Dictateur aujourd'hui, dans ces conditions de grand écran et 
dans notre époque post-11/09/2001, c'est voir un film totalement 
différent, totalement nouveau et surtout absolument moderne.
A cet égard, Le Dictateur a décidément la force des plus grandes œuvres 
d'arts, de la littérature notamment (du Petit Prince par exemple) qui 
sont capables de prendre un sens et une valeur différente en fonction de 
l'époque à laquelle on les aborde et sa propre évolution personnelle.
Aujourd'hui, il est difficile de ne pas être tenté de regarder le film 
d'un point de vue plus général que la simple dénonciation (géniale et 
cruelle comme l'on sait) d'Hitler. Ainsi, on peut voir dans la 
confrontation de Hinkel et Napaloni autre chose que deux dictateurs. 
Tout simplement deux hommes politiques, pas seulement fascistes. Cette 
critique de la dictature devient alors aussi, et peut-être surtout, une 
critique tout simplement des Pouvoirs (politiques). Toute la motivation 
de Hinkel, comme celle de Napaloni, est d'ordre mégalomaniaque. Leurs 
idéaux semblent secondaires par rapport à leur image, leur soif de 
pouvoir. Ils sont prisonniers d'un cercle vicieux : le trop grand 
pouvoir leur fait perdre la tête, perdant la tête, ils demandent encore 
plus de pouvoir. Le pouvoir est leur but, leurs idéologies raciste, 
guerrière, sont secondaires... Ce rapport au pouvoir, la réaction aux 
frustrations, tout cela reste sacrément d'actualité.
Géniale aussi, dans la première moitié du film, cette idée de 
va-et-vient incessant entre les palais luxueux du dictateur et le 
ghetto. Si on dépasse de nouveau le simple cadre d'Hitler, on aperçoit 
la continuation de la critique du Pouvoir : le monde est ainsi fait 
(pour reprendre le paradoxe de Tolstoï exposé dans Guerre et Paix) que 
ceux qui ont le pouvoir de changer la réalité n'ont plus de contact avec 
la réalité, alors que ceux qui sont dans la réalité n'ont pas le pouvoir 
de la changer. Reste alors entre les deux mondes du Pouvoir et du 
peuple, le barbier. Cet électron libre est un personnage tout sauf 
héroïque : lâche, peureux, mais possédant le bon sens quand il s'agit de 
réagir. Il est intéressant de voir que Chaplin en fait un amnésique. De 
ce fait, il arrive au ghetto, et dans la société actuelle, avec un 
regard neuf. Il correspond à cet égard à cette belle métaphore du Pic de 
Dante (seule bonne chose ou presque de ce film) de la grenouille. Si on 
met une grenouille dans une casserole qu'on porte lentement à ébulition, 
elle mourra sans avoir réagi. Si on met la même grenouille dans une 
casserole déjà brûlante, là, elle réagit. Le barbier, quand il revient 
au ghetto, plonge dans cette casserole brûlante et du coup il lutte, a 
le courage de dire " non ". Difficile de dire stop en effet quand tout 
se fait progressivement, lentement. Là encore, Le Dictateur touche juste 
dans la psychologie.
C'est donc ce personnage qui par un concours de circonstances prendra la 
place du vrai dictateur. Que fait-il ? Que peut-il faire ? Parler. Belle 
idée (idée moderne de nouveau), que la seule chose possible pour 
quelqu'un du peuple, c'est de prendre la parole, se servir des médias 
pour dire les choses telles qu'il les voit, et surtout telles qu'elles 
devraient être. On reproche au Dictateur son discours final, naïf. 
D'abord, historiquement, ce discours est important dans l'œuvre de 
Chaplin. Il a toujours refusé la parole au cinéma et l'accepte ici, 
comme étant directe et non plus un élément sonore comme un autre. De 
plus, il faut ré-écouter ce discours. Il n'a rien de naïf. Il est au 
contraire plein d'espoir, courageux dans les valeurs qu'il ose proposer 
dans une société qui refuse ces valeurs en les taxant justement de 
naïves. Mais surtout, ce discours prônant l'individualisme et la lutte 
de l'individu contre son gouvernement, le refus des " machines " est 
totalement d'actualité. Pas un mot à changer. Là où Chaplin n'est pas 
naïf, c'est que suite à ce discours prônant l'individualisme, il montre 
la réaction à son discours : un plan très large, sans individualisme 
donc, d'une foule en délire... S'il avait dit n'importe quoi, le 
contraire ou l'inverse, cette foule aurait réagi de la même manière ! 
Discours sans espoir ni effet ? Non, puisqu'au moins une personne, 
Hannah, aura été touchée et aura retrouvé l'espoir que demain sera 
peut-être différent.
L'humour. Dans tous les films de Chaplin (peut-être, et encore, 
exception faite de Monsieur Verdoux) l'humour est simple, direct, léger. 
On retrouve ici des gags drôles pour lesquels on rit directement, 
sincèrement. Seulement, il y en a aussi d'autres tellement terribles que 
le rire arrive comme pour exorciser, comme pour créer une porte de 
sortie à une situation finalement horrible. Ce sérieux, cette dureté 
dans l'humour est unique chez Chaplin et on peut même dire que quiconque 
" s'amuserait " à voir le film au premier degré, à décortiquer chaque 
image, chaque idée, sortirait du film déprimé !
On pourrait écrire des pages et des pages sur ce film, ce serait un 
travail sans fin car ce film possède décidement la rare richesse de 
pouvoir signifier un nombre quasi-infini d'idées selon l'époque à 
laquelle on le voit...


Critique écrite par Dumbledore, et disponible à l'adresse 
http://www.dvdtoile.com/Film?titre=Le+Dictateur

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