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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] LE Dictateur (Charles Chaplin - 1940)
Le Dictateur Titre original : The Great Dictator Réalisateur : Charles Chaplin Acteurs : Charles Chaplin, Paulette Godard, Jack Oakie Sortie en salles : 16 octobre 2002 Année de conception : 1940 Sortie DVD Zone 2 : 6 novembre 2002 HISTOIRE Un barbier juif, ressemblant trait pour trait au dictateur Hynkel, est emprisonné dans un camp de concentration. Alors que Hynkel et Benzino Napolini, le dictateur de la Bactérie, décident d'envahir l'Austerlich, le barbier parvient à s'évader et, pris pour Hynkel, prononce des paroles de paix et d'espoir lors d'un discours officiel. (http://www.cinefil.com) CRITIQUE Trentenaire, cela doit faire bien 15 ans que je n'ai pas revu Le Dictateur. Il fait partie de mon passé de cinéphile et quand je l'évoquais dans ma mémoire, c'étaient des moments drôles qui me revenaient en mémoire (l'obus fou, le rasage sur la musique de Brahms...), des scènes tout autant symboliques que poétiques (la danse de Hinkel avec la Terre...), ou bien des moments naïfs (le discours final). Revoir Le Dictateur aujourd'hui, dans ces conditions de grand écran et dans notre époque post-11/09/2001, c'est voir un film totalement différent, totalement nouveau et surtout absolument moderne. A cet égard, Le Dictateur a décidément la force des plus grandes œuvres d'arts, de la littérature notamment (du Petit Prince par exemple) qui sont capables de prendre un sens et une valeur différente en fonction de l'époque à laquelle on les aborde et sa propre évolution personnelle. Aujourd'hui, il est difficile de ne pas être tenté de regarder le film d'un point de vue plus général que la simple dénonciation (géniale et cruelle comme l'on sait) d'Hitler. Ainsi, on peut voir dans la confrontation de Hinkel et Napaloni autre chose que deux dictateurs. Tout simplement deux hommes politiques, pas seulement fascistes. Cette critique de la dictature devient alors aussi, et peut-être surtout, une critique tout simplement des Pouvoirs (politiques). Toute la motivation de Hinkel, comme celle de Napaloni, est d'ordre mégalomaniaque. Leurs idéaux semblent secondaires par rapport à leur image, leur soif de pouvoir. Ils sont prisonniers d'un cercle vicieux : le trop grand pouvoir leur fait perdre la tête, perdant la tête, ils demandent encore plus de pouvoir. Le pouvoir est leur but, leurs idéologies raciste, guerrière, sont secondaires... Ce rapport au pouvoir, la réaction aux frustrations, tout cela reste sacrément d'actualité. Géniale aussi, dans la première moitié du film, cette idée de va-et-vient incessant entre les palais luxueux du dictateur et le ghetto. Si on dépasse de nouveau le simple cadre d'Hitler, on aperçoit la continuation de la critique du Pouvoir : le monde est ainsi fait (pour reprendre le paradoxe de Tolstoï exposé dans Guerre et Paix) que ceux qui ont le pouvoir de changer la réalité n'ont plus de contact avec la réalité, alors que ceux qui sont dans la réalité n'ont pas le pouvoir de la changer. Reste alors entre les deux mondes du Pouvoir et du peuple, le barbier. Cet électron libre est un personnage tout sauf héroïque : lâche, peureux, mais possédant le bon sens quand il s'agit de réagir. Il est intéressant de voir que Chaplin en fait un amnésique. De ce fait, il arrive au ghetto, et dans la société actuelle, avec un regard neuf. Il correspond à cet égard à cette belle métaphore du Pic de Dante (seule bonne chose ou presque de ce film) de la grenouille. Si on met une grenouille dans une casserole qu'on porte lentement à ébulition, elle mourra sans avoir réagi. Si on met la même grenouille dans une casserole déjà brûlante, là, elle réagit. Le barbier, quand il revient au ghetto, plonge dans cette casserole brûlante et du coup il lutte, a le courage de dire " non ". Difficile de dire stop en effet quand tout se fait progressivement, lentement. Là encore, Le Dictateur touche juste dans la psychologie. C'est donc ce personnage qui par un concours de circonstances prendra la place du vrai dictateur. Que fait-il ? Que peut-il faire ? Parler. Belle idée (idée moderne de nouveau), que la seule chose possible pour quelqu'un du peuple, c'est de prendre la parole, se servir des médias pour dire les choses telles qu'il les voit, et surtout telles qu'elles devraient être. On reproche au Dictateur son discours final, naïf. D'abord, historiquement, ce discours est important dans l'œuvre de Chaplin. Il a toujours refusé la parole au cinéma et l'accepte ici, comme étant directe et non plus un élément sonore comme un autre. De plus, il faut ré-écouter ce discours. Il n'a rien de naïf. Il est au contraire plein d'espoir, courageux dans les valeurs qu'il ose proposer dans une société qui refuse ces valeurs en les taxant justement de naïves. Mais surtout, ce discours prônant l'individualisme et la lutte de l'individu contre son gouvernement, le refus des " machines " est totalement d'actualité. Pas un mot à changer. Là où Chaplin n'est pas naïf, c'est que suite à ce discours prônant l'individualisme, il montre la réaction à son discours : un plan très large, sans individualisme donc, d'une foule en délire... S'il avait dit n'importe quoi, le contraire ou l'inverse, cette foule aurait réagi de la même manière ! Discours sans espoir ni effet ? Non, puisqu'au moins une personne, Hannah, aura été touchée et aura retrouvé l'espoir que demain sera peut-être différent. L'humour. Dans tous les films de Chaplin (peut-être, et encore, exception faite de Monsieur Verdoux) l'humour est simple, direct, léger. On retrouve ici des gags drôles pour lesquels on rit directement, sincèrement. Seulement, il y en a aussi d'autres tellement terribles que le rire arrive comme pour exorciser, comme pour créer une porte de sortie à une situation finalement horrible. Ce sérieux, cette dureté dans l'humour est unique chez Chaplin et on peut même dire que quiconque " s'amuserait " à voir le film au premier degré, à décortiquer chaque image, chaque idée, sortirait du film déprimé ! On pourrait écrire des pages et des pages sur ce film, ce serait un travail sans fin car ce film possède décidement la rare richesse de pouvoir signifier un nombre quasi-infini d'idées selon l'époque à laquelle on le voit... Critique écrite par Dumbledore, et disponible à l'adresse http://www.dvdtoile.com/Film?titre=Le+Dictateur -- spontex@dvdtoile.com www.dvdtoile.com : Tout sur les sorties au Cinema et en DVD. -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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