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[Date Prev][Date Next][Date Index] [avis] L'homme sans passe, de Ari Kaurismaki
(Révélations) Kaurismäki offre au personnage principal de son film la possibilité de recommencer une nouvelle vie, vierge de tout souvenir et de toute influence passée. Un voyageur, violemment agressé en pleine nuit à Helsinki et déclaré cliniquement mort quelques heures plus tard, se relève miraculeusement de son lit d'hôpital et s'enfuit. Il est recueilli par une famille de miséreux vivant dans un conteneur abandonné. Il va peu à peu s'intégrer au sein de cette communauté de pauvres et (re)découvrir les valeurs élémentaires de l'amour et d'un bonheur quotidien. Le héros ne cherchera jamais vraiment à savoir qui il était 'avant', se satisfaisant de sa nouvelle situation qui lui procure le bonheur à travers la musique, l'amitié et l'amour. Et même lorsque sa vie antérieure le rattrape, le destin lui offre la chance de poursuivre sa nouvelle vie. Kaurismäki penche davantage du côté de Otar Iosselliani que de Ken Loach : évoluant dans des zones semi-industrielles désaffectées, son personnage amnésique pourrait être le révélateur idéal de toutes les absurdités du système social, tel un Candide scandinave, dénoncer les conditions de vie des personnages que le réalisateur filme. Au lieu de cela, ce dernier se concentre sur la simplicité et la valeur des rapports humains, au risque parfois de les idéaliser ou de les caricaturer : la solidarité entre les pauvres nous est montrée de façon utopique comme une entraide quasi-permanente, tandis qu'au contraire l'administration est très kafkaïenne et n'a pour objectif que la déshumanisation de l'individu qui n'existe pas s'il ne se souvient pas de son matricule. Comme dans 'Adieu, plancher des vaches !' de Iosselliani, Kaurismäki nous montre un monde en fin de vie, atemporel, anachronique, sans aucune trace de la technologie moderne, où les humains se satisfont du minimum matériel et où l'amour et la musique suffisent à procurer le bonheur. Le contraste entre le propos profondément optimiste et l'environnement précaire au sein duquel évoluent les protagonistes est saisissant, même si cette précarité est plus suggérée que montrée : l'histoire se déroule en été et la seule référence faite aux conditions de vie hivernales est l'évocation d'un pauvre mort de froid dans le conteneur par conséquent inoccupé que récupère le héros. Les personnages, qui ne possèdent rien ou presque, savent trouver le bonheur dans chaque rare petit plaisir que peut leur réserver la vie quotidienne : un verre de bière offert avec la paye du mois, un repas à l' Armée du Salut, un rythm'n'blues ou un rock entendu sur un vieux juke-box. L'optimisme, et surtout la grande tendresse de l'auteur pour ses personnages, lui permettent de ne jamais tomber dans le misérabilisme ou dans la compassion pleurnicharde, bien au contraire, et de nous offrir un film beau et simple sur des valeurs humaines basiques -- Article posté sur http://web2news.com le serveur de news le plus rapide du web -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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