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[avis] L'homme sans passe, de Ari Kaurismaki


  • Subject: [avis] L'homme sans passe, de Ari Kaurismaki
  • From: "evan lustaf" <lustaf.news.invalid@web2news.net>
  • Date: 20 Nov 2002 22:15:02 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Web2news.com
  • Reply-to: "evan lustaf" <evan_lustaf@yahoo.fr>
  • Sender: modappbot@dspnet.claranet.fr
  • Xref: ghanima.dyndns.org fr.rec.cinema.selection:17

(Révélations)

Kaurismäki offre au personnage principal de son film la possibilité de
recommencer une nouvelle vie, vierge de tout souvenir et de toute
influence passée. Un voyageur, violemment agressé en pleine nuit à
Helsinki et déclaré cliniquement mort quelques heures plus tard, se
relève miraculeusement de son lit d'hôpital et s'enfuit. Il est
recueilli par une famille de miséreux vivant dans un conteneur
abandonné. Il va peu à peu s'intégrer au sein de cette communauté de
pauvres et (re)découvrir les valeurs élémentaires de l'amour et d'un
bonheur quotidien. Le héros ne cherchera jamais vraiment à savoir qui il
était 'avant', se satisfaisant de sa nouvelle situation qui lui procure
le bonheur à travers la musique, l'amitié et l'amour. Et même lorsque sa
vie antérieure le rattrape, le destin lui offre la chance de poursuivre
sa nouvelle vie.

Kaurismäki penche davantage du côté de Otar Iosselliani que de Ken Loach
: évoluant dans des zones semi-industrielles désaffectées, son
personnage amnésique pourrait être le révélateur idéal de toutes les
absurdités du système social, tel un Candide scandinave, dénoncer les
conditions de vie des personnages que le réalisateur filme. Au lieu de
cela, ce dernier se concentre sur la simplicité et la valeur des
rapports humains, au risque parfois de les idéaliser ou de les
caricaturer : la solidarité entre les pauvres nous est montrée de façon
utopique comme une entraide quasi-permanente, tandis qu'au contraire
l'administration est très kafkaïenne et n'a pour objectif que la
déshumanisation de l'individu qui n'existe pas s'il ne se souvient pas
de son matricule.

Comme dans 'Adieu, plancher des vaches !' de Iosselliani, Kaurismäki
nous montre un monde en fin de vie, atemporel, anachronique, sans aucune
trace de la technologie moderne, où les humains se satisfont du minimum
matériel et où l'amour et la musique suffisent à procurer le bonheur. Le
contraste entre le propos profondément optimiste et l'environnement
précaire au sein duquel évoluent les protagonistes est saisissant, même
si cette précarité est plus suggérée que montrée : l'histoire se déroule
en été et la seule référence faite aux conditions de vie hivernales est
l'évocation d'un pauvre mort de froid dans le conteneur par conséquent
inoccupé que récupère le héros.

Les personnages, qui ne possèdent rien ou presque, savent trouver le
bonheur dans chaque rare petit plaisir que peut leur réserver la vie
quotidienne : un verre de bière offert avec la paye du mois, un repas à
l' Armée du Salut, un rythm'n'blues ou un rock entendu sur un vieux
juke-box. L'optimisme, et surtout la grande tendresse de l'auteur pour
ses personnages, lui permettent de ne jamais tomber dans le
misérabilisme ou dans la compassion pleurnicharde, bien au contraire, et
de nous offrir un film beau et simple sur des valeurs humaines basiques
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