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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Avis] L'homme sans passe (A. Kaurismaki, 2002)
De prime abord, l'affiche surprend, reprenant de manière appuyée l'esthétique des couvertures des romans populaires américains des années 50. Ce film finlandais est bâti sur une trame qui n'a rien à envier à la simplicité de nombres de scénarios américain de cette époque. La simplicité apparente du traitement détonne également avec la mode actuelle : ici la caméra est sage, bouge juste ce qu'il faut, aucun effet n'est appuyé tout en restant parfaitement compréhensible, et l'interprétation, ou plus exactement l'expressivité, sont apparemment réduites au minimum, de manière surprenante mais convaincante. Il ne s'en dégage pas moins un grand intérêt et beaucoup d'humour. Sur une thématique simple, le film flirte souvent avec la fable, voire le fantastique. Evan Lustaf citait Iosseliani et Lynch dans son article, j'y ai vu de mon côté des réminiscences de la comédie italienne des années 50, notamment un film comme "Miracle à Milan", où tout devient possible, surtout les ressorts heureux ou pertinents du destin. Le thème de l'homme sans mémoire ni identité, confronté aux situations sociales et quotidiennes, est particulièrement bien exploité, de même que celui de la solidarité, sans aucun effet appuyé ni moralisateur. Autre atout du film, Kaurismäki ancre ses situations dans des no-man's- lands intemporels, terrains vagues portuaires ou d'usine, les protagonistes roulant dans des guimbardes finlandaises ou américaines des années 50, tout en prenant bien soin de rappeler épisodiquement que tout ceci se déroule bien à notre époque. Il est capable de transfigurer une esthétique de métaux rouillés, de friches maritimes où la nature reprend ses droits, de piaules, de meubles de récupération ; le cinéma est avant tout une qualité du regard. En poussant plus loin la réflexion, la problématique principale du film est probablement celle de l'identité : quelle capacité avons-nous à nous départir de notre identité, même quand il nous est donné de pouvoir en changer ? Quelle est la nature de notre identité lorsque nous sommes attachés à des éléments d'une autre époque ou d'une autre culture ? Quel est notre rapport avec l'environnement, nature, cité ou culture ? Kaurismäki répond à tout cela par un sourire en renvoyant à des gestes et valeurs simples, mais non simplistes, de solidarité, de respect, de tendresse. Au milieu de tout cet enchevêtrement brut, voire brutal, que la vie impose, il y a toujours moyen d'être, de construire et reconstruire quelque chose ou quelqu'un. Au final, le film conjugue avec un sourire paisible fable sociale et conte moral, dont la qualité ressort d'autant mieux par ses prises de position décalée par rapport aux postulats standard du cinéma actuel. http://french.imdb.com/Details?0311519 Vincent Fournols -- Article posté via l'accès Usenet http://www.mes-news.com Accès par Nnrp ou Web -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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