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[Avis] L'homme sans passe (A. Kaurismaki, 2002)


  • Subject: [Avis] L'homme sans passe (A. Kaurismaki, 2002)
  • From: Vincent Fournols <vincent@fournols.org>
  • Date: 23 Nov 2002 00:20:01 GMT
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De prime abord, l'affiche surprend, reprenant de manière appuyée 
l'esthétique des couvertures des romans populaires américains des années 50.

Ce film finlandais est bâti sur une trame qui n'a rien à envier à la 
simplicité de nombres de scénarios américain de cette époque. La simplicité 
apparente du traitement détonne également avec la mode actuelle : ici la 
caméra est sage, bouge juste ce qu'il faut, aucun effet n'est appuyé tout 
en restant parfaitement compréhensible, et l'interprétation, ou plus 
exactement l'expressivité, sont apparemment réduites au minimum, de manière 
surprenante mais convaincante.

Il ne s'en dégage pas moins un grand intérêt et beaucoup d'humour. Sur une 
thématique simple, le film flirte souvent avec la fable, voire le 
fantastique. Evan Lustaf citait Iosseliani et Lynch dans son article, j'y 
ai vu de mon côté des réminiscences de la comédie italienne des années 50, 
notamment un film comme "Miracle à Milan", où tout devient possible, 
surtout les ressorts heureux ou pertinents du destin. Le thème de l'homme 
sans mémoire ni identité, confronté aux situations sociales et 
quotidiennes, est particulièrement bien exploité, de même que celui de la 
solidarité, sans aucun effet appuyé ni moralisateur.

Autre atout du film, Kaurismäki ancre ses situations dans des no-man's-
lands intemporels, terrains vagues portuaires ou d'usine, les protagonistes 
roulant dans des guimbardes finlandaises ou américaines des années 50, tout 
en prenant bien soin de rappeler épisodiquement que tout ceci se déroule 
bien à notre époque. Il est capable de transfigurer une esthétique de 
métaux rouillés, de friches maritimes où la nature reprend ses droits, de 
piaules, de meubles de récupération ; le cinéma est avant tout une qualité 
du regard.

En poussant plus loin la réflexion, la problématique principale du film est 
probablement celle de l'identité : quelle capacité avons-nous à nous 
départir de notre identité, même quand il nous est donné de pouvoir en 
changer ? Quelle est la nature de notre identité lorsque nous sommes 
attachés à des éléments d'une autre époque ou d'une autre culture ? Quel 
est notre rapport avec l'environnement, nature, cité ou culture ? 
Kaurismäki répond à tout cela par un sourire en renvoyant à des gestes et 
valeurs simples, mais non simplistes, de solidarité, de respect, de 
tendresse. Au milieu de tout cet enchevêtrement brut, voire brutal, que la 
vie impose, il y a toujours moyen d'être, de construire et reconstruire 
quelque chose ou quelqu'un.

Au final, le film conjugue avec un sourire paisible fable sociale et conte 
moral, dont la qualité ressort d'autant mieux par ses prises de position 
décalée par rapport aux postulats standard du cinéma actuel.

http://french.imdb.com/Details?0311519

Vincent Fournols
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