[Recherche]
[Date Prev][Date Next][Date Index]

[Avis] Harry Potter et la chambre des secrets (2002)


  • Subject: [Avis] Harry Potter et la chambre des secrets (2002)
  • From: Alexandre Tylski <a.tylski@wanadoo.fr>
  • Date: Mon, 23 Dec 2002 17:13:32 +0100
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Moderation de fr.rec.cinema.selection
  • References: <asqimo$80l$1@news-reader11.wanadoo.fr>
  • User-agent: Microsoft Outlook Express 6.00.2600.0000
  • Xref: ghanima.dyndns.org fr.rec.cinema.selection:27

[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion.]

      La chambre des secrets ou le passage secret à l'adolescence
      par Alexandre Tylski, ABC

      Le deuxième épisode des aventures imaginées par J.K. Rowling est un
triomphe commercial, certes, mais le film semble aussi explorer secrètement
cet étrange et indicible sentiment de l'adolescence.
      Harry Potter est en deuxième année à l'école des sorciers. Il n'est
plus un petit garçon désormais. Et il a coupé tout lien avec sa famille.
Tout le film de s'efforcer alors, de façon plus ou moins souterraine, à
représenter ce passage d'un âge à l'autre avec les idées du roman dont le
film est l'adaptation mais également avec les pouvoirs mêmes du cinéma.

      C'est d'abord l'inévitable mue des acteurs adolescents qui marque le
film. Et le cinéaste, même, de s'en amuser dans certains scènes où ses
jeunes comédiens crient et se brisent la voix de manière caractéristique. Le
livre ne pouvait pas en rendre compte de cette façon-là. La voix de ces
jeunes héros est dans un entre-deux, au seuil. On est aussi dans cette
épopée-là. Paradis perdu de la voix originelle, enquête sur un monde
parallèle.

      Le jeune acteur principal du film (Daniel Radcliffe) dit à propos de
Harry qu'il interprète :

      " Il a tellement évolué en tant que personnage, que je devais évoluer
de mon côté. Maintenant, j'ai deux instincts : le mien, et celui d'Harry. Et
quand nous filmions chaque scène, je me demandais " Comment Harry réagirait
? ", et je tentais de faire passer ce sentiment à l'écran. (...) J'ai grandi
et évolué vers l'âge adulte. En fait, je crois que tous ceux qui ont
travaillé sur ce film ont grandi, même les adultes ! "

      On aurait peut-être tort de trop vite enterrer le film en le taxant de
vulgaire confiserie. Comme dans ces séries télévisées américaines dans
lesquelles on peut voir évoluer les interprètes physiquement chaque année,
la saga cinématographique Harry Potter est aussi, en un sens, un témoignage
audiovisuel pour la sociologie, voire pour l'éthologie clinique (manière
Cyrulnik). Harry Potter est une éprouvette filmique, à l'image des bocaux
bizarres dévoilés dans les nombreux laboratoires du film.

      Car outre les voix cassées dans le film, l'enveloppe corporelle de ces
jeunes évolue et parfois même, mue violemment: ainsi la jeune fille dans la
confusion d'une mauvaise formule se mutant. en chatte, le visage couvert de
poil. Ainsi, Harry et son copain se transformant en adolescents obèses le
temps d'un piège, leur chair sous leur peau bouillonnant dans d'affreuses
convulsions. Le corps tremble, s'épaissit, dans la magie des trucages - loin
ici d'être de stupides attrape-mouches.

      La présence dans le film d'un Phoenix (d'ailleurs vrai héros de ce
second volet) souligne l'idée d'un corps qui meurt pour revivre, comme la
peau laissée par la mue du serpent géant dans les caves du château. Un
serpent géant qu'Harry doit apprendre à domestiquer dans la chambre obscure
des secrets. Le copain d'Harry, quant à lui, vomira des limaces pendant
plusieurs heures, dégoûtant la salle obscure de façon efficace. L'aspect
délibérément sombre et visqueux des décors et des objets parlent, crient, l'
adolescence.

      Le réalisateur voulait un film plus sombre que le premier épisode, et
il a effectivement nourri le film d'ombres et de très nombreuses scènes
nocturnes. Hermès, dieu de l'adolescence, n'était-il pas aussi le dieu du
crépuscule ? La noirceur des images, parfois franchement cauchemardesques,
est une des clés du film, comme cet arbre colossal qui, dans la nuit, veut
écraser et étouffer les adolescents, et ces araignées mutantes attaquant les
écoliers dans la nuit, ou enfin, ces "racines de madragore", bébés monstres
hurlants sortis de terre rappelant la petite enfance à ces apprentis
adultes.

      Alexandre Tylski

      Texte disponible ici:
      http://www.abc-toulouse.net/ecrans/ecrans_detail.php?ID=158

-- 
Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/>
Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>