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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] FAILAN - Song Hae-sung (Coree du sud -- 2001)
[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion.] [ATTENTION ! REVELATIONS !] FAILAN Corée du sud, 2001, de Song Hae-sung, CL, 116' Scénario Song Hae-sung, Ahn Sang-hoon et Kim Hae-gon, adapté du roman "Lettre d'amour" du japonais Jiro Asada Directeur de la photographie Kim Yong-chui Musique Lee Jae-jin Avec Choi Min-shik, Cécilia Cheung, Sohn Byung-ho, Gong Hyung-jin RESUME Incheon (Corée du sud). Kang-jae (Choi Min-shik), petit truand de troisième zone, sort de dix jours de prison pour avoir vendu des vidéos pornos à des mineurs. Tout en essayant de jouer au dur, il se fait humilier et tabasser par son patron et pourtant ami d'enfance Yong-sik ainsi que par les autres membres du gang. Lorsque son boss, après avoir pété les plombs une fois de plus, tue un chef de bande adverse, Kang-jae se voit "proposer" par celui-ci de prendre sa place en prison (pour 10 ans) en échange d'une somme d'argent qui lui permettrait de réaliser son rêve: acheter un bateau de pêche, retourner dans sa ville natale et, ainsi, changer de vie... La nouvelle de la mort de sa "femme" pour cause de maladie lui parvient alors et il doit partir identifier le corps à l'autre bout du pays. Cette femme, il ne l'a jamais rencontrée. Failan (Cecilia Cheung), jeune Chinoise ayant quitté son pays après la mort de ses parents, avait débarqué en Corée le 3 décembre 1999 croyant y trouver une tante entre-temps émigrée au Canada. Seule possibilité pour rester dans le pays: contracter un mariage "blanc". Elle l'obtint via une agence dirigée par Yong-sik. Kang-jae ayant besoin d'argent, il avait accepté de servir de "mari" et tout s'était fait par intermédiaire, sans rencontre. Kang-jae avait été jusqu'à oublier son existence. Aujourd'hui, Failan morte, il prend le train, découvre le beau et doux visage de la jeune femme sur une photo et repasse dans sa tête le film des événements. La découverte d'une lettre qu'elle lui avait écrite sans jamais l'envoyer va profondément perturber Kang-jae... C'est que Failan s'était mise en tête que son mari viendrait la chercher et avait développé pour lui un sentiment de reconnaissance et, finalement, d'amour... MON OPINION On ne le dira jamais assez, le cinéma coréen est aujourd'hui le plus excitant et le plus novateur du continent asiatique. Il doit principalement son impact à son incroyable diversité scénaristique qui autorise des films aussi différents que Le chant de la fidèle Chunhyang, Fantasmes, L'Île, Shiri, Christmas in August, La 6e victime, Memento Mori, Sur la trace du serpent, La vierge mise à nue par ses prétendants, J.S.A., Musa, etc... Sans oublier le dernier chef d'?uvre de Im Kwon-taek "Ivre de femmes et de peinture" (Chihwaseon), prix de la mise en scène au dernier Festival de Cannes (2002). Et ce FAILAN ne déroge pas à la règle. Commençant comme une oeuvre de genre plutôt classique, le film décolle soudain lorsque Kang-jae part pour les funérailles de Failan. L'émotion s'instille alors avant de tout envahir, en même temps qu'elle perturbe de plus en plus le gangster qui découvre une réalité qu'il ne soupçonnait pas. Lui, le rejeté, l'humilié qui ne vivait que dans un monde de violence secoué par la guerre des gangs (violence incarnée à merveille par Yong-sik, vrai psychopathe, dont l'interprète n'est pas sans rappeler un jeune Albert Finney) entrevoit une autre facette de la vie. Car Failan, qui l'a vu comme son sauveur, n'a cessé de louer sa bonté dans cette lettre qu'il lit dans le train qui mène à sa dépouille, se mettant à l'aimer à travers une simple photo (qu'elle encadre pour ne plus la quitter des yeux) et une écharpe rouge, "cadeau de mariage" donné par l'intermédiaire. La vision toute fantasmatique qu'elle a de Kang-jae est "a priori" à mille lieux de la réalité. Sur la photo, l'homme est souriant, presque séduisant, à l'inverse du type mal rasé, mal fagoté, un peu gras du bide, au visage souvent tuméfié ou couturé et aux réactions peureuses. "Vous êtes le plus gentil de tous. Merci de m'avoir épousé", lui écrit-elle. Kang-jae sera "secoué" par ces mots que personne, jamais, ne lui a tenus, à lui le bon à rien. "Dois-je continuer à vivre avec ce corps mort ?" demande un Kang-jae ivre à la sortie de la morgue où il a veillé le cadavre de Failan. Alors que c'est son image idéalisée qui a permis à Failan de vivre quelques mois heureuse, lui ne peut supporter de garder en tête la vision réelle d'une jeune femme morte et qui s'était mise à l'aimer. Bouleversant renversement de perspective. Cette histoire d'amour qui aurait pu advenir entre ces deux êtres finalement aussi seuls l'un que l'autre arrive trop tard. Si le film est bel et bien dramatique et fortement teinté de fatalité, il ne sombre pas pour autant dans le mélo et garde tout du long une grande finesse, une délicatesse et une tendresse qui force l'admiration. Composé essentiellement autour d'un retour en arrière (de l'arrivée en Corée de Failan à sa mort) enserré entre un très long début (plus de 37 minutes avant que Failan n'apparaisse vraiment) et une fin assez brutale et déchirante, le film doit être loué non seulement pour son très beau scénario mais aussi pour sa construction, la partie centrale étant elle-même subtilement montée en parallèle avec le voyage de Kang-jae. Le personnage de Kang-jae écrase le film puisque tout est vu par lui et qu'il bénéficie de surcroît d'une extraordinaire performance d'acteur de Choi Min-shik. D'antipathique au début (brutal et ivrogne, il accumule tous les mauvais points possibles et imaginables jusqu'à pisser dans l'évier de la cuisine), il évolue peu à peu et dégage une humanité dont on le croyait dépourvu, même si certains indices comme ses rêveries devant des peintures de bateaux pouvaient mettre la puce à l'oreille. C'est lui qui, à la fin, tire les larmes du spectateur à deux reprises. Tout d'abord dans une scène magnifique et d'une puissance émotionnelle vraiment très grande où il fond littéralement en larmes à la lecture d'une seconde lettre écrite par Failan sur son lit d'hôpital. Puis lorsqu'il visionne une vidéo montrant Failan sur une plage, filmée par son colocataire et intermédiaire. La caméra reste en plan fixe sur son visage traversé de toute la gamme des émotions, jusqu'à une chute aussi brutale que fatale... Comme je viens de l'écrire, Choi Min-sik est fabuleux dans le rôle. Déjà grosse vedette dans son pays natal (il est l'acteur principal de "Shiri", l'un des plus gros succès populaires en Corée de ces dernières années), c'est lui que l'immense Im Kwon-taek choisit pour incarner son homme "Ivre de femmes et de peinture". La jeune Failan, elle, constitue, un parfait contre-point à Kang-jae. Face (façon de parler vu qu'ils ne partagent aucune scène... ou presque) au côté ours et brute du gangster, elle montre une douceur et une fragilité très bien mises en exergue par la finesse et la beauté de Cecilia Cheung. Le jeu de celle-ci repose d'ailleurs presque entièrement sur son visage aux traits post-adolescents véhiculant une émotion toujours à fleur de peau. L'actrice cantonaise (et tout autant chanteuse, comme sa grande rivale, Faye Wong, à qui elle a d'ailleurs "piqué" son compagnon !) ne parle pas beaucoup et se contente d'illuminer l'écran de sa seule présence gracile. Ses instants passés à rêver de son "époux" tout en travaillant dur dans une laverie où elle essaie d'apprendre la langue locale sont de très beaux moments, oscillant entre gravité et légèreté. Les derniers plans du film (dont le Noir et Blanc renvoie aux premiers) nous la montrent en vidéo sur l'écran de télévision au bord de la plage, chantant avec une timidité extrême pour Kang-jae, le visage éclairé d'un large sourire sur lequel se fige l'image avant le générique de fin. Une image qui restera longtemps dans la mémoire du spectateur. Au début du film, on voit Yong-sik casser des verres et asséner à ses hommes de main: "L'un d'entre vous peut-il recoller les morceaux ? Personne ne peut. Une fois cassé, c'est trop tard." Le message pourrait servir de vérité au film tout entier et c'est bien la prise de conscience de celle-ci qui plonge Kang-jae dans la plus profonde douleur et le spectateur de ce superbe FAILAN dans une grande mélancolie. Le film a remporté de nombreux prix un peu partout dont 4 Lotus de cristal au Festival de cinéma asiatique de Deauville 2002 (Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur (Choi Min-shik), prix du public). Après avoir terminé en 1989 des études de cinéma à l'université de Hanyang, le réalisateur Song Hae-sung est devenu assistant-réalisateur en 1994 sur "Rules of the Game", puis en 1996 assistant-réalisateur et scénariste de "Born to Kill" (également scénariste) avant de voler de ses propres ailes en 1999 avec "Kara". Philippe Serve -- "Ce siècle doit être celui des différences, et c'est sur elles que doivent se reconstruire non seulement des nations mais tout un monde. Rêver ne nous attriste pas." (Sous-commandant Marcos, porte-parole de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN), Mexique, 08/01/2001, La Jornada) Mon site sur le cinema: Ecrans pour nuits blanches (http://ecrans-pour-nuits-blanches.org) Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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