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[Critique] FRANKENSTEIN - James Whale (Usa, 1931)


  • Subject: [Critique] FRANKENSTEIN - James Whale (Usa, 1931)
  • From: Philippe Serve <pserve@club-internet.fr>
  • Date: Fri, 27 Dec 2002 14:42:07 +0100
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[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur
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FRANKENSTEIN

de James Whale, 1931, USA, NB, 71'

avec: Boris Karloff, Colin Clive, Mae Clarke


Chacun connaît l'histoire: au cours d'une soirée à la Villa Diodati, sur
les bords du Lac de Genève en 1816, un groupe d'amis (très) romantiques
se met au défi d'écrire une histoire fantastique à base de fantômes et
inspirée des légendes allemandes. Parmi eux, le Dr Polidori et les deux
poètes Lord Byron (accompagné de sa maîtresse Claire Clermont) et Percy
Bysse Shelley, escorté par sa fiancée, la toute jeune Mary
Wollstonecraft. Seule, celle-ci, qui ne deviendra Mary Shelley que
quelques semaines plus tard, remplit son obligation: ce sera
"Frankenstein ou le Prométhée moderne", achevé en 1818. Qu'une telle
histoire, aussi terrible qu'achevée, ait pu germer dans le cerveau d'une
aussi jeune fille de 18 ans qui n'avait rien écrit jusque là, ne cesse
d'étonner. FRANKENSTEIN devint bien plus qu'un simple classique du
genre: un mythe. A tel point que l'on continue un peu partout de
confondre en ce nom synonyme de terreur le monstre (qui n'a d'autre nom
que "la Créature") et son créateur, le savant Frankenstein, l'homme qui
se voulut l'égal de Dieu en créant un être de toutes pièces à partir de
différents morceaux de cadavres et en lui insufflant la vie. Mais la
créature tourne mal, le cerveau utilisé étant celui d'un criminel...

Prévu à l'origine sous la direction de Robert Florey avec dans le rôle
du monstre Bela Lugosi qui venait de triompher dans "Dracula", puis John
Carradine (les deux acteurs déclinant le rôle), les studios Universal
confièrent finalement le projet à James Whale, jeune réalisateur anglais
exilé à Hollywood comme tant de ses compatriotes. Ce FRANKENSTEIN fut la
troisième adaptation à l'écran du chef-d'oeuvre de Mary Shelley et non
pas la première comme on le croit souvent. Une première version avait
été tournée en 1910 par J. Searle Dawley avec Charles Ogle jouant la
créature avant que, dix ans plus tard, le futur acteur italien Eugenio
Testa en fasse à son tour une adaptation transalpine, réalisant là son
seul et unique film.

Pour incarner la créature, James Whale fit appel à un de ses
compatriotes, Boris Karloff (de son vrai nom William Henry Pratt).
Apparu comme figurant dans déjà 80 films (dont 18 pour la seule année
1931 !), l'acteur âgé de 44 ans, fils de diplomates, érudit et charmant,
devint du jour au lendemain le prototype même du plus abominable monstre
de cinéma auquel il sut néanmoins insuffler comme personne une dimension
tragiquement humaine qui lui fit toujours tenir une place à part dans
l'Histoire du cinéma. C'est principalement grâce à lui et à son
extraordinaire interprétation que FRANKENSTEIN continue à marquer les
esprits plus de 70 ans après sa réalisation, le meilleur exemple restant
la scène où il rencontre une petite fille qui lui offre des fleurs qu'il
fait, avec elle, flotter sur l'eau. N'ayant plus de fleurs à jeter, il
lance la petite à l'eau et s'affole de ne pas la voir flotter... La
scène fut coupée à la sortie du film mais heureusement réintroduite plus
tard... Dès que Karloff apparaît à l'écran, le spectateur se sent comme
hypnotisé, happé par un charme étrange. Le monstre effraie car il tue
mais on ne peut s'empêcher de ressentir de la pitié pour lui. Là réside
le pur génie de Boris Karloff qui sut jouer magnifiquement de son lourd
mais parfait maquillage et d'une silhouette devenue sans doute la plus
célèbre du 7e art avec celle de "Charlot".

FRANKENSTEIN paraît parfois bancal, impression due à sa courte durée (1
heure 10) entraînant ellipses, raccourcis et larges "trahisons" du roman
original (du prénom de Frankenstein, Victor devenant Henry, à la fin de
l'histoire où le créateur survit ici à sa créature, en passant par la
psychologie même de cette dernière). Mais ses qualités visuelles avec
ses décors et sa photographie très expressionnistes sont réelles. "La
Fiancée de Frankenstein" (The Bride of Frankenstein) du même James Whale
avec bien sûr Boris Karloff, tourné quatre ans plus tard, sera bien plus
achevé et considéré aujourd'hui encore comme l'un des immortels chefs
d'œuvres du genre, Karloff y dégageant une humanité encore plus
poignante.

Mary Shelley, orpheline de mère (celle-ci mourut en la mettant au monde)
sembla quelque peu marquée par une malédiction après avoir écrit
"Frankenstein". Epousant l'année suivante Percy Bysse, elle accumula les
malheurs: la mort de sa demie-sœur, un fils et une fille tous deux morts
en l'espace de deux ans, puis la disparition de son poète de mari, noyé
au large de la Grèce en 1822. Il avait 30 ans et elle seulement 25.
Trois ans plus tard elle contracta la variole et en garda les stigmates
sur son visage toute sa vie durant. Après "Frankenstein ou le Prométhée
moderne", elle continua à écrire plusieurs nouvelles et romans dont "Le
dernier homme" (The Last Man, 1826) et mourut d'une tumeur au cerveau en
1851 à l'âge de 54 ans.

Philippe Serve

-- 
"Ce siècle doit être celui des différences, et c'est sur elles que
doivent se reconstruire non seulement des nations mais tout un monde.
Rêver ne nous attriste pas." (Sous-commandant Marcos, porte-parole de
l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN), Mexique, 08/01/2001,
La Jornada)
Mon site sur le cinema: Ecrans pour nuits blanches
(http://ecrans-pour-nuits-blanches.org)

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