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[AVIS] PI - Darren Aronofsky (1998)


  • Subject: [AVIS] PI - Darren Aronofsky (1998)
  • From: Philippe Serve <pserve@club-internet.fr>
  • Date: 10 Feb 2003 17:30:01 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Club-Internet / T-Online France
  • Sender: modappbot@dspnet.fr.eu.org
  • Xref: ghanima.dyndns.org fr.rec.cinema.selection:56

PI

Usa, 1998, de Darren Aronofsky, NB, 84'
Scénario: Darren Aronofsky, Sean Gullette, Eric Watson
Photo: Matthew Libatique
Montage: Oren Sarch
Musique originale: Clint Mansell
Musique additionnelle: Orbital, Massive Attack, Aphex Twin, Spacetime
Continuum, David Holmes, etc.
Production : Harvest Filmworks, Plantain Films, Protozoa Pictures, Truth
and Soul Pictures
Distribution : Mars Films

Avec: Sean Gullette, Mark Margolis, Ben Shenkman, Samia Shoaib
Générique complet: http://us.imdb.com/Details?0138704

Prix de la mise en scène, Festival du cinéma indépendant de Sundance
(Usa)

Musique: Clint Mansell, Orbital, Massive Attack, Aphex Twin, Spacetime
Continuum, David Holmes

Max Cohen (Sean Gullette ) est un jeune mathématicien de génie souffrant
d'affreuses migraines à répétition et à la recherche d'une série de
chiffres qui expliquera le secret de l'existence et, peut-être, de Dieu
lui-même. Mais ses travaux attirent la convoitise de Juifs orthodoxes
(qui y voient la révélation du mystère de la Kabbale) et de financiers
de Wall Street, avides de détenir la clé du Marché. Max vit reclus dans
son appartement où domine la présence d'ordinateurs...

A la question : "Est-il primordial de comprendre et d'aimer les
Mathématiques pour se retrouver à même de suivre et d'apprécier PI, le
premier film de Darren Aronofsky ?", la réponse est : "Non, mais..."
Non, car PI possède suffisamment de caractère et d'identité pour
intéresser tout spectateur un tant soit peu ouvert à l'originalité.
L'influence évidente sur Aronofsky de "Eraserhead" (1977), le premier
film de David Lynch, largement évoqué par tous les critiques à la sortie
en salles de PI n'invalide pas l'intérêt de ce dernier, au contraire. Il
gagne en référence assez intelligemment digérée ce qu'il perd en pure
"nouveauté".

PI est avant tout un excellent film formel - réalisé en 16mm pour la
très modique somme de 60 000 $ et tourné sans autorisation - où la mise
en scène est systématiquement privilégiée par rapport au propos tenu. Ce
qui explique que le spectateur peut être totalement rétif aux chiffres
(le cas de l'auteur de ces lignes) et cependant ne pas décrocher du
film. L'atmosphère de celui-ci, profondément tissée de paranoïa,
accentuée par un Noir et Blanc très contrasté dont les nuances de gris
sont exclues, constitue la principale réussite du film. Tout comme
l'utilisation de focales "agressives", d'une caméra portée et d'une
bande son hautement significative.

Le Noir et Blanc excepté, ce sont d'ailleurs des traits caractéristiques
que l'on retrouvera dans le deuxième long métrage de Darren Aronofsky
(et premier grand succès public) "Requiem for a Dream". L'idée
d'aliénation domine déjà très largement PI, de la drogue au sens à la
fois commun et étendu. Prises multiples de cachets ou injections pour
apaiser les migraines de Max confinant à des crises d'épilepsie (plans
récurrents de ces prises que l'on retrouvera tels quels et de façon tout
aussi répétée dans "Requiem for a Dream") avec hallucinations à la clé,
mais aussi drogue des maths, de la religion, du pouvoir financier et
économique.

A la question initiale "Faut-il aimer les Maths pour apprécier  PI ?",
j'ai répondu "Non, mais..."  En effet, il reste qu'il s'agit d'un plus
pour comprendre de quoi il retourne exactement au niveau scénario. Car,
dans le cas contraire (gageons pour la majorité des spectateurs)
l'incompréhension la plus totale risque de régner parmi ceux pour qui le
terme "séquence"  ne renferme d'autre signification que
cinématographique. Il est ainsi question dans ce film de mécanique
quantique, de la théorie du chaos ou de l'étrange équation d'une
spirale... Peut-être que le fait de ne pas comprendre grand-chose à
l'histoire transforme le c½ur même de la quête de Max (et des autres
protagonistes) en simple McGuffin avec pour effet de renforcer encore la
paranoïa et l'importance de l'aspect formel du film qui la met en
valeur. Quoi qu'il en soit donc, s'il n'arrive pas à la hauteur de son
modèle présumé (Eraserhead précité, on peut aussi évoquer l'excellent et
très étrange "Institut Benjamenta" de Stephen et Timothy Quay, 1995), et
si on peut lui reprocher d'être un peu trop conscient de lui-même, PI
n'en demeure pas moins une oeuvre tout à fait intéressante et
personnelle.

Note:  d'après ce que j'ai pu comprendre, la recherche de Max est basée
sur une "séquence" mathématique, soit une suite de nombres logiques
appelée "séquence Fibonacci" et dans laquelle chaque nombre est le total
des deux précédents: 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, 89, 144, 233, 377,
610, 987, 1597, 2584, etc. Le nombre d'or auquel s'arrête Max est 1 618
034.

Philippe Serve

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"Ce siècle doit être celui des différences, et c'est sur elles que
doivent se reconstruire non seulement des nations mais tout un monde.
Rêver ne nous attriste pas." (Sous-commandant Marcos, porte-parole de
l'Armée Zapatiste de Libération Nationale (EZLN), Mexique, 08/01/2001,
La Jornada)
Mon site sur le cinema: Ecrans pour nuits blanches
(http://ecrans-pour-nuits-blanches.org)

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