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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] MARS ATTACKS - Tim Burton (1996)
MARS ATTACKS !
USA, 1996, de Tim Burton, CL, 102'
Scénario: Jonathan Gems
Photo: Peter Suschitzky
Montage: Chris Lebenzon
Musique: Danny Elfman
Production: Tim Burton et Larry Franco
D'après "Mars Attacks" de Topps
Avec: Jack Nicholson, Glenn Close, Annette Bening, Pierce Brosnan, Danny
DeVito, Martin Short, Sarah Jessica Parker, Michael J. Fox, Rod Steiger,
Tom Jones, Lukas Haas, Natalie Portman, Jim Brown, Lisa Marie, Pam
Grier, Sylvia Sidney
Le télescope géant Hubble est formel. Une nuée de soucoupes volantes
semblant provenir de la planète rouge, Mars, se dirige vers la Terre.
Des débats houleux ont lieu à la Maison Blanche. Faut-il accueillir les
Martiens à bras ouverts comme le préconisent le Président (Jack
Nicholson), son conseiller en communication (Martin Short) et le
scientifique de service (Pierce Brosnan) ou bien doit-on les détruire et
"tuer ! tuer ! tuer !" comme le recommande le très énervé chef
d'Etat-Major (Rod Steiger) ? Entre ces deux lignes, le cœur et la raison
de la First Lady, l'épouse du Président (Glenn Close), balance...
Mais après que l'ambassadeur de Mars a "zappé" de son pistolet une
blanche colombe symbole de paix lâchée par un spectateur enthousiaste,
entraînant un premier carnage, elle n'hésitera plus et conseillera à son
mari : "Ecrabouille-les !" Celui-ci n'en accueillera pas moins
l'ambassadeur extra-terrestre en grande pompe, ayant conclu sur les
conseils de son scientifique à un malentendu culturel... Lourde erreur
car les Martiens sont vraiment très, très méchants...
MARS ATTACKS !, joyeuse parodie en forme d'hommage aux films de
science-fiction des années 50 et 60, peut être perçu comme le parfait
antidote à l'insupportable et fascisant "Independence Day". Bien que
non conçu à cet effet (les deux films furent tournés en même temps), il
semble en reprendre la trame de A à Z et la dynamiter dans une joyeuse
et folle parodie. L'attaque des Martiens, très agressifs, la défense de
la Terre assurée par les seuls Etats Unis d'Amérique, la vision de la
destruction des principaux bâtiments du pays (Maison Blanche, Capitole,
etc.), l'anéantissement de capitales européennes (Paris, Londres),
l'importance des rôles du scientifique et du héros noir, le récit de
forme chorale, etc, etc., les deux films suivent en fait très exactement
le schéma des séries B du genre des années de guerre froide. Mais là où
"Independence Day" jouait au premier degré, MARS ATTACKS explose tout
par l'humour.
Directement inspiré par les vignettes "Mars Attacks !" de son enfance,
Tim Burton s'amuse comme le gamin qu'il n'a jamais cessé d'être. Il sait
bien qu'en reprenant au plus près le scénario et le visuel de ces
histoires, il ne pourrait à aucun moment être crédible s'il les montrait
sérieusement. Rien que les Martiens eux-mêmes, parfait cliché du genre,
petits, énormes têtes avec cerveaux surdimensionnés et apparents
surmontant des visages proches de celui d'un squelette, combinaisons
spatiales vertes (bien sûr !), ne pouvaient guère prêtaient à
hésitation. Mais les Martiens ne sont pas seulement drôles par leur
apparence physique, ils le sont aussi par leur langage ("Yak, yak, yak
!" ) et leur comportement sauvage. Riant comme des bossus à leurs
propres blagues sinistres et à leurs expériences horribles - ils
échangent les têtes d'une journaliste de télévision (Sarah Jessica
Parker) et de son chihuahua ou inhalent littéralement une explosion
nucléaire, ce qui les fait parler d'une voix haut perchée - ils se
promènent en slips à l'intérieur de leur soucoupe volante et savent
mieux que quiconque verser des larmes de crocodile...
Bien entendu, Tim Burton se livre à un vrai jeu de massacre dans la
peinture de ses divers personnages, au moins aussi radical que celui
perpétré par les petits hommes verts envers les Terriens. Le Président,
parfait politicien qui croit (ou fait semblant de croire...) à la vertu
des belles paroles, servi par un Jack Nicholson génial, son épouse
superficielle et méprisante (Glenn Close au meilleur de sa forme), le
scientifique idéaliste, blouse blanche, baguette en main et pipe vissée
aux lèvres, beau et vain garçon au charme duquel ne résistera pas la
journaliste énamourée, ces deux protagonistes vivant une folle histoire
d'amour, allant même jusqu'à en perdre la tête, tous passent à la
moulinette goguenarde et cinglante du réalisateur.
Chez les "petites gens", le pompon du massacre revient à cette famille
de bouseux, très "Amérique profonde", vivant dans une caravane chromée
et dont la mère affirme, fusil en main, "qu'ils [les Martiens] n'auront
jamais sa télé !". Le fils aîné, brute au front bas, s'engage dans
l'armée pour aller "leur botter le cul", mais c'est de la grand-mère,
gâteuse en maison de retraite et admiratrice inconditionnelle de la
musique country la plus insupportable, que viendra la solution qui
sauvera la planète...
Tim Burton a situé son film dans un contexte extra-temporel, empruntant
à la fois aux années 50 et à notre propre époque. Il n'y a pas dans MARS
ATTACKS ! de "morale" contrairement à "Independence Day" ni de
sous-texte, à l'inverse des films de bon nombre de films de S-F des
années de la guerre froide et du McCarthysme, où les Martiens et autres
monstres envahisseurs illustraient très nettement la paranoïa anti
-"Rouges". MARS ATTACKS ! n'est qu'un film de pur divertissement, même
s'il n'oublie pas en chemin une belle charge contre la bêtise, d'où
qu'elle vienne. La satire du peuple américain lui-même, le refus de
montrer des héros sauveurs de la planète (le noir ancien champion de
boxe, joué par Jim Brown, ou Tom Jones dans son propre rôle, ne sauvent
qu'eux-mêmes), à l'inverse, là encore, des films du genre et de
"Independence Day", explique plus que toute autre chose le cinglant
échec du film aux USA. Le spectateur états-unien moyen, l'esprit formaté
par les produits hollywoodiens très manichéens , ne supporte pas de ne
pas se voir en sauveur universel à l'écran.
Réalisé dans la foulée de l'excellent "Ed Wood", autre film-hommage,
MARS ATTACKS ! aurait sans doute beaucoup plu au "plus mauvais
réalisateur du monde" car sous la sauvage et débridée parodie se niche
un vrai respect du genre et un grand amour du cinéma populaire. Un rêve
de gamin...
Philippe Serve
Le film existe en DVD zone 2 (Warner Home Video France)
©Philippe Serve 2003
[critique + affiche + photos :
http://perso.club-internet.fr/pserve/Mars_Attacks.html#Mars_Attacks]
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