[Recherche]
[Date Prev][Date Next][Date Index]

[AVIS] Buffalo '66 (Vincent Gallo -- 1998)


  • Subject: [AVIS] Buffalo '66 (Vincent Gallo -- 1998)
  • From: Zyrtox <de.zyrtox@ztx.invalid>
  • Date: Thu, 27 Feb 2003 22:13:50 +0100
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Mail-copies-to: nobody
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection,fr.rec.cinema.discussion
  • Organization: La mienne
  • Reply-to: zyrtox@gattaca.org
  • User-agent: 40tude_Dialog/2.0.3.1
  • Xref: ghanima.dyndns.org fr.rec.cinema.selection:62 fr.rec.cinema.discussion:13054

  BUFFALO '66 -+- http://french.imdb.com/Details?0118789
  De Vincent Gallo. 1998. États-Unis. 1h45.
  Avec Vincent Gallo (Billy Brown), Christina Ricci (Layla), Ben Gazzara
  (Jimmy), Mickey Rourke (The Bookie), Rosanna Arquette (Wendy Balsam),
  Anjelica Huston (Jan).
  Scénario : Vincent Gallo, Alison Bagnall.
  Photographie : Lance Acord    
  Musique : Vincent Gallo.


[Je pense ne pas avoir trop fait de révélations, mais il est toujours
plus prudent d'avoir vu le film avant de lire ces quelques lignes.]


Eh bien, « Buffalo '66 », c'est un bon film. J'avais plutôt envie de
commencer comme ça, de façon à insister sur le point principal et pour
qu'on ne croie pas qu'un bon film, c'est nécessairement une ½uvre
passée à la postérité, grâce à un auteur dont le seul nom est synonyme
de succès. Le film raconte l'histoire d'un Américain mythomane et
paumé qui le reste. Mais sur sa route, il trouve d'abord des toilettes
(!), Christina Ricci, des vieilles photos et des danseuses à poil dans
un bar assez spécial de Buffalo, dans l'état de New York.

Ce film est avant tout l'½uvre d'un Vincent Gallo particulièrement
inspiré, et ce dans tous les domaines auxquels il s'est intéressé. Ce
film, c'est lui. À la base, c'est d'abord l'histoire qu'il a écrite et
la caméra qu'il a tenue. Une histoire sans trop de prétention, pleine
de minimalisme, mais qui cherche surtout, avec talent, à décrire le
destin d'un personnage somme toute banal au cinéma, mais qui possède
sa propre originalité et sa sensibilité. Un paumé un peu dégueu, qui
se retrouve sur le carreau suite à un séjour en prison, pour un délit
qu'il n'a pas commis. La première finesse scénaristique est tout de
même de ne pas laisser cet homme vierge de tout reproche, puisque
notre ami Billy a quand même été assez idiot pour miser des dizaines
de milliers de dollars sur l'équipe de foot de Buffalo, alors qu'il
savait fort bien qu'il ne possédait pas cet argent et que de plus il
allait lui-même à sa perte.

Par la suite, sans réellement la citer, l'histoire part dans des
détours plus ou moins intelligents, tout en se terminant sur une note
un peu en désaccord avec la partition jouée pendant tout le film. La
fin de ce dernier, c'est un peu son talon d'Achille, bien qu'elle
génère une magnifique scène entre les deux personnages principaux.

La mise en scène de ce Gallo aux multiples casquettes sait elle aussi
où elle veut en venir, donnant à ce film beaucoup de corps et de
tenue. Lorsque Gallo filme un dîner en famille, il veut trouver un
angle original. Dans les commentaires qu'il fait du film, il raconte
qu'il ne voulait pas se laisser aller à filmer une scène de repas
comme il l'avait déjà tournée cinq fois auparavant dans d'autres
films. Là, dans un dîner à quatre sur une table carrée, il élimine
chacun son tour un de ses personnages pour que sa caméra prenne sa
place et filme les trois autres. Et ce n'est pas qu'un effet filmique
; cela permet de montrer les relations entre les personnages et tout
le vide du dialogue à l'intérieur de la famille, où la mère (campée
par une Anjelica Huston du tonnerre) ne pense qu'au football local et
où le père n'est plus pacha sur son fauteuil qui attend que sa femme
le serve.

L'autre force de Vincent Gallo, c'est son interprétation. L'½il
exorbité, le manteau de cuir et le pantalon usés, les cheveux pas
souvent lavés, Vincent Gallo alias Billy Brown erre à travers la ville
avec son attitude à la fois si agressive et si douce. Lorsqu'il
rencontre Layla, le personnage incarné par Christina Ricci à qui il
oblige d'être une épouse à montrer à ses parents, il commence toujours
par lui crier dessus et à la menacer ; puis, au cours du film, il
s'assagit progressivement, tout en commençant ses phrases de façon
véhémente ou par une grossièreté.

Christina Ricci n'est pas en reste ; je dirais même que c'est elle qui
donne cette note mystique au film, par ses traits si enfantins et son
attitude si mature. Dans sa petite robe bleue où elle est toute
boudinée et sous son enfantine chevelure blonde, Christina Ricci
montre une fois encore tout son talent ; c'est même sans doute un de
ses rôles les plus marquants, tant elle joue juste, tant elle est
touchante, tant elle sait, en ne disant rien, communiquer au
spectateur les ineffables sentiments qu'elle fait ressentir à son
personnage. Dans ce couple qu'elle forme avec Vincent Gallo, on
croirait qu'elle est la plus frêle, la plus sensible aux évènements
qui sont arrivés à son instable compagnon de route, mais c'est en fait
qui lui qui se retournera vers elle dans cette relation si tacite qui
lie les deux personnages.

Le film traite donc, avec un talent certain, son sujet, sans délivrer
de piste de réflexion profonde, ce dont on le remercie. Tant de films
s'essaient à apporter des pistes sur des sujets brûlants et n'y
parviennent faute d'arguments ou bien à cause d'une mise en scène bien
trop maladroite pour être crédible. « Buffalo '66 » étant à la base le
récit de la destinée de ce Billy Brown, on ne lui demande pas d'être
le support d'un débat exhaustif sur la façon de traiter dans la
société les anciens prisonniers ou des conséquences sociales des
erreurs judiciaires dues à une détention hâtive.

Au final, « Buffalo '66 », c'est un peu de rire étouffé, un film
jouant sur les cordes sensibles du spectateur sans toutefois les tirer
en les prenant pour des câbles, et surtout une ½uvre riche, pas fade
du tout, guidée par une Christina Ricci formidablement communicative
et par un Vincent Gallo particulièrement inspiré. Brillant.

David Epelbaum, alias Zyrtox.

-- 
Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/>
Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>