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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Buffalo '66 (Vincent Gallo -- 1998)
BUFFALO '66 -+- http://french.imdb.com/Details?0118789 De Vincent Gallo. 1998. États-Unis. 1h45. Avec Vincent Gallo (Billy Brown), Christina Ricci (Layla), Ben Gazzara (Jimmy), Mickey Rourke (The Bookie), Rosanna Arquette (Wendy Balsam), Anjelica Huston (Jan). Scénario : Vincent Gallo, Alison Bagnall. Photographie : Lance Acord Musique : Vincent Gallo. [Je pense ne pas avoir trop fait de révélations, mais il est toujours plus prudent d'avoir vu le film avant de lire ces quelques lignes.] Eh bien, « Buffalo '66 », c'est un bon film. J'avais plutôt envie de commencer comme ça, de façon à insister sur le point principal et pour qu'on ne croie pas qu'un bon film, c'est nécessairement une ½uvre passée à la postérité, grâce à un auteur dont le seul nom est synonyme de succès. Le film raconte l'histoire d'un Américain mythomane et paumé qui le reste. Mais sur sa route, il trouve d'abord des toilettes (!), Christina Ricci, des vieilles photos et des danseuses à poil dans un bar assez spécial de Buffalo, dans l'état de New York. Ce film est avant tout l'½uvre d'un Vincent Gallo particulièrement inspiré, et ce dans tous les domaines auxquels il s'est intéressé. Ce film, c'est lui. À la base, c'est d'abord l'histoire qu'il a écrite et la caméra qu'il a tenue. Une histoire sans trop de prétention, pleine de minimalisme, mais qui cherche surtout, avec talent, à décrire le destin d'un personnage somme toute banal au cinéma, mais qui possède sa propre originalité et sa sensibilité. Un paumé un peu dégueu, qui se retrouve sur le carreau suite à un séjour en prison, pour un délit qu'il n'a pas commis. La première finesse scénaristique est tout de même de ne pas laisser cet homme vierge de tout reproche, puisque notre ami Billy a quand même été assez idiot pour miser des dizaines de milliers de dollars sur l'équipe de foot de Buffalo, alors qu'il savait fort bien qu'il ne possédait pas cet argent et que de plus il allait lui-même à sa perte. Par la suite, sans réellement la citer, l'histoire part dans des détours plus ou moins intelligents, tout en se terminant sur une note un peu en désaccord avec la partition jouée pendant tout le film. La fin de ce dernier, c'est un peu son talon d'Achille, bien qu'elle génère une magnifique scène entre les deux personnages principaux. La mise en scène de ce Gallo aux multiples casquettes sait elle aussi où elle veut en venir, donnant à ce film beaucoup de corps et de tenue. Lorsque Gallo filme un dîner en famille, il veut trouver un angle original. Dans les commentaires qu'il fait du film, il raconte qu'il ne voulait pas se laisser aller à filmer une scène de repas comme il l'avait déjà tournée cinq fois auparavant dans d'autres films. Là, dans un dîner à quatre sur une table carrée, il élimine chacun son tour un de ses personnages pour que sa caméra prenne sa place et filme les trois autres. Et ce n'est pas qu'un effet filmique ; cela permet de montrer les relations entre les personnages et tout le vide du dialogue à l'intérieur de la famille, où la mère (campée par une Anjelica Huston du tonnerre) ne pense qu'au football local et où le père n'est plus pacha sur son fauteuil qui attend que sa femme le serve. L'autre force de Vincent Gallo, c'est son interprétation. L'½il exorbité, le manteau de cuir et le pantalon usés, les cheveux pas souvent lavés, Vincent Gallo alias Billy Brown erre à travers la ville avec son attitude à la fois si agressive et si douce. Lorsqu'il rencontre Layla, le personnage incarné par Christina Ricci à qui il oblige d'être une épouse à montrer à ses parents, il commence toujours par lui crier dessus et à la menacer ; puis, au cours du film, il s'assagit progressivement, tout en commençant ses phrases de façon véhémente ou par une grossièreté. Christina Ricci n'est pas en reste ; je dirais même que c'est elle qui donne cette note mystique au film, par ses traits si enfantins et son attitude si mature. Dans sa petite robe bleue où elle est toute boudinée et sous son enfantine chevelure blonde, Christina Ricci montre une fois encore tout son talent ; c'est même sans doute un de ses rôles les plus marquants, tant elle joue juste, tant elle est touchante, tant elle sait, en ne disant rien, communiquer au spectateur les ineffables sentiments qu'elle fait ressentir à son personnage. Dans ce couple qu'elle forme avec Vincent Gallo, on croirait qu'elle est la plus frêle, la plus sensible aux évènements qui sont arrivés à son instable compagnon de route, mais c'est en fait qui lui qui se retournera vers elle dans cette relation si tacite qui lie les deux personnages. Le film traite donc, avec un talent certain, son sujet, sans délivrer de piste de réflexion profonde, ce dont on le remercie. Tant de films s'essaient à apporter des pistes sur des sujets brûlants et n'y parviennent faute d'arguments ou bien à cause d'une mise en scène bien trop maladroite pour être crédible. « Buffalo '66 » étant à la base le récit de la destinée de ce Billy Brown, on ne lui demande pas d'être le support d'un débat exhaustif sur la façon de traiter dans la société les anciens prisonniers ou des conséquences sociales des erreurs judiciaires dues à une détention hâtive. Au final, « Buffalo '66 », c'est un peu de rire étouffé, un film jouant sur les cordes sensibles du spectateur sans toutefois les tirer en les prenant pour des câbles, et surtout une ½uvre riche, pas fade du tout, guidée par une Christina Ricci formidablement communicative et par un Vincent Gallo particulièrement inspiré. Brillant. David Epelbaum, alias Zyrtox. -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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