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[CRITIQUE] LA PLANETE DES SINGES (Tim Burton - 2001)


  • Subject: [CRITIQUE] LA PLANETE DES SINGES (Tim Burton - 2001)
  • From: Philippe Serve <pserve@club-internet.fr>
  • Date: Sun, 16 Mar 2003 22:15:15 +0100
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[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion.]

Puisque le film va passer sur C+ et que je n'étais pas encore sur le
forum lors de sa sortie en salle et ai ainsi manqué ce que je suppose
avoir été "La Bataille de la Planète des Frcdiens", voici ma critique
de:

LA PLANETE DES SINGES  [Contient des REVELATIONS]

(Planet of the Apes)

USA, 2001, de Tim Burton, CL, 120'

Avec: Mark Wahlberg, Tim Roth, Helena Bonham-Carter, Paul Giamatti, 
Estella Warren,  David Warner

RESUME

Une énorme station orbitale US flotte dans l'espace, peuplée de
militaires et de singes sur lesquels sont effectuées diverses opérations
tendant à tester et améliorer leur intelligence. Lorsque la station se
retrouve face à une gigantesque tempête électromagnétique, une sonde est
envoyée avec à son bord un des chimpanzés de la station. Mais la navette
disparaît. Enfreignant les ordres, le capitaine Davidson (Mark Wahlberg)
part à son tour pour ramener son ami simiesque. Seulement lui aussi  se
trouve pris dans la tempête et, de là, projeté dans une faille
spatio-temporelle. En perdition, il s'écrase sur une planète à la
végétation luxuriante où il découvre avec stupéfaction que celle-ci est
dominée par des singes évolués, féroces, parlant et tenant en esclavage
des humains. Fait prisonnier, il parvient à s'évader avec l'aide de Ari
(Helena Bonham-Carter), femme chimpanzé qui n'a de cesse de lutter pour
la reconnaissance des droits de l'homme. Le cruel chef de l'armée, Thade
(Tim Roth), qui rêve à l'extermination des humains, lance ses forces à
leur poursuite.

MON OPINION

Passons sur le débat "pour ou contre l'existence des remakes", il me
paraît sans grand intérêt, la seule vérité restant celle de la qualité
des films. Oublions donc l'original de LA PLANETE DES SINGES réalisé par
Franklin J. Schaffner en 1967, avec Charlton Heston, film très réussi,
lui même adapté d'un roman de Pierre Boulle et suivi de 4 autres opus
beaucoup plus dispensables.

La question, pour ne pas dire l'inquiétude principale était plutôt la
suivante: Tim BURTON allait-il nous gâter une fois de plus ou, au
contraire, connaître son premier échec ? Le film étant estampillé
"Hollywood", nombreux furent ceux qui décidèrent avant même de voir le
film que ce ne pourrait être qu'un film de commande, académique, sans
âme, bref tout sauf un produit "burtonien", oubliant du même coup que
les deux "Batman" réalisés par le papa d'Edouard (aux mains d'argent)
lui avaient autrefois et déjà été passés en commande par la Warner
(cette fois-ci l'offre vint de la Fox)...

Car Tim Burton possède un univers à nul autre semblable, peint avec une
belle régularité de ses deux  premiers court-métrages "Vincent" et
"Frankenweenie" à son dernier film (avant celui-ci) "Sleepy Hollow".
Deux courts et neuf longs, pas un seul échec artistique, que des films
passionnants et pas un seul vrai carton commercial dans son propre pays,
les USA, le premier Batman excepté.
Et bien quitte à décevoir ceux qui attendaient (voire espéraient) voir
le surdoué aux cheveux en bataille "se planter", ce ne sera pas encore
pour cette fois !

Certes, LA PLANETE DES SINGES n'est pas un chef d'œuvre du calibre
d'"Edward aux mains d'argent" ou de "Batman, le Défi". Et alors ? Et
alors, il n'en demeure pas moins un EXCELLENT spectacle, hommage aux
grands films d'aventures du passé, tout comme Tim Burton l'avait déjà
fait pour les  BD de SF des années 50 avec le jubilatoire "Mars Attacks
!" ou pour les classiques d'épouvante des studios Hammer avec "Sleepy
Hollow". Et, contrairement à ce qui se dit ici ou là, je ne considère
pas que le cinéaste ait en quoique ce soit renoncé à sa vision si
particulière. Mais alors pas du tout.

Le visuel (le film est magnifique) se situe dans l'exacte lignée de ses
films aux ambiances les plus sombres (les Batman, le château d'Edward,
Sleepy Hollow), notamment au niveau des décors (la ville des singes, les
intérieurs), des costumes, de l'éclairage, d'un sentiment souvent et
volontairement, bien sûr, claustrophobe (la planète entière fonctionne
comme une prison, c'est de celle-ci et pas seulement de sa cellule que
Davidson cherche à s'enfuir) ou des extraordinaires maquillages qui nous
rendent les singes incroyablement crédibles et tantôt monstrueux (Thade
et son second), tantôt au contraire très proches et respirant la simple
bonté (Ari). 
La mise en scène possède un rythme qui ne faiblit que là où il le faut
pour respirer avant de repartir pour de nouvelles séquences menées à
cent à l'heure. Le travail corporel des acteurs-singes, remarquables de
virtuosité, de dynamisme et, encore une fois, de crédibilité, diffuse
tout au long du film une immense énergie.

Mais, on le sait depuis ses débuts, Tim Burton n'est pas seulement
synonyme de "monde visuel" mais aussi de réflexion sur les êtres, sur
leurs différences, leur cruauté les uns envers les autres, leur
intolérance. Et là on comprend ce qui a pu l'intéresser dans le scénario
de LA PLANETE DES SINGES ! Alors peu importe si le film est un "produit
de commande" ou pas (rappelons qu'il devait réaliser un nouveau
"Superman" avec Nicolas Cage avant que le projet ne capote). La manière
d'exposer et de traiter les rapports entre les différents personnages,
singes ou humains, lui appartient en propre. Cette façon de brouiller
les pistes trop bien balisées, de se moquer des normes de représentation
en vigueur (aussi bien physiques que mentales), voilà le terrain sur
lequel il se bat et on peut deviner avec quelle joie il a dû accepter
cette invite à revisiter, non pas un autre film, mais bien une œuvre
(celle de Pierre Boulle).

Et que dire de cet humour parsemé d'ironie si présent tout au long du
film, véritable marque-déposée du cinéaste, présent dans tous ses films
et sans doute raison principale de l'incompréhension rencontrée auprès
de ses compatriotes ? Dans un pays qui plébiscite de plus en plus les
blagues scatos de potache (American Pie, Scary Movie, Mary à tout prix,
etc.), la finesse de l'humour burtonien, sa subtilité (il le glisse
entre les images comme un écrivain en saupoudre entre les mots), ne peut
qu'y rencontrer indifférence quand ce n'est rejet.
Humour d'ailleurs jamais gratuit et qui renvoie, toujours, à l'éternelle
question du film: homme ou singe, qui est vraiment supérieur à l'autre ?
Question non posée frontalement mais cachée avec subtilité dans les
moindres situations, les gestes, les comportements, méthode déjà à
l'œuvre dans "Mars Attacks !" (échec cinglant aux USA qui lui
préférèrent le fascisant "Independance Day" dont le film de Burton était
l'exact contre-point).

Mais, pourra-t-on rétorquer, dans ce cas pourquoi la Fox est-elle allée
le chercher pour "refaire" LA PLANETE DES SINGES ? D'abord parce que les
premiers réalisateurs pressentis n'ont pas marché (sans qu'on sache trop
pourquoi), à savoir James Cameron et Oliver Stone. Ensuite, car les
financiers de la Fox se sont souvenus que, malgré tout, le premier
Batman avait rapporté un pactole avant que ce sacré Tim Burton ne les
prenne par surprise et ne casse la belle machine à sous avec sa
sublimissime suite qui créa un vrai scandale à la Warner où le film fut
jugé beaucoup trop sombre pour le public visé: les teenagers US
bouffeurs de pop-corn. Alors, va pour une PLANETE DES SINGES en faisant
sans doute bien attention à ce qu'il ne concocte pas une suite.

Tim Burton est un humaniste, il ne cesse de l'afficher de film en film.
Curieusement, ce qui était loué dans ses neuf œuvres précédentes devient
pour certains, avec son dixième, signe de "consensus" ou de "bon
sentiments". D'ici à l'accuser, lui le rebelle, d'avoir tourné (à tous
les sens du terme) "politiquement correct" il n'y a qu'un pas. Laissons
dire les grincheux toujours avides de brûler leurs anciennes idoles. La
fin du film (qu'il serait criminel de révéler ici ou ailleurs) prouve
exactement le contraire: elle est d'une insolence totale, foulant aux
pieds des valeurs sacrées de l'Amérique.

Autre reproche entendu: d'un auteur il se serait transformé en "bon
faiseur" hollywoodien. Déjà, certains avaient tenté de l'en accuser à la
sortie du superbe "Sleepy Hollow". Sans succès. Ils recommencent, sans
doute lassés de tant de permanence dans le succès du cinéaste.
Tout, dans ce film, véhicule ses thèmes habituels. Et la façon dont il
traite ses "héros" humains indique bien que le temps de la concession
envers la société et l'industrie cinématographique US n'est pas arrivé.
Ainsi, l'utilisation (très pertinente) de Mark Wahlberg, acteur très
inexpressif dont le personnage ne se soucie en rien du sort des autres
humains, seul l'intéresse la possibilité de revenir sur la planète
Terre. Ne comptez pas sur lui pour des adieux déchirants ! Lui qui se
présente systématiquement comme un officier de l'Aérospatiale américaine
(espérant sans doute que celle-ci soit plus connue et respectée dans
l'Univers entier que la planète Terre, encore un beau sarcasme burtonien
!) est une caricature du héros hollywoodien classique. Là où Charlton
Heston restait un héros classique malgré les défauts de son personnage,
Mark Wahlberg ressemble plus à une marionnette ou à un robot sans
beaucoup d'âme. Il va sans dire que ce n'est pas à lui que s'identifie
Tim Burton. Sans doute beaucoup plus à la fine, intelligente et
"humaniste" Ari, l'amie qui vous veut du bien (jouée avec une suprême
finesse par Helena Bonham-Carter). Quand à la "bimbo" de service (une
humaine blonde qui tombe évidemment amoureuse du beau Terrien), son
regard bleu ressemble à un vide sidéral, Burton ayant l'extrême
intelligence, pour mieux en massacrer son personnage, de ne même pas en
faire une victime !

A l'inverse, il porte la plus grande attention aux divers singes. Thade,
le méchant de service, possède dix fois plus de psychologie que
l'astronaute yankee et même peut-être plus de sentiments. Tim Roth, qui
l'incarne, est assez prodigieux et réussit sous un maquillage effrayant
une composition "aveugle" aussi impressionnante que celle d'un John Hurt
jadis en Elephant Man.

Bien sûr, pas un critique n'aura manquer de le relever, l'apparition en
"cameo" de Charlton Heston "himself" en père de Thade et son petit
couplet sur le danger des armes à feu nous est servi comme une petite
gâterie. Question: Charlton Heston, président de l'Association US des
Armes à feu et farouche partisan de leur vente libre, a-t-il bien saisi
l'ironie de la situation ?
Je vous le dis, ce Tim Burton est malin comme un singe !!

Excellent film à voir

Philippe S.

-- 
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