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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] LA PLANETE DES SINGES (Tim Burton - 2001)
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion.] Puisque le film va passer sur C+ et que je n'étais pas encore sur le forum lors de sa sortie en salle et ai ainsi manqué ce que je suppose avoir été "La Bataille de la Planète des Frcdiens", voici ma critique de: LA PLANETE DES SINGES [Contient des REVELATIONS] (Planet of the Apes) USA, 2001, de Tim Burton, CL, 120' Avec: Mark Wahlberg, Tim Roth, Helena Bonham-Carter, Paul Giamatti, Estella Warren, David Warner RESUME Une énorme station orbitale US flotte dans l'espace, peuplée de militaires et de singes sur lesquels sont effectuées diverses opérations tendant à tester et améliorer leur intelligence. Lorsque la station se retrouve face à une gigantesque tempête électromagnétique, une sonde est envoyée avec à son bord un des chimpanzés de la station. Mais la navette disparaît. Enfreignant les ordres, le capitaine Davidson (Mark Wahlberg) part à son tour pour ramener son ami simiesque. Seulement lui aussi se trouve pris dans la tempête et, de là, projeté dans une faille spatio-temporelle. En perdition, il s'écrase sur une planète à la végétation luxuriante où il découvre avec stupéfaction que celle-ci est dominée par des singes évolués, féroces, parlant et tenant en esclavage des humains. Fait prisonnier, il parvient à s'évader avec l'aide de Ari (Helena Bonham-Carter), femme chimpanzé qui n'a de cesse de lutter pour la reconnaissance des droits de l'homme. Le cruel chef de l'armée, Thade (Tim Roth), qui rêve à l'extermination des humains, lance ses forces à leur poursuite. MON OPINION Passons sur le débat "pour ou contre l'existence des remakes", il me paraît sans grand intérêt, la seule vérité restant celle de la qualité des films. Oublions donc l'original de LA PLANETE DES SINGES réalisé par Franklin J. Schaffner en 1967, avec Charlton Heston, film très réussi, lui même adapté d'un roman de Pierre Boulle et suivi de 4 autres opus beaucoup plus dispensables. La question, pour ne pas dire l'inquiétude principale était plutôt la suivante: Tim BURTON allait-il nous gâter une fois de plus ou, au contraire, connaître son premier échec ? Le film étant estampillé "Hollywood", nombreux furent ceux qui décidèrent avant même de voir le film que ce ne pourrait être qu'un film de commande, académique, sans âme, bref tout sauf un produit "burtonien", oubliant du même coup que les deux "Batman" réalisés par le papa d'Edouard (aux mains d'argent) lui avaient autrefois et déjà été passés en commande par la Warner (cette fois-ci l'offre vint de la Fox)... Car Tim Burton possède un univers à nul autre semblable, peint avec une belle régularité de ses deux premiers court-métrages "Vincent" et "Frankenweenie" à son dernier film (avant celui-ci) "Sleepy Hollow". Deux courts et neuf longs, pas un seul échec artistique, que des films passionnants et pas un seul vrai carton commercial dans son propre pays, les USA, le premier Batman excepté. Et bien quitte à décevoir ceux qui attendaient (voire espéraient) voir le surdoué aux cheveux en bataille "se planter", ce ne sera pas encore pour cette fois ! Certes, LA PLANETE DES SINGES n'est pas un chef d'œuvre du calibre d'"Edward aux mains d'argent" ou de "Batman, le Défi". Et alors ? Et alors, il n'en demeure pas moins un EXCELLENT spectacle, hommage aux grands films d'aventures du passé, tout comme Tim Burton l'avait déjà fait pour les BD de SF des années 50 avec le jubilatoire "Mars Attacks !" ou pour les classiques d'épouvante des studios Hammer avec "Sleepy Hollow". Et, contrairement à ce qui se dit ici ou là, je ne considère pas que le cinéaste ait en quoique ce soit renoncé à sa vision si particulière. Mais alors pas du tout. Le visuel (le film est magnifique) se situe dans l'exacte lignée de ses films aux ambiances les plus sombres (les Batman, le château d'Edward, Sleepy Hollow), notamment au niveau des décors (la ville des singes, les intérieurs), des costumes, de l'éclairage, d'un sentiment souvent et volontairement, bien sûr, claustrophobe (la planète entière fonctionne comme une prison, c'est de celle-ci et pas seulement de sa cellule que Davidson cherche à s'enfuir) ou des extraordinaires maquillages qui nous rendent les singes incroyablement crédibles et tantôt monstrueux (Thade et son second), tantôt au contraire très proches et respirant la simple bonté (Ari). La mise en scène possède un rythme qui ne faiblit que là où il le faut pour respirer avant de repartir pour de nouvelles séquences menées à cent à l'heure. Le travail corporel des acteurs-singes, remarquables de virtuosité, de dynamisme et, encore une fois, de crédibilité, diffuse tout au long du film une immense énergie. Mais, on le sait depuis ses débuts, Tim Burton n'est pas seulement synonyme de "monde visuel" mais aussi de réflexion sur les êtres, sur leurs différences, leur cruauté les uns envers les autres, leur intolérance. Et là on comprend ce qui a pu l'intéresser dans le scénario de LA PLANETE DES SINGES ! Alors peu importe si le film est un "produit de commande" ou pas (rappelons qu'il devait réaliser un nouveau "Superman" avec Nicolas Cage avant que le projet ne capote). La manière d'exposer et de traiter les rapports entre les différents personnages, singes ou humains, lui appartient en propre. Cette façon de brouiller les pistes trop bien balisées, de se moquer des normes de représentation en vigueur (aussi bien physiques que mentales), voilà le terrain sur lequel il se bat et on peut deviner avec quelle joie il a dû accepter cette invite à revisiter, non pas un autre film, mais bien une œuvre (celle de Pierre Boulle). Et que dire de cet humour parsemé d'ironie si présent tout au long du film, véritable marque-déposée du cinéaste, présent dans tous ses films et sans doute raison principale de l'incompréhension rencontrée auprès de ses compatriotes ? Dans un pays qui plébiscite de plus en plus les blagues scatos de potache (American Pie, Scary Movie, Mary à tout prix, etc.), la finesse de l'humour burtonien, sa subtilité (il le glisse entre les images comme un écrivain en saupoudre entre les mots), ne peut qu'y rencontrer indifférence quand ce n'est rejet. Humour d'ailleurs jamais gratuit et qui renvoie, toujours, à l'éternelle question du film: homme ou singe, qui est vraiment supérieur à l'autre ? Question non posée frontalement mais cachée avec subtilité dans les moindres situations, les gestes, les comportements, méthode déjà à l'œuvre dans "Mars Attacks !" (échec cinglant aux USA qui lui préférèrent le fascisant "Independance Day" dont le film de Burton était l'exact contre-point). Mais, pourra-t-on rétorquer, dans ce cas pourquoi la Fox est-elle allée le chercher pour "refaire" LA PLANETE DES SINGES ? D'abord parce que les premiers réalisateurs pressentis n'ont pas marché (sans qu'on sache trop pourquoi), à savoir James Cameron et Oliver Stone. Ensuite, car les financiers de la Fox se sont souvenus que, malgré tout, le premier Batman avait rapporté un pactole avant que ce sacré Tim Burton ne les prenne par surprise et ne casse la belle machine à sous avec sa sublimissime suite qui créa un vrai scandale à la Warner où le film fut jugé beaucoup trop sombre pour le public visé: les teenagers US bouffeurs de pop-corn. Alors, va pour une PLANETE DES SINGES en faisant sans doute bien attention à ce qu'il ne concocte pas une suite. Tim Burton est un humaniste, il ne cesse de l'afficher de film en film. Curieusement, ce qui était loué dans ses neuf œuvres précédentes devient pour certains, avec son dixième, signe de "consensus" ou de "bon sentiments". D'ici à l'accuser, lui le rebelle, d'avoir tourné (à tous les sens du terme) "politiquement correct" il n'y a qu'un pas. Laissons dire les grincheux toujours avides de brûler leurs anciennes idoles. La fin du film (qu'il serait criminel de révéler ici ou ailleurs) prouve exactement le contraire: elle est d'une insolence totale, foulant aux pieds des valeurs sacrées de l'Amérique. Autre reproche entendu: d'un auteur il se serait transformé en "bon faiseur" hollywoodien. Déjà, certains avaient tenté de l'en accuser à la sortie du superbe "Sleepy Hollow". Sans succès. Ils recommencent, sans doute lassés de tant de permanence dans le succès du cinéaste. Tout, dans ce film, véhicule ses thèmes habituels. Et la façon dont il traite ses "héros" humains indique bien que le temps de la concession envers la société et l'industrie cinématographique US n'est pas arrivé. Ainsi, l'utilisation (très pertinente) de Mark Wahlberg, acteur très inexpressif dont le personnage ne se soucie en rien du sort des autres humains, seul l'intéresse la possibilité de revenir sur la planète Terre. Ne comptez pas sur lui pour des adieux déchirants ! Lui qui se présente systématiquement comme un officier de l'Aérospatiale américaine (espérant sans doute que celle-ci soit plus connue et respectée dans l'Univers entier que la planète Terre, encore un beau sarcasme burtonien !) est une caricature du héros hollywoodien classique. Là où Charlton Heston restait un héros classique malgré les défauts de son personnage, Mark Wahlberg ressemble plus à une marionnette ou à un robot sans beaucoup d'âme. Il va sans dire que ce n'est pas à lui que s'identifie Tim Burton. Sans doute beaucoup plus à la fine, intelligente et "humaniste" Ari, l'amie qui vous veut du bien (jouée avec une suprême finesse par Helena Bonham-Carter). Quand à la "bimbo" de service (une humaine blonde qui tombe évidemment amoureuse du beau Terrien), son regard bleu ressemble à un vide sidéral, Burton ayant l'extrême intelligence, pour mieux en massacrer son personnage, de ne même pas en faire une victime ! A l'inverse, il porte la plus grande attention aux divers singes. Thade, le méchant de service, possède dix fois plus de psychologie que l'astronaute yankee et même peut-être plus de sentiments. Tim Roth, qui l'incarne, est assez prodigieux et réussit sous un maquillage effrayant une composition "aveugle" aussi impressionnante que celle d'un John Hurt jadis en Elephant Man. Bien sûr, pas un critique n'aura manquer de le relever, l'apparition en "cameo" de Charlton Heston "himself" en père de Thade et son petit couplet sur le danger des armes à feu nous est servi comme une petite gâterie. Question: Charlton Heston, président de l'Association US des Armes à feu et farouche partisan de leur vente libre, a-t-il bien saisi l'ironie de la situation ? Je vous le dis, ce Tim Burton est malin comme un singe !! Excellent film à voir Philippe S. -- "Plus le gingembre est vieux, plus il est piquant" (Expression chinoise) Site perso cinema: Ecrans pour nuits blanches (http://perso.club-internet.fr/pserve) Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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