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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] Les Communiants - Ingmar Bergman (1962)
LES COMMUNIANTS (Nattvardsgästerna) Suède, 1961, d'Ingmar Bergman, NB, 81' Scénario: Ingmar Bergman Photo: Sven Nykvist Montage: Ulla Ryghe Avec: Gunnar Björnstrand, Ingrid Thulin Gunnel Lindblom, Max von Sydow Allan Edwall, Olof Thunberg [cette critique révèle les détails du film] En tournant LES COMMUNIANTS, Ingmar Bergman porte un coup fatal à sa relation personnelle avec Dieu, relation qu'il avait déjà très fortement ébranlée dans son film précédent "A travers le miroir". Les deux oeuvres forment - avec "Le Silence" tourné en 1962 - la trilogie dite "de chambre". Avec "A travers le miroir", Bergman avait non seulement opéré une mutation sensible de ses croyances mais prit aussi un tournant formel très important. Aux influences expressionnistes qui ont longtemps marqué ses oeuvres, il a substitué une épure, une "réduction" pour reprendre son propre terme, qui va devenir sa marque la plus authentique pour les années à venir. L'utilisation de gros et même de très gros plans devient systématique, les décors sont réduits au minimum et servent à créer une impression d'enfermement, un enfermement bien plus moral voire mental que physique. Réduction aussi du nombre de personnages (deux principaux plus quatre secondaires ici), réduction du dialogue - qui n'en prend que plus d'importance - réduction de l'action au sens traditionnel du terme. LES COMMUNIANTS offre un parfait exemple d'une unité forme/fond difficilement dissociable. Le film nous montre comment un pasteur, Tomas Ericsson (Gunnar Björnstrand) prend conscience entre mâtines à Mittsunda et vêpres à Fröstnas du vide de sa croyance, de la solitude de l'homme, du "silence de Dieu". Bergman organise son film en une succession de scènes qui, par leur nombre (douze) et leur contenu ne peut que renvoyer aux différentes stations du chemin de croix du Christ. (...) Beaucoup d'interrogations et de réponses diverses ont été portées sur cette fin. Faut-il y voir un rayon d'optimisme "chrétien" (Jonas continue) ? Une manifestation de nihilisme (Dieu est mort) ? Ou un témoignage de l'existentialisme grandissant du cinéaste ? Il est possible que Bergman, après la fin "ratée" car forcée et "malhonnête" (selon ses propres dires) de "A travers le miroir" n'ait pas voulu cette fois-ci attacher le spectateur à une "vérité". On trouve d'ailleurs à la fin des COMMUNIANTS comme une réponse aux affirmations de David - le père de "A travers le miroir" - confiée par l'organiste Blom à Märta d'un ton cynique: "Dieu est amour, et l'Amour est Dieu... je connais le jargon". (...) Bergman réussit à transmettre son message dans une extraordinaire économie de moyens et de temps (le film dure 1h20, toute l'action se déroulant entre midi et 15h). Tout y est resserré, comprimé, concentré, dénué de la moindre affectation et le résultat final ressemble à ce que serait l'essence même de sa pensée. Comme dit précédemment, fond et forme sont fondus l'un en l'autre. Le paysage hivernal, glacé, silencieux n'est autre que la représentation mentale de Tomas et illustre tout à la fois la sécheresse de son coeur et le silence de Dieu. Ce film "blanc" résulte d'un travail extrêmement minutieux du réalisateur et de son directeur de la photo, Sven Nykvist, afin de rendre au plus près l'évolution de la lumière en trois heures de temps "réelles" d'un jour d'hiver. Le travail sur le son (très important dans "A travers le miroir") se révèle encore une fois fondamental mais cette fois, c'est bien le silence, autrement dit l'absence de sons, qui domine. Et ces silences ne sont jamais troublés par une quelconque musique. Seuls, à la fin, l'orgue et la cloche de l'église se font entendre. La parole de Dieu semble ensevelie à jamais sous les flocons de neige qui tombent en silence d'un ciel distant et invisible... (...) (...) LES COMMUNIANTS clôt le cycle des réflexions bergmaniennes sur la foi et Dieu. Désormais, le cinéaste se tournera vers l'Homme et les relations qu'il entretient avec ses semblables... [critique complète : http://perso.club-internet.fr/pserve/les_communiants.html#les_communiants] Philippe Serve -- "Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à chanter." (Samuel Beckett) Site perso cinema: Ecrans pour nuits blanches (http://perso.club-internet.fr/pserve) -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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