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[CRITIQUE] Les Communiants - Ingmar Bergman (1962)


  • Subject: [CRITIQUE] Les Communiants - Ingmar Bergman (1962)
  • From: Philippe Serve <pserve@club-internet.fr>
  • Date: 27 Mar 2003 07:10:02 GMT
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LES COMMUNIANTS (Nattvardsgästerna)

Suède, 1961, d'Ingmar Bergman, NB, 81'

Scénario: Ingmar Bergman
Photo: Sven Nykvist
Montage: Ulla Ryghe

Avec:
Gunnar Björnstrand, Ingrid Thulin
Gunnel Lindblom, Max von Sydow
Allan Edwall, Olof Thunberg

[cette critique révèle les détails du film]

En tournant LES COMMUNIANTS, Ingmar Bergman porte un coup fatal à sa
relation personnelle avec Dieu, relation qu'il avait déjà très fortement
ébranlée dans son film précédent "A travers le miroir". Les deux oeuvres
forment - avec "Le Silence" tourné en 1962 - la trilogie dite "de
chambre".

Avec "A travers le miroir", Bergman avait non seulement opéré une
mutation sensible de ses croyances mais prit aussi un tournant formel
très important. Aux influences expressionnistes qui ont longtemps marqué
ses oeuvres, il a substitué une épure, une "réduction" pour reprendre
son propre terme, qui va devenir sa marque la plus authentique pour les
années à venir. L'utilisation de gros et même de très gros plans devient
systématique, les décors sont réduits au minimum et servent à créer une
impression d'enfermement, un enfermement bien plus moral voire mental
que physique.
Réduction aussi du nombre de personnages (deux principaux plus quatre
secondaires ici), réduction du dialogue - qui n'en prend que plus
d'importance - réduction de l'action au sens traditionnel du terme. LES
COMMUNIANTS offre un parfait exemple d'une unité forme/fond
difficilement dissociable.

Le film nous montre comment un pasteur, Tomas Ericsson (Gunnar
Björnstrand) prend conscience entre mâtines à Mittsunda et vêpres à
Fröstnas du vide de sa croyance, de la solitude de l'homme, du "silence
de Dieu".  Bergman organise son film en une succession de scènes qui,
par leur nombre (douze) et leur contenu ne peut que renvoyer aux
différentes stations du chemin de croix du Christ.

(...)

Beaucoup d'interrogations et de réponses diverses ont été portées sur
cette fin. Faut-il y voir un rayon d'optimisme "chrétien" (Jonas
continue) ? Une manifestation de nihilisme (Dieu est mort) ? Ou un
témoignage de l'existentialisme grandissant du cinéaste ? Il est
possible que Bergman, après la fin "ratée" car forcée et "malhonnête"
(selon ses propres dires) de "A travers le miroir" n'ait pas voulu cette
fois-ci attacher le spectateur à une "vérité". On trouve d'ailleurs à la
fin des COMMUNIANTS comme une réponse aux affirmations de David - le
père de "A travers le miroir" - confiée par l'organiste Blom à Märta
d'un ton cynique: "Dieu est amour, et l'Amour est Dieu... je connais le
jargon".

(...)

 Bergman réussit à transmettre son message dans une extraordinaire
économie de moyens et de temps (le film dure 1h20, toute l'action se
déroulant entre midi et 15h). Tout y est resserré, comprimé, concentré,
dénué de la moindre affectation et le résultat final ressemble à ce que
serait l'essence même de sa pensée.
Comme dit précédemment, fond et forme sont fondus l'un en l'autre. Le
paysage hivernal, glacé, silencieux n'est autre que la représentation
mentale de Tomas et illustre tout à la fois la sécheresse de son coeur
et le silence de Dieu. Ce film "blanc" résulte d'un travail extrêmement
minutieux du réalisateur et de son directeur de la photo, Sven Nykvist,
afin de rendre au plus près l'évolution de la lumière en trois heures de
temps "réelles" d'un jour d'hiver. Le travail sur le son (très important
dans "A travers le miroir") se révèle encore une fois fondamental mais
cette fois, c'est bien le silence, autrement dit l'absence de sons, qui
domine. Et ces silences ne sont jamais troublés par une quelconque
musique. Seuls, à la fin, l'orgue et la cloche de l'église se font
entendre. La parole de Dieu semble ensevelie à jamais sous les flocons
de neige qui tombent en silence d'un ciel distant et invisible...

(...)

(...) LES COMMUNIANTS clôt le cycle des réflexions bergmaniennes sur la
foi et Dieu. Désormais, le cinéaste se tournera vers l'Homme et les
relations qu'il entretient avec ses semblables...

[critique complète :
http://perso.club-internet.fr/pserve/les_communiants.html#les_communiants]

Philippe Serve
-- 
"Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à
chanter." (Samuel Beckett)
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