|
[Recherche]
[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] A ma soeur - Catherine Breillat (2000)
A MA S¼UR ! FRA, 2000, de Catherine Breillat, CL, 93' Avec: Anaïs Reboux, Roxane Mesquida, Arsinée Khanjian, Romain Goupil Romance de quat' sous "Ce qui m'ennuie de 10 à 6, ce qui m'ennuie de 6 à 10..." chante l'une des deux frangines de A MA S¼UR ! Le spectateur a un peu plus de chance puisque son ennui personnel ne dure qu'un peu plus d'une heure et demie... Après "Romance", Catherine Breillat continue à tracer son obsessionnel sillon sur la sexualité en remontant un peu plus tôt dans le temps puisque cette fois les protagonistes appartiennent à l'adolescence. "L'enveloppe scénaristique" aurait pu être intéressante: la naissance du désir sexuel, la recherche de sa satisfaction, la trahison amoureuse et surtout les rapports entre deux s½urs, l'une de 15 ans et canon (Héléna), l'autre de 13 et obèse (Anaïs). Reste à remplir l'enveloppe avec suffisamment d'éléments pour éveiller puis maintenir l'intérêt du spectateur jusqu'au bout du film. "Romance" souffrait d'une surcharge de prétention intellectuelle doublée d'une obsession désormais classique chez la réalisatrice (et sujet de son film suivant "Sex is Comedy"): la représentation de l'acte sexuel à l'écran. A MA S¼UR ! pêche par une vacuité scénaristique enflée de cette permanente volonté de prouver quelque chose, d'illustrer une thèse. Non pas que le discours que tient Catherine Breillat soit forcément inutile ou stupide, loin de là. Mais il flirte trop souvent avec la caricature et l'excès. En gros, les hommes sont tous des salauds machos et sexistes, tandis que les femmes sont toujours décrites comme victimes d'une société qui les empêche de vivre une sexualité libérée (notons en passant que, de toutes façons, l'acte sexuel chez la réalisatrice n'est jamais synonyme de plaisir mais seulement réalisation d'un fantasme...). Même s'il reste beaucoup à faire dans ce domaine, informer Catherine Breillat que cette sorte de féminisme là, agressif et donneur de leçons est un peu ringard ne serait peut-être pas de trop. Hélas, la critique "qui compte" (Le Monde, Libé, Les Inrocks, les Cahiers et même pour une fois Positif) a décidé de faire de la réalisatrice une de ces icônes intellectuelles auxquelles on ne saurait que tresser des lauriers, quoi qu'elle fasse, puisque c'est du "cinéma d'auteur". S'il est vrai que ce cinéma doit être défendu et votre serviteur ne sera jamais le dernier à le faire, les choix de mon site le prouvent, il paraît stupide d'applaudir systématiquement des deux mains sous le seul prétexte que le film en question relève de ce genre... La forme générale de A MA S¼UR ! se veut plus légère, plus sitcom que celle de "Romance". A vrai dire, on dirait presque du Rohmer qui en aurait eu (enfin !) assez de parler de séduction amoureuse sans jamais faire passer ses personnages à l'acte et qui, du coup ne penserait plus "qu'à ça" ! On arrête de discourir et on baise... Même milieu bourgeois et friqué (Catherine Breillat considère bizarrement que son film n'est pas "situé socialement" !) avec parents riches, villa de rêve avec piscine et grosse Mercedes, jeune bellâtre italien de 20 ans roulant en Porsche décapotable (amusant cette fascination très cliché de la réalisatrice pour les amants transalpins, Fernando succédant ici au personnage joué par Rocco Siffredi, fantasme absolu de Catherine Breillat, dans "Romance"). Même fraîche jeune fille que chez Rohmer (Héléna y serait à sa place), la logorrhée verbale et littéraire en moins. Car ici, il faut bien le dire, les dialogues sont au contraire d'une pauvreté affligeante... Les critiques qui avaient loué le film s'étaient beaucoup appesantis sur la longue scène du dépucelage de Héléna, la jolie s½ur, sous les yeux de Anaïs, la boulotte, présentée comme quasiment d'anthologie, en tout cas scène centrale du film. Las, tout ça ne dégage guère d'intérêt et traîne en longueur, même si elle bénéficie d'une certaine crédibilité. Un peu juste... Pour bien enfoncer le clou de son point de vue, la réalisatrice ne recule pas devant la caricature. Les parents, par exemple, sont ignobles. Des parents ignobles il y en a, mais là le trait est trop appuyé et surtout "tombe" trop bien. Quant à la caricature des hommes déjà évoquée, égoïstes, lâches et menteurs, elle est si systématique dans les films de la cinéaste qu'elle en perd toute sa force. Quelques moments pourtant sont réussis, fugitifs, et ont tous un étroit rapport avec Anaïs, la petite s½ur, personnage auquel on aurait aimé s'intéresser si elle avait été traitée avec un peu plus de finesse. L'excellente performance d'actrice de son interprète, Anaïs Reboux, y est pour beaucoup. Mais telle Caroline Ducey dans "Romance", elle ne suffit pas pour sauver le film à elle seule, impossible tâche. Elle en sort seulement vainqueur à un niveau personnel. Un mot sur l'épilogue du film. Sans le révéler pour celles et ceux qui souhaiteraient le voir, je dirai juste qu'il m'a paru d'un artifice désolant (bien qu'inspiré à la réalisatrice par un fait divers qu'elle a soigneusement réarrangé du reste), d'un réel grotesque et surtout trop ambiguë et contestable d'un point de vue moral. Même si, comme Catherine Breillat, je n'ai guère de sympathie pour "la morale" et encore moins pour la judéo-chrétienne, il existe des limites que la réalisatrice refuse de connaître par simple souci de provocation d'une part, et afin sans doute de satisfaire à une autre de ses obsessions récurrentes, le viol (encore une fois dépeint de façon trop complaisante). Catherine Breillat veut faire désormais du symbolisme plutôt que du réalisme, soit ! Mais elle ne produit avec ce film que de l'ennui que renforce la multiplication des thèmes enfilés les uns derrière les autres sans le moindre "liant" . Tant pis si ce n'est ni politiquement ni intellectuellement correct de le penser et de l'écrire, mais la surmédiatisée Catherine Breillat devrait se trouver de nouvelles obsessions à mettre en image car là, elle tourne franchement en rond. Un bien mauvais rond. En est-elle capable ? Philippe Serve -- "Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à chanter." (Samuel Beckett) Site perso cinema: Ecrans pour nuits blanches (http://perso.club-internet.fr/pserve) -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
|