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[CRITIQUE] Hero - Zhang Yimou (2002)


  • Subject: [CRITIQUE] Hero - Zhang Yimou (2002)
  • From: Philippe Serve <pserve@club-internet.fr>
  • Date: 16 Apr 2003 18:55:04 GMT
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HERO

(Ying xiong)

Chine, 2002, de Zhang Yimou, CL, 98'

Scénario : Li Feng, Wang Bin, Zhang Yimou
Photo: Christopher Doyle
Montage: Angie Lam, Zhai Ru
Direction artistique: Huo Tingxiao
Chorégraphe: Ching Siu-tung

Avec: Jet Li, Tony Leung Chiu-wai, Maggie Cheung Man-yuk, Zhang Ziyi,
Donnie Yen, Chen Daoming


Sortie nationale française : octobre 2003


I. CRITIQUE  [Attention ! Révèle certains détails]

On le sait (ou pas) le "wuxia"  - récit de chevalerie - fait partie de
la tradition littéraire chinoise. Dès les années 1920 il devient l'un
des genres cinématographiques les plus populaires, y gagnant son
extension "pian"  (film). Après la Libération (1949) et l'arrivée des
forces maoïstes au pouvoir, le wuxia pian disparaît des écrans de Chine
continentale (RPC) et c'est à Hong-Kong et Taiwan qu'il renaîtra dans
les années 60. King Hu (1931-97) et Chang Cheh  (1933-2002, 100 films de
1960 à 93 !) en sont les maîtres absolus. Après une nouvelle éclipse, le
genre est une nouvelle fois ressuscité par Tsui Hark et son "Zu, les
guerriers de la montagne magique" (Shu shan, 1983).

Si l'on imagine mal les grands cinéastes français confier un profond
désir de réaliser des films de cape et d'épée, il n'en va pas de même
avec leurs homologues chinois pour qui tourner un wuxia pian demeure une
ambition permanente. Ainsi, des réalisateurs aussi différents que Tsui
Hark précité, Wong Kar-wai (Les Cendres du Temps / Ashes of Time, 1994) 
ou Ang Lee (Tigre et Dragon / Crouching Tiger, Hidden Dragon, 2000)
tinrent-ils à accomplir leur rêve, lequel remonte souvent à l'enfance.
Il semble aujourd'hui que même le réalisateur taiwanais Hou Hsiao-hsien
envisage de tourner prochainement son wuxia, voila qui est parlant !

Il apparaît donc tout à fait logique que Zhang Yimou, le cinéaste de RPC
le plus connu au Monde ait ressenti lui aussi cette irrépressible envie.
Et son projet ne doit rien au succès international de "Tigre et Dragon"
puisqu'il date d'avant la gestation du film d'Ang Lee. Comme il le
confie volontiers, Zhang souhaita réaliser avec HERO un film respectant
à la fois la tradition et les codes du genre tout en les rénovant et en
caractérisant son oeuvre de "film d'action commercial, en opposition à
un film artistique".

Résultat ? Une réussite qui en mettra plein les mirettes des spectateurs
adeptes du genre (ou prêts à le devenir) et fera grincer les dents voire
hurler les ennemis de l'esthétisme tout azimut. Car Zhang, n'oubliant
pas qu'il fut directeur de la photo à ses  débuts (notamment chez Chen
Kaige, voir "Terre Jaune"/ Huang tu di, 1984) et bénéficiant qui plus
est des services du chef opérateur fétiche de Wong Kar-wai, Christopher
Doyle, ne lésine pas sur l'esthétisme. HERO, sur ce plan, laisse même
"Tigre et Dragon" loin derrière lui...
Le film s'avère un régal pour l'oeil, Zhang Yimou allant jusqu'à
"peindre" les différents chapitres qui divisent le film d'une unité
chromatique bien précise (un chapitre bleu, un blanc, un rouge, un
vert...). Hyper esthétisme aux dépens du scénario et d'une psychologie
plutôt absente de l'oeuvre ? Peut-être (encore qu'il faille très
sérieusement relativiser en ce qui concerne le scénario comme nous le
verrons plus loin) mais depuis quand un wuxia pian sacrifierait-il au
psychologisme ? Ce serait, quelque part, la négation même du genre. Ici,
la seule psychologie est "seulement" d'ordre sentimental et amoureux, à
l'accent plus romanesque que romantique (car le romantisme appartient à
l'Occident et il serait ridicule de le chercher dans un film chinois,
que ce soit pour s'en repaître ou le dénoncer). A l'inverse, les
réflexions politiques et philosophiques sont, elles, bien présentes et
il serait dommageable de les ignorer.

HERO parle du roi Qin Shihuang (Chen Daoming), l'homme qui devait
unifier un peu plus tard et par la force les différents royaumes du pays
- au nombre de sept (Qin, Zhao, Han, Wei, Yan, Chu et Qi) - afin d'en
faire l'Empire de Qin (Chine). Un personnage historique complexe, brutal
et meurtrier mais à l'indéniable vision politique et souvent respecté
pour cette raison. Toute l'ambiguïté du personnage découle bien sûr de
cet éternel dilemme: la fin (politique) peut-elle justifier les moyens ?
Le fait que Mao lui-même - pourtant peu enclin à la tolérance envers la
Chine ancienne - ait pu considérer son lointain ancêtre politique comme
une sorte de "modèle" visionnaire pour lequel il ne cacha jamais son
admiration, tend aujourd'hui à renvoyer par assimilation cet Empereur au
rang des tyrans sans foi ni loi. La réalité est probablement bien plus
complexe... Chen Kaige l'avait déjà démontré dans son très beau
"L'Empereur et l'Assassin" (Jing ke ci qin wang, 1999) et un peu avant
lui Zhou Xiaowen et son "L'Ombre de l'Empereur" (Qin song, 1996) à
l'excellente réputation. Notons en passant que cet empereur ne régna que
15 ans (221-206 av JC) ce qui, en regard de l'Histoire générale du pays,
n'est qu'une infime goutte d'eau et pourtant, c'est de lui que l'on se
souvient...

Ici, comme dans le film de Chen Kaige, le futur empereur (il n'est alors
qu'un roi n'ayant pas encore mené à terme son projet d'unification) se
voit menacé par un homme venu le tuer. Cet assassin anonyme (Wuming,
littéralement : "Sans nom") interprété par Jet Li se présente à lui
comme son sauveur, celui qui a éliminé les trois redoutables ennemis du
roi qui envisageaient de le tuer, Changkong ("Ciel", Donnie Yen) et le
couple Feixiu ("Neige tombante", Maggie Cheung) et Chanjian ("Epée
brisée", Tony Leung Chiu-wai). Mais le Roi n'est pas dupe du récit de
Wuming (illustré en flash-back) et à sa version des faits en oppose une
autre. Le film sera ainsi bâti en un va-et-vient de récits, tantôt
émanant de l'un des deux protagonistes, tantôt de l'autre dans une
construction scénaristique qui n'est bien sûr pas sans faire penser au
chef d'oeuvre d'Akira Kurosawa "Rashomon" (1951). Voilà bien le point où
le scénario de HERO dépasse le(s) schéma(s) souvent trop formaté des
wuxia : en gros, la vengeance.

Au premier récit de Wuming, à savoir comment il a tué Changkong, le roi
oppose donc son scepticisme et une version alternative. A quoi répondra
une nouvelle version de Wuming, plus "fouillée" que la précédente. Le
spectateur peut s'interroger: la vérité s'avère-t-elle multiple ou tout
bonnement évacuée au profit de mensonges et/ou imaginations successives
? Chaque récit, autrement dit chaque chapitre entrecoupé de retours à la
situation présente, est raconté de manière très "classique", les
événements narrés relevant d'un style non-réaliste, marque certes du
wuxia (avec sa dimension fantastique, personnages qui volent ou
affrontent victorieusement des adversaires en nombre mille fois
supérieures), mais phénomène amplifié par ce procédé et la fidélité
revendiquée à un style littéraire bien particulier. Bien évidemment, si
l'on refuse les conventions du wuxia, mieux vaut éviter d'aller voir
HERO ! Mais ces conventions ne sont pas plus ridicules que celles des
comédies musicales (le village de "Brigadoon", par exemple) ou de
certains films de S-F. De plus, ici et comme dit plus haut la dimension
philosophique et allégorique du film est évidente.

Naturellement, le fait de se rendre compte dès la fin du premier
chapitre que ce que nous venons de voir n'était sans doute que mensonge
troublera beaucoup de spectateurs qui se demanderont jusqu'à la fin du
film sur quel pied danser, où se trouve la frontière entre réalité et
imaginaire (mais un film de fiction reposant sur une légende n'est-il
pas, par définition, QUE imaginaire ?). Zhang Yimou, en agissant de la
sorte, refuse de prendre le spectateur en otage émotionnel car ce
dernier ne saurait s'attacher aux personnages, n'étant jamais certain
que les larmes qu'il voit couler par exemple sur les visages de Feixiu
(Maggie Cheung) ou de Yueliang (Zhang Ziyi) sont bel et bien réelles...
à l'intérieur de la diégèse.

HERO n'est donc pas un film pour ceux aimant le confort des chemins bien
balisés, bien tracés. Nous sommes en présence d'un grand spectacle avant
tout, lié à un propos philosophique d'influence taoïste.
L'accomplissement réside dans la renonciation, l'abandon de toute idée
de lutte, de désir, de biens matériels. L'enseignement de Laozi (Lao
Tseu) et Zhuangzi (Chuang Tseu) poussent les personnages, à la suite de
Chanjian a renoncé à leur projet et, selon les termes du critique Shelly
Kraicer "à accepter l'idée que leurs objectifs n'étaient que
provisoires, de simples étapes sur un chemin vers quelque chose de plus
grand, bien que moins tangible".
Zhang Yimou illustre cette évolution par des combats de plus en plus
éthérés, aériens et, surtout, "pensés" plutôt qu'"agis". Ainsi de celui
entre Chanjian et Wuming (scène du lac, voir la deuxième partie de cette
critique "Résumé détaillé").
La mutation spirituelle de Chanjian rejoint l'affirmation du roi Qin
pour qui l'obsession d'"unir sous le ciel"  par la force trouvera sa
justification dans la disparition du chaos et de son cortège de
violence. Ici, la philosophie rejoint la politique et plusieurs
critiques (y compris en RPC) sont tombés à bras raccourcis sur Zhang
Yimou, accusé de défendre l'idée tyrannique de "la fin justifie les
moyens". Le réalisateur, lui, affirme avoir voulu célébrer avant tout la
non-violence. Gageons que la partie de la critique française qui ne
cesse d'accuser Zhang Yimou de pactiser avec le régime de Pékin et
invalide pour cette unique raison (et non sur de vrais critères
cinématographiques) tous ses films depuis "Shanghai Triad" (1995) en
profiteront pour "en remettre une couche", avec toujours autant de
mauvaise foi idéologique. Mais que ne ferait-on pas pour faire oublier
son propre passé de maoïste zélé ?

Le très grand esthétisme du film a déjà été évoqué dans cette critique,
je n'y reviendrai donc pas si ce n'est pour ajouter que HERO bénéficie
des magnifiques paysages et décors naturels du désert de Gobi (Gansu) ou
du lac Jiuzhaigou dans le Sichuan. Outre l'image finale du couple
Feixiu/Chanjian, la scène emblématique du film risque fort de demeurer
celle du combat opposant Maggie Cheung et Zhang Ziyi au milieu d'une
véritable pluie de feuilles jaunes et rouges, la première s'en servant
même comme accessoire à son attaque...

Zhang Yimou n'a pas lésiné sur le nombre de figurants (prêtés par
l'Armée Populaire) et la "couleur" des soldats retrouve exactement celle
de la fameuse armée de terre cuite laissée dans sa tombe par le premier
Empereur... Le cinéaste joue aussi magnifiquement avec l'espace, qu'il
soit immense (extérieurs) ou confiné (intérieurs). Ainsi du véritable
labyrinthe miniature que semble composer la maison où vivent Feixiu,
Chanjian et Yueliang. Mais dans tous les cas on retrouve une parfaite
utilisation de la profondeur de champ. Le rythme du film, en général
très lent, pourra indisposer des spectateurs habitués à des films
d'action plus traditionnels. Parmi les reproches que je ferai au film,
certains ralentis inutiles et des visions de caméra subjective tel que
le vol de flèches...
La musique est au diapason des images et n'est pas sans évoquer celle de
"Tigre et Dragon".

En ce qui concerne la distribution, on pourra se montrer quelque peu
frustré. Les personnages ne permettent en effet pas à la formidable
brochette d'acteurs de donner la pleine mesure de leur talent autrement
que sur un plan physique. Et, de tous, la plus sacrifiée est sans
conteste la lumineuse Zhang Ziyi dont le rôle est vraiment limité.

HERO, par ses intentions et son esthétisme, est plus proche des Cendres
du Temps de Wong Kar-wai que de Tigre et Dragon. Le film le plus cher de
toute l'histoire du cinéma chinois (et le deuxième succès au pays en
terme d'entrées après Titanic) saura-t-il séduire le public français et
faire aussi bien que le très acclamé film d'Ang Lee qui, lui,
rappelons-le, fut un échec cuisant au pays de l'Empereur Qin ?




II. RÉSUMÉ DÉTAILLÉ DU FILM  (ATTENTION ! ne cache rien de l'histoire) :

Lorsque Wuming ("Sans nom") arrive auprès du roi Qin, porteurs des armes
des trois candidats assassins du souverain, il doit se tenir à 100 pas
de lui sous peine d'être exécuté. Son élimination de Changkong ("Ciel")
lui vaut d'approcher à 20 pas... Lors du premier chapitre, Wuming
raconte au roi son affrontement avec Changkong. C'est le premier
flash-back... Sous une pluie battante et tandis qu'un vieil homme joue
de la musique, on voit les deux combattants se concentrer et imaginer
leur combat, à distance l'un de l'autre, comme le feraient deux joueurs
d'échec (d'ailleurs la scène a débuté par un plan de Changkong face à un
échiquier). Ce combat imaginaire, virtuel, est magnifiquement filmé à
l'intérieur d'un temps suspendu où seules demeurent réelles la musique
et les gouttes d'eau. A la fin de ce "rêve" réciproque, le vrai combat
peut débuter, très rapide et dont la dimension fantastique apparaît
lorsque Changkong utilise la pluie comme un illusoire bouclier que
Wuming transperce sans peine...

Ayant aussi éliminé Feixiu ("Neige tombante") et Chanjian ("Epée
brisée"), Wuming peut venir s'asseoir à 10 pas. Il informe le roi que
les deux amants ne se parlaient plus depuis trois ans, suite à une
liaison entre Feixiu et Changkong... Deuxième flash-back, en tonalité
rouge...

L'école de calligraphie où se trouve le couple, ainsi que la jeune
disciple de Chanjian, Yueliang ("Lune") est attaquée par les archets du
roi Qin. Chanjian apprend à Wuming, officiellement venu le consulter
pour un problème d'écriture, qu'il existe 19 façons différentes d'écrire
le mot "épée". Wuming souhaite connaître la vingtième. Chanjian lui
enseigne que les deux disciplines, l'épée et l'écriture, reposent sur la
force et l'esprit. Lors d'un bref retour au présent, le roi indique à
Wuming qu'une fois conquis tous les royaumes, il unifiera l'écriture (ce
qui n'est pas sans faire écho à Mao qui imposa le mandarin à la Chine
entière et simplifiera l'écriture). Tandis que Feixiu et Wuming sortent
de l'école affronter (victorieusement) les flèches des archets, Chanjian
poursuit son exercice d'écriture dans un abus de ralentis. A la suite de
la bataille, Wuming informe le couple qu'il a tué Changkong et que
celui-ci a déclaré n'avoir aimé qu'une seule personne dans sa vie,
Feixiu, dont il se montrait certain qu'elle vengerait sa mort. De dépit,
Chanjian couche avec Yueliang avant que Feixiu, jalouse, ne le tue...
Le lendemain, une Feixiu très calme et méprisante et une Yueliang pleine
de colère s'affrontent, la deuxième voulant venger son maître. Toute la
scène est filmée sous une véritable pluie de feuilles d'or et sang.
Feixiu les utilise à son avantage comme Changkong les gouttes d'eau mais
Yueliang n'est pas Wuming et elle se fait tuer... Après quoi Wuming peut
combattre une Feixiu "désorientée" et la vaincre sans problème, le
combat ne durant que quelques secondes...

Retour au palais du roi et au présent. Le souverain s'aperçoit que
Wuming lui a menti. Les trois assassins possédaient une plus grande âme
que ce que prétend Wuming et n'auraient jamais laissé leurs émotions
prendre le pas sur leur mission. Feixiu n'a jamais aimé Changkong ni
trahi Chanjian. Le roi devine l'amitié qui unissait en fait Changkong et
Wuming et le plan qu'ils avaient mis au point: le sacrifice dans la mort
de Changkong devant les soldats du roi qui avaient assisté au duel des
deux amis, afin de rendre crédible la version de Wuming...
Le roi raconte alors sa propre version (chapitre "bleu") : la rencontre
entre Wuming et le couple Feixiu/Chanjian, ces deux derniers n'ayant
jamais connu Changkong. Wuming fait au couple une impressionnante
démonstration de ses capacités à frapper un homme à 10 pas. La scène se
passe dans la bibliothèque de l'école de calligraphie et constitue l'un
des moments forts du film. Wuming propose au couple le même stratagème
que celui monté avec Changkong. Un des deux doit se sacrifier afin
d'adouber Wuming sauveur du roi. Feixiu blesse Chanjian afin d'affronter
Wuming en un combat truqué où elle se laisse tuer en prononçant une
phrase récurrente du film : "Que cette épée est rapide !"... Wuming et
Chanjian se retrouvent sur le lac Jiuzhaigou au centre duquel repose la
dépouille de Feixiu. Dans un décor idyllique, les deux hommes vont
"rêver" un affrontement, ils se battent "en esprit" pour la mémoire de
la jeune femme...

Retour au présent. Wuming reprend l'initiative du récit. Chapitre
"blanc"...
Wuming informe le couple qu'il a seulement fait semblant de tuer
Changkong (toujours vivant mais que l'on ne reverra plus) par une frappe
bien placée, spectaculaire mais non fatale. Chanjian, lui, a en fait
renoncé à tuer le roi, contrairement à Feixiu, et entend empêcher Wuming
de le faire. Feixiu attaque alors Chanjian et, profitant d'une
intervention de Wuming, blesse son amant. Yueliang, la jeune disciple,
se précipite alors sur Feixiu mais Chanjian, comprenant qu'elle n'est
pas de taille à lutter avec son adversaire, lui interdit de poursuivre
le combat.  Suit le combat entre Wuming et Feixiu. Cette fois, le
trucage ne consiste pas à cacher que Feixiu s'est laissée tuer mais à la
blesser en la laissant (faussement) pour morte... Avant de partir
remplir sa mission, Wuming retrouve dans le désert Chanjian rétabli qui
lui raconte son histoire avec Feixiu...

Le chapitre qui suit est donc un flash-back à l'intérieur du flash-back
et constitue le chapitre "vert" : "L'essence de la calligraphie vient de
l'âme. Il en est de même pour l'escrime. Les deux aspirent à la vérité
et à la simplicité. Peu à peu j'ai découvert une cause plus grande". 
Tels sont les mots prononcés par Chanjian avant de découvrir l'assaut
donné par Feixiu et lui sur le palais du roi Qin. Tandis que Feixiu
maîtrise toute l'armée du roi à elle seule à l'extérieur, lui affronte
le souverain à l'intérieur au milieu de douzaines de tentures et
rideaux. Chanjian désarme le roi et le blesse très légèrement au cou,
renonçant à le tuer et à sa mission, conséquence de l'enseignement
apporté par l'étude de la calligraphie. Feixiu cesse alors de lui
parler...

Retour au désert. Ne pouvant convaincre Wuming de renoncer à aller tuer
le roi, Chanjian lui transmet sa propre croyance en lui écrivant deux
mots dans le sable à l'aide de son épée. Puis il donne celle-ci à Wuming
afin de ne pas la garder séparée de celle de Feixiu (Wuming garde les
armes de Changkong et Feixiu comme preuves de leurs morts) avant d'aller
retrouver sa maîtresse...

Retour au palais et au présent. Le roi demande à Wuming quels sont les
mots confiés par Chanjian : "Tian xia", littéralement "Sous le ciel"
mais aussi "Pays" ou "Le monde entier" et même "Pouvoir d'Etat". Le sens
du message délivré par Chanjian est qu'il y a trop de souffrance à
laquelle celui qui "unifiera le pays sous le ciel"  doit mettre un
terme. Le roi constate alors avec stupéfaction que le seul qui ait
compris son objectif aura été son ennemi numéro un. Il se déclare
satisfait d'avoir trouvé en lui son alter-ego. 
L'homme doit atteindre à l'unité avec l'épée. Une fois cette unité
faite, même un brin d'herbe peut devenir une arme. Deuxième
accomplissement: l'épée existe dans l'esprit même si elle n'est pas dans
les mains. Enfin, lorsque l'épée est absente de l'esprit et des mains,
le chevalier se retrouve en paix avec le monde et ne souhaite plus tuer
mais au contraire apporter la paix à l'humanité... Convaincu par ces
propos, Wuming ne tue pas le roi et s'en va après avoir demandé à Qin de
ne pas oublier ceux qui ont donné leur vie pour la paix...
Pendant ce temps, Feixiu attend de savoir si Wuming a rempli sa mission.
Apprenant qu'il n'en a rien été, elle s'en va défier Chanjian tenu
responsable de la "conversion" pacifiste de Wuming. Afin de la persuader
de la profondeur de ses croyances, Chanjian se laisse tuer par elle.
Désespérée, Feixiu se suicide contre le corps de son amant dans un plan
d'une beauté vouée à la postérité tandis qu'arrive Yueliang...
Au palais du roi, Wuming fait face à des centaines d'archets en position
de tir tandis que les fidèles du souverain le supplient de le mettre  à
mort afin que la Loi soit respectée au nom du "Tian xia". Le roi hésite
avant de céder...
L'enterrement de Wuming qui clôt le film se déroule tandis qu'un carton
final nous apprend que la solennité de la cérémonie eut pour but de
célébrer la mémoire des trois amis, que Changkong a renoncé aux arts
martiaux et que le roi Qin a unifié la Chine en 221 avant JC, qu'il a
par la suite construit la Grande Muraille pour protéger le pays et le
peuple, devenant le premier Empereur, Qin Shihuang...

Question : le titre français gardera-t-il "HERO", titre international
marquant le singulier ou adoptera-t-il le terme français "Héros", plus
en conformité avec l'ambiguité du titre original chinois puisque, comme
lui,  tout à la fois singulier et pluriel ?

Philippe Serve
15 avril 2003

©Philippe Serve 2003


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"Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à
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