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[AVIS] Dogville, Lars von Trier (2003) [SPOILERS]


  • Subject: [AVIS] Dogville, Lars von Trier (2003) [SPOILERS]
  • From: Jean-Michel Grimaldi <jm@via.ecp.fr>
  • Date: Fri, 23 May 2003 11:20:30 +0200
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Moderation de fr.rec.cinema.selection
  • References: <pan.2003.05.21.23.50.08.152702.8113@via.ecp.fr>
  • User-agent: Pan/0.11.3 (Unix)
  • Xref: unknown fr.rec.cinema.selection:46

[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion.]

  Je ne m'étendrai pas sur l'originalité de la forme qui s'oublie
finalement assez vite ; notons simplement que l'absence de décors fait
jaillir les émotions des acteurs hors de l'écran ; en revanche la caméra
instable donne un peu le mal de mer au début.

  Mais parlons plutôt du fond : Dogville, un village de 15 âmes vivant
dans une entente paisible et une misère terrible ; les États-Unis à
l'époque de la grande dépression et des gangsters en imper et feutre ;
Tom, le penseur local qui est persuadé en observant ses compagnons de
bocal que leur apparent esprit communautaire masque à peine une humanité
plus noire, égoïste, qui n'attend qu'un révélateur, une illustration de la
noirceur humaine.

  Cette illustration arrive en la personne de Grace, qui pour que les
habitants du village acceptent de la cacher à ses mystérieux poursuivants
consent à les aider dans leurs tâches quotidiennes. Tout semble aller pour
le mieux, Tom se serait-il trompé ? Non, car bientôt les choses se gâtent,
les habitants exigeant toujours plus de Grace sous la menace de la livrer
à ses poursuivants. La noirceur éclate en convulsions putrides autour de
la blanche Grace broyée dans cet étau d'une humanité éc½urante. Seul Tom
semble émerger de cette fange, mais son idéalisme passif le rend aussi
coupable que les autres quand il se réjouit de trouver dans le martyr de
Grace une parfaite illustration de sa théorie, dont il va pouvoir tirer un
livre universel. Pour couronner la démonstration le village finit par
livrer Grace à ses poursuivants... mais coup de théâtre, le gang à sa
poursuite est dirigé par son père qui lui offre de la venger.

  Grace refuse, affirmant qu'à la place de ces gens elle aurait sans doute
agi de même, que cette noirceur pour être éc½urante n'en est pas moins
indissociable de l'humanité. Elle affirme que la seule réponse possible
est le pardon.

  Son père lui fait remarquer qu'elle pardonne à d'autres ce qu'elle ne
tolérerait pas d'elle-même, si bien que la fragile Grace, alors qu'éclate
la lumière de la lune, de la nuit, de la noirceur, finit par se convaincre
qu'en effet Dogville par sa crasse et sa bassesse, par son humanité en
fait, souille un monde où sa propre bonté est ainsi empêchée d'éclater. Il
faut purifier le monde, Dogville doit disparaître pour que le monde soit
de nouveau bon. Et c'est justement là, sur cette décision fasciste, que
l'horreur atteint son paroxysme avec un cynisme tel que certains
spectateurs n'ont pu faire autre chose que de rire ou d'applaudir,
occultant volontairement ou non l'horreur de cet épiloque pourtant
explicite, qui nous montre les enfants se faire abattre un par un devant
leur mère. Cet épilogue montre bien que vouloir supprimer la noirceur
humaine est une folie terrifiante et vaine : le générique montre les
images de cette misère universelle, partant d'un village similaire à
Dogville et se rendant en d'autres lieux, en d'autres époques, où le monde
est toujours aussi noir, toujours aussi humain.

-- 
Jihem

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