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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] DRIFTERS - Wang Xiaoshuai (2003)
Présenté en compétition au sein de la section "Un certain regard" à Cannes: DRIFTERS Chine, 2003, de Wang Xiaoshuai, CL, 120' Scénario et dialogues: Wang Xiaoshuai Images: Wu Di Musique: Wang Feng Montage: Liao Ching-song Production: Arc Light Films (Taiwan) Avec: Duan Long, Shu Yan, Zhao Yiwei, Tang Yang Dans la région maritime du Fujian, au sud-est de la chine, Hong Yunsheng (Duan Long) revient d'un séjour en Californie où il avait émigré clandestinement et travaillé dans un restaurant chinois. Là-bas, il a eu un enfant, un fils, avec la fille des patrons. Après avoir été dénoncé par ces derniers, il s'est retrouvé expulsé des USA. Quelque temps après son retour, il apprend que le grand-père de son fils a ramené celui-ci dans le même village du Fujian. Poussé par son frère aîné (Zhao Yiwei) et sa belle-s½ur (Tang Yang) qui y voient une affaire d'honneur familial, il décide alors de le voir malgré l'interdiction du grand-père en vertu d'un papier que Hong Yunsheng avait accepté de signer aux USA et dans lequel il renonçait à tout droit sur son fils, lequel possède la nationalité états-unienne. Peu à peu, Hong se découvre des sentiments paternels frustrés-- DRIFTERS est le sixième film de Wang Xiaoshuai (né en 1966) après "The Days" (1993, en noir et blanc, primé à Thessalonique), "Frozen" (95, récompensé à Rotterdam), le très apprécié "So Close to Paradise" (98) et le très intéressant "Beijing Bicycle" (2001, primé à Berlin). "The House" (99), réalisé sous le pseudonyme anonyme de Wu Ming (litt: "sans nom") en raison des problèmes de censure, n'a toujours pas été vu hors de Chine. La première demi-heure peut paraître incroyablement longue, lente, il ne se passe rien et le spectateur risque de s'ennuyer pas mal. Puis, à partir de l'instant où Wong apprend la présence dans le village de son fils, le film commence à trouver sa véritable raison d'être et son rythme. Certes, celui-ci demeure lent et apparente le film de Wang à un certain cinéma taiwanais. Peut-être faut-il y voir une sorte de clin d'½il (involontaire sans doute) au fait qu'un nombre considérable de Taiwanais originaires de Chine continentale vient précisément de cette région du Fujian-- et aussi que la maison de production du film est basée à Taipei. On retrouve d'ailleurs une certaine influence de Hou Hsiao-hsien dans la manière de filmer, notamment cette façon de se tenir à distance des personnages. Moins spectaculaire au premier regard et au rythme moins soutenu que "Beijing Bicycle", DRIFTERS n'en possède pas moins une identité particulière à laquelle certains spectateurs resteront cependant insensibles, n'y trouvant qu'ennui. Mais pour celui ou celle qui refuse l'équation trop souvent admise (lenteur = ennui) et qui accroche à l'histoire personnelle de Hong et à celle, collective, d'une population de plus en plus déroutée par l'évolution du pays, le film peut alors devenir franchement très intéressant. Certes, DRIFTERS ne restera pas comme une ½uvre essentielle du jeune cinéma chinois et l'on regrettera que certains personnages ne soient pas plus développés, à commencer par Hong lui-même ou Xiaonu interprétée par Shu-yan, la jeune fille membre d'une troupe itinérante d'opéra de Shanghai et avec qui Hong entame une relation amoureuse. L'histoire se déroule au moment précis où la Chine intègre l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) et cette référence temporelle, économique et politique, court en fil rouge du début à la fin du film, soulignant la nouvelle obsession à l'½uvre: ne pas rater le train du Libéralisme en marche-- et tant pis pour ceux qui resteront sur le pavé des illusions. On regrettera là aussi que Wang Xiao-shuai n'est pas plus développé ce thème pour nous indiquer sa position personnelle ou celle des Chinois sur cette question mais les problèmes de censure auxquels il s'est déjà heurté l'ont certainement obligé à une certaine prudence et il serait mal venu, dans le confort de nos démocraties (assoupies) de venir le lui reprocher... De la même manière, le thème de l'émigration chinoise et de l'attraction -- trop souvent miroir aux alouettes -- exercée par les USA, méritait d'être davantage développé mais... D'autant que l'on sait que cette attraction envers les USA se double chez les Chinois d'un sentiment de répulsion que Jia Zhangke avait assez subtilement exposé dans "Plaisirs Inconnus" présenté aussi à Cannes mais un an auparavant (2002). En conclusion et malgré ces réserves, DRIFTERS mérite tout à fait l'effort demandé au spectateur durant la première demi-heure. Philippe Serve -- "Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à chanter." (Samuel Beckett) Site perso cinema: Ecrans pour nuits blanches (http://perso.club-internet.fr/pserve) -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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