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[AVIS] DRIFTERS - Wang Xiaoshuai (2003)


  • Subject: [AVIS] DRIFTERS - Wang Xiaoshuai (2003)
  • From: Philippe Serve <pserve@club-internet.fr>
  • Date: 30 May 2003 11:50:02 GMT
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Présenté en compétition au sein de la section "Un certain regard" à Cannes:

DRIFTERS

Chine, 2003, de Wang Xiaoshuai,  CL, 120'

Scénario et dialogues: Wang Xiaoshuai
Images: Wu Di
Musique: Wang Feng
Montage: Liao Ching-song
Production: Arc Light Films (Taiwan)

Avec: Duan Long, Shu Yan, Zhao Yiwei, Tang Yang


Dans la région maritime du Fujian, au sud-est de la chine, Hong Yunsheng 
(Duan Long) revient d'un séjour en Californie où il avait émigré 
clandestinement et travaillé dans un restaurant chinois. Là-bas, il a eu 
un enfant, un fils, avec la fille des patrons. Après avoir été dénoncé 
par ces derniers, il s'est retrouvé expulsé des USA. Quelque temps après 
son retour, il apprend que le grand-père de son fils a ramené celui-ci 
dans le même village du Fujian. Poussé par son frère aîné (Zhao Yiwei) 
et sa belle-s½ur (Tang Yang) qui y voient une affaire d'honneur 
familial, il décide alors de le voir malgré l'interdiction du grand-père 
en vertu d'un papier que Hong Yunsheng avait accepté de signer aux USA 
et dans lequel il renonçait à tout droit sur son fils, lequel possède la 
nationalité états-unienne. Peu à peu, Hong se découvre des sentiments 
paternels frustrés--

DRIFTERS est le sixième film de Wang Xiaoshuai (né en 1966) après "The 
Days" (1993, en noir et blanc, primé à Thessalonique), "Frozen" (95, 
récompensé à Rotterdam), le très apprécié "So Close to Paradise" (98) et 
le très intéressant "Beijing Bicycle" (2001, primé à Berlin). "The 
House" (99), réalisé sous le pseudonyme anonyme de Wu Ming (litt: "sans 
nom") en raison des problèmes de censure, n'a toujours pas été  vu hors 
de Chine.

La première demi-heure peut paraître incroyablement longue, lente, il ne 
se passe rien et le spectateur risque de s'ennuyer pas mal. Puis, à 
partir de l'instant où Wong apprend la présence dans le village de son 
fils, le film commence à trouver sa véritable raison d'être et son 
rythme. Certes, celui-ci demeure lent et apparente le film de Wang à un 
certain cinéma taiwanais. Peut-être faut-il y voir une sorte de clin 
d'½il  (involontaire sans doute) au fait qu'un nombre considérable de 
Taiwanais originaires de Chine continentale vient précisément de cette 
région du Fujian-- et aussi que la maison de production du film est basée 
à Taipei. On retrouve d'ailleurs une certaine influence de Hou 
Hsiao-hsien dans la manière de filmer, notamment cette façon de se tenir 
à distance des personnages.

Moins spectaculaire au premier regard et au rythme moins soutenu que 
"Beijing Bicycle", DRIFTERS n'en possède pas moins une identité 
particulière à laquelle certains spectateurs resteront cependant 
insensibles, n'y trouvant qu'ennui. Mais pour celui ou celle qui refuse 
l'équation trop souvent admise (lenteur = ennui) et qui accroche à 
l'histoire personnelle de Hong et à celle, collective, d'une population 
de plus en plus déroutée par l'évolution du pays, le film peut alors 
devenir franchement très intéressant. Certes, DRIFTERS ne restera pas 
comme une ½uvre essentielle du jeune cinéma chinois et l'on regrettera 
que certains personnages ne soient pas plus développés, à commencer par 
Hong lui-même ou Xiaonu interprétée par Shu-yan, la jeune fille membre 
d'une troupe itinérante d'opéra de Shanghai et avec qui Hong entame une 
relation amoureuse.

L'histoire se déroule au moment précis où la Chine intègre l'OMC 
(Organisation Mondiale du Commerce) et cette référence temporelle, 
économique et politique, court en fil rouge du début à la fin du film, 
soulignant la nouvelle obsession à l'½uvre: ne pas rater le train du 
Libéralisme en marche-- et tant pis pour ceux qui resteront sur le pavé 
des illusions. On regrettera là aussi que Wang Xiao-shuai n'est pas plus 
développé ce thème pour nous indiquer sa position personnelle ou celle 
des Chinois sur cette question mais les problèmes de censure auxquels il 
s'est déjà heurté l'ont certainement obligé à une certaine prudence et 
il serait mal venu, dans le confort de nos démocraties (assoupies) de 
venir le lui reprocher... De la même manière, le thème de l'émigration 
chinoise et de l'attraction -- trop souvent miroir aux alouettes -- 
exercée par les USA, méritait d'être davantage développé mais... 
D'autant que l'on sait que cette attraction envers les USA se double 
chez les Chinois d'un sentiment de répulsion que Jia Zhangke avait assez 
subtilement exposé dans "Plaisirs Inconnus" présenté aussi à Cannes mais 
un an auparavant (2002).

En conclusion et malgré ces réserves, DRIFTERS mérite tout à fait 
l'effort demandé au spectateur durant la première demi-heure.

Philippe Serve

-- 
"Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à 
chanter." (Samuel Beckett)
Site perso cinema: Ecrans pour nuits blanches 
(http://perso.club-internet.fr/pserve)

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