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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] PURPLE BUTTERFLY - Lou Ye (Cannes, 2003)
PURPLE BUTTERFLY Chine, 2003, de LOU Ye, CL, 125' Scénario: Lou Ye Photo: Wang Yu Montage: Lou Ye et Chen Xiaohong Décors: Liu Weixin Musique: Jörg Lemberg Avec: Zhang Ziyi, Nakamura Tooru, Liu Ye, Fen Yuanzheng, Li Bingbing 1931, Shanghai. Les Japonais occupent la ville et la plus grande partie du pays. Face à eux, des résistants chinois se sont organisés en une organisation secrète appelée "Le Papillon pourpre" (Purple Butterfly). Ding Hui, autrefois prénommée Cynthia (Zhang Ziyi) en fait partie, elle qui vit son frère assassiné quelques années auparavant par des Japonais d'extrême droite. Un nouveau responsable de la police secrète japonaise vient prendre ses fonctions en villes: Itami (Nakamura Toori). Cet homme n'est autre que l'ancien amant de Ding Hui qu'il avait quittée pour rejoindre Tokyo trois ans auparavant-- Lou Ye (né à Shanghai en 1965) nous avait laissés deux ans en arrière avec Suzhou River (Suzhou He), très beau film mais sur lequel une bonne partie de la critique française s'était montrée assez réservée, lui reprochant notamment des influences trop visibles, en particulier celles de Wong Kar-wai et Alfred Hitchcock (du côté de Sueurs froides/Vertigo). Pourtant Lou Ye avait montré un style assez personnel appliqué à une histoire compliquée et pas facile à maîtriser. Le cinéaste chinois qui appartient de fait plus que de style à la 6ème génération (son diplôme de l'Académie du Cinéma de Pékin date de 1989) revint en grande pompe et en compétition officielle à Cannes avec ce PURPLE BUTTERFLY à mille lieux du précédent. Avoir changé carrément son fusil d'épaule en étant le premier réalisateur de sa génération à tenter un film historique et en costumes est tout à son honneur. Mais nul doute que ce film ne fera pas remonter sa cote auprès de ses détracteurs. L'ambiguïté de son film semble résider dans sa volonté affichée de réussir un grand film populaire -- histoire romanesque, période historique dans laquelle elle s'insère, interprètes très "glamour" -- mais traité de façon souvent audacieuse et sophistiquée, ce qui risque de le couper précisément de ce public populaire. Avec des plans-séquences semblant tirer parfois à l'infini, des répétitions volontaires, un récit souvent confus, PURPLE BUTTERFLY n'est pas un film aussi facile qu'il en a l'air, loin s'en faut. Et malgré ses bonnes intentions, il échoue souvent, son film ne tenant pas la distance. Trop d'artifices, trop de musiques destinées à combler les lourds silences, trop de pénombre et de pluie, trop de plans coupés à peine commencés, trop de gros plans et pas assez de profondeur de champ, trop de retours en arrière inutiles qui perdent le spectateur-- On y ajoutera plusieurs histoires parallèles qui n'aident pas non plus à la bonne compréhension. Et surtout un très grand manque d'émotion qui aurait pourtant du, puisqu'il y est question d'amour(s), imbiber tout le film. Pourtant, au milieu de ses tics modernistes (on se regarde filmer), Lou Ye montre une fois de plus qu'il sait utiliser une caméra (jamais paresseuse) et possède un réel talent de mise en scène -- qu'il s'agisse de scènes intimistes ou, à l'inverse, à grand spectacle -- hélas ici trop souvent noyé dans cette volonté de faire "grand" et par un esthétisme qui, très achevé, n'arrive pas à soulever le film mais, au contraire, l'alourdit. Mettre en parallèle le film de Lou Ye avec le chef d'œuvre de Jiang Wen "Les Démons à ma Porte" (Guizi lai le, Grand Prix du Jury à Cannes en 2000) qui traitait lui aussi de l'occupation japonaise, n'aurait aucun sens tant les deux films sont différents. Ou à peu près autant que de comparer "La Grande Vadrouille" et "Jeux Interdits". Plusieurs critiques se sont déjà émus en la condamnant de la dernière séquence, entièrement composée d'images d'archives et montrant les horreurs perpétrées par les Japonais sur le territoire chinois, à commencer par le trop fameux "sac de Nanking" (environ 200 000 personnes massacrées en six semaines). Je crois au contraire que ce choix et ces images, aussi difficiles à supporter soient-elles, apportent au film une part indispensable de réalité et remettent en perspective l'histoire qui vient de nous être contée. Lou Ye remontera-t-il son film avant sa sortie commerciale en salles ? On ne peut que l'espérer car, encore une fois, ses qualités sont réelles mais trop étouffées. Philippe Serve [critique + photos : http://perso.club-internet.fr/pserve/Purple_Butterfly.html] -- "Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à chanter." (Samuel Beckett) Site perso cinema: Ecrans pour nuits blanches (http://perso.club-internet.fr/pserve) -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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