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[CRITIQUE] PURPLE BUTTERFLY - Lou Ye (Cannes, 2003)


  • Subject: [CRITIQUE] PURPLE BUTTERFLY - Lou Ye (Cannes, 2003)
  • From: Philippe Serve <pserve@club-internet.fr>
  • Date: 07 Jun 2003 14:50:03 GMT
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PURPLE BUTTERFLY

Chine, 2003, de LOU Ye, CL, 125'

Scénario: Lou Ye
Photo: Wang Yu
Montage: Lou Ye et Chen Xiaohong
Décors: Liu Weixin
Musique: Jörg Lemberg

Avec: Zhang Ziyi, Nakamura Tooru, Liu Ye, Fen Yuanzheng, Li Bingbing


1931, Shanghai. Les Japonais occupent la ville et la plus grande partie 
du pays. Face à eux, des résistants chinois se sont organisés en une 
organisation secrète appelée "Le Papillon pourpre" (Purple Butterfly). 
Ding Hui, autrefois prénommée Cynthia (Zhang Ziyi) en fait partie, elle 
qui vit son frère assassiné quelques années auparavant par des Japonais 
d'extrême droite. Un nouveau responsable de la police secrète japonaise 
vient prendre ses fonctions en villes: Itami (Nakamura Toori). Cet homme 
n'est autre que l'ancien amant de Ding Hui qu'il avait quittée pour 
rejoindre Tokyo trois ans auparavant--

Lou Ye (né à Shanghai en 1965) nous avait laissés deux ans en arrière 
avec Suzhou River (Suzhou He), très beau film mais sur lequel une bonne 
partie de la critique française s'était montrée assez réservée, lui 
reprochant notamment des influences trop visibles, en particulier celles 
de Wong Kar-wai et Alfred Hitchcock (du côté de Sueurs froides/Vertigo). 
Pourtant Lou Ye avait montré un style assez personnel appliqué à une 
histoire compliquée et pas facile à maîtriser.

Le cinéaste chinois qui appartient de fait plus que de style à la 6ème 
génération (son diplôme de l'Académie du Cinéma de Pékin date de 1989) 
revint en grande pompe et en compétition officielle à Cannes avec ce 
PURPLE BUTTERFLY à mille lieux du précédent. Avoir changé carrément son 
fusil d'épaule en étant le premier réalisateur de sa génération à tenter 
un film historique et en costumes est tout à son honneur. Mais nul doute 
que ce film ne fera pas remonter sa cote auprès de ses détracteurs. 
L'ambiguïté de son film semble résider dans sa volonté affichée de 
réussir un grand film populaire -- histoire romanesque, période 
historique dans laquelle elle s'insère, interprètes très "glamour" --
mais traité de façon souvent audacieuse et sophistiquée, ce qui risque 
de le couper précisément de ce public populaire.

Avec des plans-séquences semblant tirer parfois à l'infini, des 
répétitions volontaires, un récit souvent confus, PURPLE BUTTERFLY n'est 
pas un film aussi facile qu'il en a l'air, loin s'en faut. Et malgré ses 
bonnes intentions, il échoue souvent, son film ne tenant pas la 
distance. Trop d'artifices, trop de musiques destinées à combler les 
lourds silences, trop de pénombre et de pluie, trop de plans coupés à 
peine commencés, trop de gros plans et pas assez de profondeur de champ, 
trop de retours en arrière inutiles qui perdent le spectateur-- On y 
ajoutera plusieurs histoires parallèles qui n'aident pas non plus à la 
bonne compréhension. Et surtout un très grand manque d'émotion qui 
aurait pourtant du, puisqu'il y est question d'amour(s), imbiber tout le 
film.

Pourtant, au milieu de ses tics modernistes (on se regarde filmer), Lou 
Ye montre une fois de plus qu'il sait utiliser une caméra (jamais 
paresseuse) et possède un réel talent de mise en scène -- qu'il s'agisse 
de scènes intimistes ou, à l'inverse, à grand spectacle -- hélas ici trop 
souvent noyé dans cette volonté de faire "grand" et par un esthétisme 
qui, très achevé, n'arrive pas à soulever le film mais, au contraire, 
l'alourdit.

Mettre en parallèle le film de Lou Ye avec le chef d'œuvre de Jiang Wen 
"Les Démons à ma Porte" (Guizi lai le, Grand Prix du Jury à Cannes en 
2000) qui traitait lui aussi de l'occupation japonaise, n'aurait aucun 
sens tant les deux films sont différents. Ou à peu près autant que de 
comparer "La Grande Vadrouille" et "Jeux Interdits".
Plusieurs critiques se sont déjà émus en la condamnant de la dernière 
séquence, entièrement composée d'images d'archives et montrant les 
horreurs perpétrées par les Japonais sur le territoire chinois, à 
commencer par le trop fameux "sac de Nanking" (environ 200 000 personnes 
massacrées en six semaines). Je crois au contraire que ce choix et ces 
images, aussi difficiles à supporter soient-elles, apportent au film une 
part indispensable de réalité et remettent en perspective l'histoire qui 
vient de nous être contée.

Lou Ye remontera-t-il son film avant sa sortie commerciale en salles ? 
On ne peut que l'espérer car, encore une fois, ses qualités sont réelles 
mais trop étouffées.

Philippe Serve

[critique + photos : 
http://perso.club-internet.fr/pserve/Purple_Butterfly.html]
-- 
"Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à 
chanter." (Samuel Beckett)
Site perso cinema: Ecrans pour nuits blanches 
(http://perso.club-internet.fr/pserve)

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