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[AVIS] Le Royaume des Diamants - Satyajit Ray (1980)


  • Subject: [AVIS] Le Royaume des Diamants - Satyajit Ray (1980)
  • From: Philippe Serve <pserve@club-internet.fr>
  • Date: 11 Jun 2003 18:25:03 GMT
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LE ROYAUME DES DIAMANTS

(HEERAK RAJAR DESHE)

Inde, 1980, de Satyajit RAY, CL, 110'

Scénario et musiques: Satyajit Ray

Avec: Soumitra Chatterjee, Utpal Dutta, Tapen Chatterjee, Robi Gosh, 
Santosh Dutta


Deux anciens vagabonds, Goopy (Tapen Chatterjee ) et Bagha (Robi Gosh), 
sont devenus les gendres du Roi de Shundi (Santosh Dutta) dont ils ont 
épousé les filles, suite à leur rencontre avec un bon génie des années 
auparavant. Mais aujourd'hui, enfermés dans le palais, ils s'ennuient à 
mourir. Mandatés par le Roi pour se rendre à sa place à la fête donnée 
par le souverain du Pays des Diamants, le Heerak Raja (Utpal Dutta) et y 
chanter, ils s'y rendent avec joie-- Mais le roi d'Heerak n'est qu'un 
tyran et les deux compères vont être amenés à aider un instituteur, 
Udayan (Soumitra Chatterjee), dans sa lutte contre le despote--


Filmé au départ pour le cinéma mais en définitive projeté sur le petit 
écran et s'inscrivant dans ses films "pour enfants", LE ROYAUME DES 
DIAMANTS est la suite des "Aventures de Goopy et Bagha" tournées par 
Satyajit Ray douze ans plus tôt (1968).
Sous un ton de départ relevant de la comédie (musicale, bien sûr, nous 
sommes en Inde), le cinéaste livre une fable, un conte sur l'exercice du 
pouvoir et la tyrannie. L'ignoble roi, développant comme tout tyran qui 
se respecte une bonne paranoïa, ferme les écoles et brûle les livres 
(sources de savoir, donc d'indépendance d'esprit et de possibilité de 
rébellion). Il s'appuie sur des ministres serviles et sur un 
"professeur" savant qui a mis au point une machine à "laver le cerveau". 
Tout être qui y est entré (paysan, mineur, chanteur) en ressort chantant 
les louanges du tyran et les bienfaits de payer ses impôts sans sursis 
ou de ne manger qu'un repas par jour.

Bien sûr, la charge peut paraître simpliste mais il ne faut pas oublier 
à qui la fable de Satayajit Ray s'adressait: non pas aux intellectuels 
ou critiques de cinéma mais bien à l'immense majorité de son peuple dont 
beaucoup étaient encore analphabètes et en premier lieu aux enfants. En 
choisissant de faire passer son message dans les chansons interprétées 
par les deux anciens vagabonds, le cinéaste faisait clairement preuve de 
pédagogie, voire d'action militante tout en proposant l'alliance du 
peuple (les deux héros) et des intellectuels (l'instituteur).

Il paraît aussi important de replacer le film dans son contexte 
d'époque. Réélue en 1972 Premier Ministre, Indira Ghandhi devait 
déclarer l'Etat d'urgence au centre de Delhi trois ans plus tard. 
Révolté par cette politique, Satyajit Ray radicalisa ses positions 
politiques (très éloignées du marxisme alors assez présent dans les 
milieux intellectuels indiens à l'époque) et tourna en réaction "Les 
Joueurs d'Echecs" et "Délivrance" puis renonça pour quatorze longues 
années à tourner des films situés à l'époque contemporaine. LE ROYAUME 
DES DIAMANTS s'inscrit dans cette période mais son thème dénonce de 
façon à peine voilée la politique de plus en plus autoritaire de la 
dirigeante indienne.

Le minimalisme kitsch des décors (palais du tyran) et des costumes 
(mélange de lignes droites et de motifs brisés, couleurs vives) renforce 
bien sûr l'aspect conte du récit mais éloigne LE ROYAUME DES DIAMANTS du 
cinéma "masala" tant prisé des Indiens (mais aussi de millions de 
spectateurs à travers le Moyen-Orient ou l'Afrique) avec ses héros 
caricaturaux et ses histoires d'amours tragiques ou/et sucrées. Le seul 
point commun entre ce film et ce qui représente plus de 90% de la 
production indienne est sans doute l'aspect conte. A l'inverse, et 
conformément à ce qui fut toujours son credo (la technique doit se faire 
invisible, elle n'est là que pour soutenir l'objet même du film et ne 
saurait en aucune manière devenir elle-même ce sujet), la mise en scène 
tranche par une certaine sobriété, à commencer par les séquences chantées.

Bien que d'une qualité largement inférieure à ses plus grands chefs 
d'œuvres (La Trilogie d'Apu, Le Salon de Musique, Charulata, Les Joueurs 
d'Echecs, Délivrance, etc), LE ROYAUME DES DIAMANTS demeure une œuvre 
très intéressante à (re)découvrir.

[Le film est disponible en VHS dans la collection "Les Films de ma vie" 
(vo-stf)]

Philippe Serve

-- 
"Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à 
chanter." (Samuel Beckett)
Site perso cinema: Ecrans pour nuits blanches 
(http://perso.club-internet.fr/pserve)

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