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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Ce Jour-la (Raul Ruiz, 2003)
[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion.] Pour résumer : énorme ratage. Un film qui aurait pu donner la matière à un bon court ou moyen métrage et qui tire affreusement en longueur. J'apprécie particulièrement Raul Ruiz comme raconteur d'histoires, avec un s. Il a généralement la qualité, même quand il se concentre sur un récit principal, de laisser imaginer quantité d'histoires annexes, par des détails, une construction décalée ou le comportement étrange de ses personnages. Le film qui était le plus réussi à ce point de vue, c'était "Trois Vies et une seule mort". Là, il ne reste plus grand chose. Un sujet très simple : Livia (Elsa Zylberstein) est la fille, une demi-folle, d'un magnat de l'industrie suisse. Elle attend pour un dimanche de décembre le grand événement que les runes et le tarot lui ont promis et qui devrait le plus beau jour de sa vie. En fait, on aide à s'évader Emil Poinpoirot (Bernard Giraudeau), dangereux psychopathe, d'un asile voisin. Et au même moment, tout le monde quitte le château où réside la famille de Livia. Emil se rend au château et le massacre commence. Le film est un échec flagrant sur à peu près tous les plans. Il consiste majoritairement en un dialogue entre les deux "fous". Bref, des dialogues poétiques et "surréalistes". Mais dans la bouche de comédiens chevronnés et rédigés par un réalisateur régulièrement associé à l'héritage surréaliste, ça fait surtout dialogue "auteur" essayant d'imiter les fous. Bref, limite grave du film, malgré le talent des acteurs principaux (même si dans le cas d'Elsa Zylberstein, c'est surtout son visage lunaire qui fait le gros du boulot). Autre problème : ponctuellement, quelqu'un se ramène au château et Emil le massacre. Et ça devient extrêmement répétitif à la longue, avec une légère évolution entre le début et la fin, une ou deux petites surprises dans le déroulement et c'est tout. Il y a quand même un plan hilarant de course-poursuite dans un hall aux nombreuses portes qui fait penser à du Tex Avery et qui est certainement la scène la plus construite du film. Les fils secondaires de l'intrigue sont inégalement intéressants. Je sauverai surtout les scènes entre les deux flics (Jean-Luc Bideau et Christian Vadim) qui ont décidé de mener leur enquête en "faisant semblant de ne rien faire", c'est-à-dire en passant leur journée au bistrot. Quant au reste, les scènes avec Piccoli (le père de Livia) ou les autres membres de la famille (Rufus ou Edith Scob) sont franchement faiblardes. Deux choses à retenir au final : - c'est moi qui m'imagine ça ou Bernard Giraudeau ressemble de plus en plus à Alain Madelin ? - comment est-ce que ce film a pu se trouver en sélection à Cannes ? On a eu droit à cinq films français (Ozon, Téchiné, Miller, Blier, Bonnello) et deux films francophones tournés en français et avec des acteurs français (Ruiz, Haneke). Aucun de ces films n'a suscité beaucoup d'échos à Cannes (alors que le Haneke précédent, si). C'était pourtant le tiers de la sélection en compétition. À se demander si cette pléthore (alors que le cinéma américain n'était représenté que par trois films, dont "The Brown Bunny") ne va pas, plutôt que de montrer la vivacité du cinéma français, révéler sa panne d'inspiration actuelle. -- François Kahn Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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