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[AVIS] Ce Jour-la (Raul Ruiz, 2003)


  • Subject: [AVIS] Ce Jour-la (Raul Ruiz, 2003)
  • From: lorenzo@alussinan.org (Francois Kahn)
  • Date: 11 Jun 2003 18:48:53 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Moderation de fr.rec.cinema.selection
  • References: <1fwdx9k.17itsd51l214kkN%lorenzo@alussinan.org>
  • User-agent: MacSOUP/2.5b2 (Mac OS X version 10.2.6)
  • Xref: unknown fr.rec.cinema.selection:70

[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion.]

Pour résumer : énorme ratage. Un film qui aurait pu donner la matière à
un bon court ou moyen métrage et qui tire affreusement en longueur.

J'apprécie particulièrement Raul Ruiz comme raconteur d'histoires, avec
un s. Il a généralement la qualité, même quand il se concentre sur un
récit principal, de laisser imaginer quantité d'histoires annexes, par
des détails, une construction décalée ou le comportement étrange de ses
personnages. Le film qui était le plus réussi à ce point de vue, c'était
"Trois Vies et une seule mort".

Là, il ne reste plus grand chose. Un sujet très simple : Livia (Elsa
Zylberstein) est la fille, une demi-folle, d'un magnat de l'industrie
suisse. Elle attend pour un dimanche de décembre le grand événement que
les runes et le tarot lui ont promis et qui devrait le plus beau jour de
sa vie. En fait, on aide à s'évader Emil Poinpoirot (Bernard Giraudeau),
dangereux psychopathe, d'un asile voisin. Et au même moment, tout le
monde quitte le château où réside la famille de Livia. Emil se rend au
château et le massacre commence.

Le film est un échec flagrant sur à peu près tous les plans. Il consiste
majoritairement en un dialogue entre les deux "fous". Bref, des
dialogues poétiques et "surréalistes". Mais dans la bouche de comédiens
chevronnés et rédigés par un réalisateur régulièrement associé à
l'héritage surréaliste, ça fait surtout dialogue "auteur" essayant
d'imiter les fous. Bref, limite grave du film, malgré le talent des
acteurs principaux (même si dans le cas d'Elsa Zylberstein, c'est
surtout son visage lunaire qui fait le gros du boulot).

Autre problème : ponctuellement, quelqu'un se ramène au château et Emil
le massacre. Et ça devient extrêmement répétitif à la longue, avec une
légère évolution entre le début et la fin, une ou deux petites surprises
dans le déroulement et c'est tout. Il y a quand même un plan hilarant de
course-poursuite dans un hall aux nombreuses portes qui fait penser à du
Tex Avery et qui est certainement la scène la plus construite du film.

Les fils secondaires de l'intrigue sont inégalement intéressants. Je
sauverai surtout les scènes entre les deux flics (Jean-Luc Bideau et
Christian Vadim) qui ont décidé de mener leur enquête en "faisant
semblant de ne rien faire", c'est-à-dire en passant leur journée au
bistrot. Quant au reste, les scènes avec Piccoli (le père de Livia) ou
les autres membres de la famille (Rufus ou Edith Scob) sont franchement
faiblardes.

Deux choses à retenir au final :
- c'est moi qui m'imagine ça ou Bernard Giraudeau ressemble de plus en
plus à Alain Madelin ?

- comment est-ce que ce film a pu se trouver en sélection à Cannes ? On
a eu droit à cinq films français (Ozon, Téchiné, Miller, Blier,
Bonnello) et deux films francophones tournés en français et avec des
acteurs français (Ruiz, Haneke). Aucun de ces films n'a suscité beaucoup
d'échos à Cannes (alors que le Haneke précédent, si). C'était pourtant
le tiers de la sélection en compétition. À se demander si cette pléthore
(alors que le cinéma américain n'était représenté que par trois films,
dont "The Brown Bunny") ne va pas, plutôt que de montrer la vivacité du
cinéma français, révéler sa panne d'inspiration actuelle.

-- 
François Kahn

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