|
[Recherche]
[Date Prev][Date Next][Date Index] {AVIS] Matrix Reloaded
Voilà, je l'ai vu. Jusqu'au bout. 2h18. Et voici ce que j'en pense, que d'autres ont peut-être déja dit (pas une raison pour ne pas le répéter, alors) et qui me vaudra sans doute, à mon tour, mon petit lot de récriminations, voire d'insultes. M'en fous, c'est la Matrice, rien n'est réel... ;o) [Attention ! Quelques révélations figurent dans cet avis critique] Don Camillo vs FBI Si Matrix avait fait illusion sur mon esprit à sa découverte en salles mais n'avait guère supporté une deuxième vision mettant à nu tous ses défauts, MATRIX RELOADED avoue vite ce qu'il est, en fait dès sa première séquence: un produit boursouflé, touche-à-tout, bavard et prétentieux, racoleur et, à l'arrivée, totalement dispensable (je sais, ça paraît lourd d'entrée comme critique). Scénario se donnant des airs d'intelligence (par son opacité sans cesse redoublée, sans doute) allié à une profusion d'effets spéciaux et de pyrotechnie n'ayant d'autre raison d'être que leur propre existence (en quoi font-ils avancer l'histoire ?). Ajoutons que si vous êtes allergique à la couleur bleue au cinéma, vous aurez du mal, beaucoup de mal-- Le côté " branché" de Matrix se retrouve élevé à une puissance peu commune, le plus ridicule restant ces lunettes noires portées par les personnages (mais pas tous, pourquoi ?) en toutes circonstances sauf, bien entendu, dans les moments intimes-- Le "look" du film atteint d'ailleurs ici de vrais sommets avec le costume de Neo transformé en une espèce de curé de choc tandis que tous les méchants (les Smiths et les autres) arborent la panoplie du parfait agent du FBI, costards noirs, chemises blanches, cravates et lunettes noires, oreillette à l'oreille droite, sans oublier les deux "fantômes" jumeaux albinos au look rasta ! Le jeu des acteurs, semblant tous sortis droit d'un jeu vidéo, s'avère d'une pauvreté rare. C'est à qui aura le plus grand ton sentencieux, chaque phrase, chaque mot étant lâché comme une formule définitive et graaaave. On n'en saluera que davantage la présence de Lambert Wilson dans le rôle pourtant si caricatural (un must à ce niveau !) de Mérovingien et dont les quelques minutes à l'écran tranchent par leur excellence dans l'excès avec le reste de la distribution (on n'en dira hélas pas autant de Monica Belluci, aussi expressive que Carrie-Anne Moss, c'est à dire autant qu'un joli morceau de bois). "Matrix" fit illusion au niveau scénario. Cette idée de mondes réel et virtuel, de matrice, de machines et de rebelles était séduisante même si, déjà, quelque peu plombée par le galimatias autour du concept d'Elu. On peut d'ailleurs regretter que la meilleure idée du film -- faire partie du monde virtuel où tout est beau et bon (même les steaks virtuels sont délicieux grâce au programme adéquat implanté dans le cerveau du mangeur) n'est-il pas préférable après tout au monde réel tissé de souffrances ? Vaut-il mieux bien vivre dans le mensonge ou mal dans la réalité ? Que faire de la question du choix ? - cette idée a été évacuée à peine formulée ou presque. Ici encore, une bonne idée affleure, celle de la contamination virale (évidemment plus au sens informatique que biologique). Mais tout dérape très vite et devient de plus en plus nébuleux selon la bonne vieille règle que trop d'idées tuent l'idée. Les ajouts scénaristiques aggravent la situation : ainsi de l'existence prédominante de Zion dont il avait été à peine question dans le premier opus. Le monde de Zion paraît d'ailleurs tout à la fois anachronique (par rapport au reste du film) et stéréotypée (son côté "déjà vu") dans sa représentation même, le pompon revenant sans doute à cette ridicule et interminable scène de boîte disco, sorte de rave sur musique tribale africaine, entrecoupée de ralentis sur le couple Neo-Trinity en train de faire l'amour ! Du ringard instantané. On peut voir là l'un des aspects les plus racoleurs du film car à but très déterminé, les frères Wachowski ayant clairement établi leur cible sur les 15-25 ans férus d'informatique et, pour les plus âgés, de métaphysique et de mysticisme id(iot)syncratiques. D'ailleurs, si vous ne possédez pas un minimum de connaissances informatiques, n'espérez pas comprendre quoi que ce soit à tout le charabia débité avec le plus grand sérieux par les protagonistes. Parions que dans quelques années, ces dialogues sonneront à nos oreilles aussi risibles que ceux de la série Star Trek, les discours religieux de Morpheus (Destinée, Providence, Sens, Foi, Prophétie, etc.) en tête (sans parler des costumes)-- Certains spectateurs et critiques ont accusé le film d'être trop bavard. Exact, d'autant plus que chaque échange verbal fait qu'on comprend encore moins ce qui se passe. Fallait-il alors laisser plus d'espace aux scènes d'action qui faisait l'essentiel de l'intérêt de "Matrix" ? Hélas, elles se révèlent ici dénuées de toute réelle inventivité. Les effets sont recyclés, on nous ressert le plan de Neo arrêtant avec la main le vol des balles tirées vers lui, on multiplie encore les ralentis et arrêts sur image sans la moindre raison - même pas d'ordre esthétique - on est loin de Wong Kar-wai... Le spectateur a même droit à une nouvelle scène de résurrection ! Après celle de Neo dans Matrix, ramené à la vie par l'amour de Trinity, la situation est cette fois inversée (avec en prime une musique insupportable dans son surlignage). "Nous sommes à égalité, maintenant", remarque la rescapée. "Matrix Révolution", le troisième et dernier volet les départagera-t-il ? Le combat de Neo contre les Smiths multi-dupliqués lasse au bout de trente secondes par la répétition enchaînée de ses plans. Une fois qu'on a vu quelques Smiths projetés en tous sens dans les airs, on a compris. Le suspense peut aller se faire voir ailleurs. On sait que Neo est invincible (ce qui ne paraissait pas le cas dans le premier volet de la trilogie) et s'en sortira quel que soit le nombre de ses opposants. Tel Superman. Et, justement, voilà que les réalisateurs nous transforment l'élu en homme de Krypton, volant dans sa soutane, le poing tendu ! L'un des intérêts de Matrix était le côté parfaitement humain de Neo qui découvrait petit à petit (et un peu aussi grâce aux programmes qu'on lui insérait--) ses possibilités. Ici, plus rien. Il est Superman, point. Et l'Elu, qui plus est. N'en jetez plus ! Quant à la scène vendue comme d'anthologie -- la poursuite sur l'autoroute -- elle aussi recycle des choses vues mille fois avec seulement un peu plus de technique et de savoir-faire au niveau effets spéciaux (la caméra zigzague sous les roues), le contraire aurait été surprenant. Mais les cinq premières minutes passées, pas plus d'invention que toute banale course de bagnole. Les combats ne font montre d'aucune grâce, loin par exemple de ceux, pourtant plus modestes, d'un Tigre et Dragon (Keanu Reeves, Lawrence Fishburne et Carrie Ann Moss n'arrivent pas à la cheville de l'élégance et du charisme de Chow Yun-fat, Michelle Yeoh et Zhang Ziyi) et à des années-lumière du tourbillon (épuisant pour le spectateur pris à l'intérieur dudit tourbillon, donc réussi) du chef d'œuvre de Tsui Hark, "The Blade". Comme dit au début de cette critique, si Matrix avait fait illusion quelques temps, celui-ci aura tombé le masque d'entrée et y voir comme les critiques de Libération un pamphlet politique anti-hollywoodien révèle une Foi digne du plus beau fan charbonnier transi. On peut désormais craindre le pire pour l'épisode final. Allez, l'Architecte, un bon mouvement: appuyez sur la touche "Suppr" et débarrassez-nous de ces frimeurs de rebelles branchés-- Philippe Serve -- "Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à chanter." (Samuel Beckett) Site perso cinema: Ecrans pour nuits blanches (http://perso.club-internet.fr/pserve) -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
|