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{AVIS] Matrix Reloaded


  • Subject: {AVIS] Matrix Reloaded
  • From: Philippe Serve <pserve@club-internet.fr>
  • Date: 16 Jun 2003 20:55:03 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.discussion,fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Club-Internet / T-Online France
  • Sender: modappbot@dspnet.fr.eu.org
  • Xref: unknown fr.rec.cinema.discussion:10625 fr.rec.cinema.selection:74

Voilà, je l'ai vu. Jusqu'au bout. 2h18. Et voici ce que j'en pense, que 
d'autres ont peut-être déja dit (pas une raison pour ne pas le répéter, 
alors) et qui me vaudra sans doute, à mon tour, mon petit lot de 
récriminations, voire d'insultes. M'en fous, c'est la Matrice, rien 
n'est réel... ;o)

[Attention ! Quelques révélations figurent dans cet avis critique]

Don Camillo vs FBI

Si Matrix avait fait illusion sur mon esprit à sa découverte en salles 
mais n'avait guère supporté une deuxième vision mettant à nu tous ses 
défauts, MATRIX RELOADED avoue vite ce qu'il est, en fait dès sa 
première séquence: un produit boursouflé, touche-à-tout, bavard et 
prétentieux, racoleur et, à l'arrivée, totalement dispensable (je sais, 
ça paraît lourd d'entrée comme critique). Scénario se donnant des airs 
d'intelligence (par son opacité sans cesse redoublée, sans doute) allié 
à une profusion d'effets spéciaux et de pyrotechnie n'ayant d'autre 
raison d'être que leur propre existence (en quoi font-ils avancer 
l'histoire ?). Ajoutons que si vous êtes allergique à la couleur bleue 
au cinéma, vous aurez du mal, beaucoup de mal--

Le côté " branché" de Matrix se retrouve élevé à une puissance peu 
commune, le plus ridicule restant ces lunettes noires portées par les 
personnages (mais pas tous, pourquoi ?) en toutes circonstances sauf, 
bien entendu, dans les moments intimes-- Le "look" du film atteint 
d'ailleurs ici de vrais sommets avec le costume de Neo transformé en une 
espèce de curé de choc tandis que tous les méchants (les Smiths et les 
autres) arborent la panoplie du parfait agent du FBI, costards noirs, 
chemises blanches, cravates et lunettes noires, oreillette à l'oreille 
droite, sans oublier les deux "fantômes" jumeaux albinos au look rasta  !
Le jeu des acteurs, semblant tous sortis droit d'un jeu vidéo, s'avère 
d'une pauvreté rare. C'est à qui aura le plus grand ton sentencieux, 
chaque phrase, chaque mot étant lâché comme une formule définitive et 
graaaave. On n'en saluera que davantage la présence de Lambert Wilson 
dans le rôle pourtant si caricatural (un must à ce niveau !) de 
Mérovingien et dont les quelques minutes  à l'écran tranchent par leur 
excellence dans l'excès avec le reste de la distribution (on n'en dira 
hélas pas autant de Monica Belluci, aussi expressive que Carrie-Anne 
Moss, c'est à dire autant qu'un joli morceau de bois).

"Matrix" fit illusion au niveau scénario. Cette idée de mondes réel et 
virtuel, de matrice, de machines et de rebelles était séduisante même 
si, déjà, quelque peu plombée par le galimatias autour du concept d'Elu. 
On peut d'ailleurs regretter que la meilleure idée du film -- faire 
partie du monde virtuel où tout est beau et bon (même les steaks 
virtuels sont délicieux grâce au programme adéquat implanté dans le 
cerveau du mangeur) n'est-il pas préférable après tout au monde réel 
tissé de souffrances ? Vaut-il mieux bien vivre dans le mensonge ou mal 
dans la réalité ? Que faire de la question du choix ? -  cette idée a 
été évacuée à peine formulée ou presque. Ici encore, une bonne idée 
affleure, celle de la contamination virale (évidemment plus au sens 
informatique que biologique). Mais tout dérape très vite et devient de 
plus en plus nébuleux selon la bonne vieille règle que trop d'idées 
tuent l'idée.

Les ajouts scénaristiques aggravent la situation : ainsi de l'existence 
prédominante de Zion dont il avait été à peine question dans le premier 
opus. Le monde de Zion paraît d'ailleurs tout à la fois anachronique 
(par rapport au reste du film) et stéréotypée (son côté "déjà vu") dans 
sa représentation même, le pompon revenant sans doute à cette ridicule 
et interminable scène de boîte disco, sorte de rave sur musique tribale 
africaine, entrecoupée de ralentis sur le couple Neo-Trinity en train de 
faire l'amour ! Du ringard instantané. On peut voir là l'un des aspects 
les plus racoleurs du film car à but très déterminé, les frères 
Wachowski ayant clairement établi leur cible sur les 15-25 ans férus 
d'informatique et, pour les plus âgés, de métaphysique et de mysticisme 
id(iot)syncratiques. D'ailleurs, si vous ne possédez pas un minimum de 
connaissances informatiques, n'espérez pas comprendre quoi que ce soit à 
tout le charabia débité avec le plus grand sérieux par les 
protagonistes. Parions que dans quelques années, ces dialogues sonneront 
à nos oreilles aussi risibles que ceux de la série Star Trek, les 
discours religieux de Morpheus (Destinée, Providence, Sens, Foi, 
Prophétie, etc.) en tête (sans parler des costumes)--

Certains spectateurs et critiques ont accusé le film d'être trop bavard. 
Exact, d'autant plus que chaque échange verbal fait qu'on comprend 
encore moins ce qui se passe. Fallait-il alors laisser plus d'espace aux 
scènes d'action qui faisait l'essentiel de l'intérêt de "Matrix" ? 
Hélas, elles se révèlent ici dénuées de toute réelle inventivité. Les 
effets sont recyclés, on nous ressert le plan de Neo arrêtant avec la 
main le vol des balles tirées vers lui, on multiplie encore les ralentis 
et arrêts sur image sans la moindre raison - même pas d'ordre esthétique 
- on est loin de Wong Kar-wai...
Le spectateur a même droit à une nouvelle scène de résurrection ! Après 
celle de Neo dans Matrix, ramené à la vie par l'amour de Trinity, la 
situation est cette fois inversée (avec en prime une musique 
insupportable dans son surlignage). "Nous sommes à égalité, maintenant", 
remarque la rescapée. "Matrix Révolution", le troisième et dernier volet 
les départagera-t-il ?

Le combat de Neo contre les Smiths multi-dupliqués lasse au bout de 
trente secondes par la répétition enchaînée de ses plans. Une fois qu'on 
a vu quelques Smiths projetés en tous sens dans les airs, on a compris. 
Le suspense peut aller se faire voir ailleurs. On sait que Neo est 
invincible (ce qui ne paraissait pas le cas dans le premier volet de la 
trilogie) et s'en sortira quel que soit le nombre de ses opposants. Tel 
Superman. Et, justement, voilà que les réalisateurs nous transforment 
l'élu en homme de Krypton, volant dans sa soutane, le poing tendu ! L'un 
des intérêts de Matrix était le côté parfaitement humain de Neo qui 
découvrait petit à petit (et un peu aussi grâce aux programmes qu'on lui 
insérait--) ses possibilités. Ici, plus rien. Il est Superman, point. Et 
l'Elu, qui plus est. N'en jetez plus !

Quant à la scène vendue comme d'anthologie -- la poursuite sur 
l'autoroute -- elle aussi recycle des choses vues mille fois avec 
seulement un peu plus de technique et de savoir-faire au niveau effets 
spéciaux (la caméra zigzague sous les roues), le contraire aurait été 
surprenant. Mais les cinq premières minutes passées, pas plus 
d'invention que toute banale course de bagnole. Les combats ne font 
montre d'aucune grâce, loin par exemple de ceux, pourtant plus modestes, 
d'un Tigre et Dragon (Keanu Reeves, Lawrence Fishburne et Carrie Ann 
Moss n'arrivent pas à la cheville de l'élégance et du charisme de Chow 
Yun-fat, Michelle Yeoh et Zhang Ziyi) et à des années-lumière du 
tourbillon (épuisant pour le spectateur pris à l'intérieur dudit 
tourbillon, donc réussi) du chef d'œuvre de Tsui Hark, "The Blade".

Comme dit au début de cette critique, si Matrix avait fait illusion 
quelques temps, celui-ci aura tombé le masque d'entrée et y voir comme 
les critiques de Libération un pamphlet politique anti-hollywoodien 
révèle une Foi digne du plus beau fan charbonnier transi.

On peut désormais craindre le pire pour l'épisode final. Allez, 
l'Architecte, un bon mouvement: appuyez sur la touche "Suppr" et 
débarrassez-nous de ces frimeurs de rebelles branchés--

Philippe Serve

-- 
"Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à 
chanter." (Samuel Beckett)
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