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[CRITIQUE] Cube 2 : Hypercube - de Andrzej Sekula


  • Subject: [CRITIQUE] Cube 2 : Hypercube - de Andrzej Sekula
  • From: fred+spam@alussinan.org (Fred Mandrea)
  • Date: 11 Jul 2003 18:05:02 GMT
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CUBE 2 : HYPERCUBE

USA, 2002, Andrzej Sekula, 95' (c'est à dire 94 de trop)

[Avertissement: Cette critique dévoile pas mal de choses, mais
franchement sur ce coup-là, on s'en fout]

COURTE PRESENTATION DU FILM

Cube 2 (Hypercube) est un film un peu inclassable, que nous rangerons
dans la catégorie SF pour simplifier. Le principe de départ est simple:
une poignée de personnages se retrouvent sans savoir pourquoi, dans des
pièces blanches cubiques, dont chacune des parois comporte une porte en
son centre.
Les personnages ignorent pourquoi ils sont là et cherchent un moyen d'en
sortir. Ils comprendront assez rapidement que le cube est une sorte de
machine (les pièces se déplacent très rapidement les unes par rapport
aux autres) dont les pièges mortels ne manqueront pas décimer l'équipe
petit à petit. Les survivants trouveront-ils la sortie ? C'est là toute
la question.

AVIS

Si l'idée de départ n'est en soi pas plus mauvaise qu'une autre (c'était
déjà la même dans le premier opus, soit dit en passant), c'est au niveau
du traitement que les choses se dégradent sérieusement.
En mettant de côté deux personnages que l'on croisera assez brièvement
dans le film, on dénombre six membres dans cette petite équipe : une
psychiatre blonde, un détective privé qui ne tardera pas à montrer des
tendances de psychopathe, une vieille savante complètement sénile, un
jeune informaticien, une sorte d'architecte (dont on apprend qu'il a
fabriqué les cloisons du cube sur commande), une jeune avocate et une
asiatique aveugle.
Tous ces personnages, de parfaits stéréotypes sans la moindre épaisseur,
sont fort heureusement incarnés par des acteurs complètement nuls, ce
qui évite toute sensation de gâchis, c'est déjà ça.

Après ce premier constat, la première chose qui frappe, c'est un
époustouflant effet de mise en abîme : le spectateur opère malgré lui
une sorte d'identification, puisqu'à l'instar des personnages, il se
demande lui aussi ce qu'il fout là, et il va passer le reste du film en
souhaitant sortir. Néanmoins, toujours comme les personnages, le
spectateur a envie de comprendre. Aussi, il décidera par curiosité de
rester dans la salle. Comme les personnages, il va rapidement le
regretter...

Une fois les poussives présentations effectuées (une bonne vingtaine de
minutes, à vue de nez), les personnages commencent à retracer leurs
histoires respectives, ce qui ne servira strictement à rien pour la
suite. Une fois ceci fait, ils arrivent péniblement à trouver un point
commun entre leurs histoires: ils ont tous eu rapport avec une société
du nom de... Izon ! TA-TA-TAAAAN (je mets un peu de musique pour donner
un semblant de suspense).
Une fois ce nouvel élément élucidé, ce qui n'a bien sûr servi à rien
pour régler leur problème, les personnages se mettent soudain en tête
qu'ils sont... dans un hypercube ! TA-TA-TA-TAAAAAAN !
Bon, nous on le sait depuis qu'on a vu l'affiche, ce qui nous permet de
nous rendre compte qu'il ne s'est pas passé grand chose depuis le début
du film.

Mais, allez-vous me dire, à quoi ça sert donc tout ça ? La réponse est
simple: à rien. A ce stade, je tiens à saluer la performance des
scénaristes qui ont réussi le difficile pari de n'exploiter aucun des
éléments de leur film pour développer un semblant d'intrigue. On sent
bien qu'à certains moments, ils ont été tentés, mais non, ils ont su
résister. Chapeau bas.

Mais je m'égare, où en étais-je ? Ah oui, un hypercube, donc. Alors un
hypercube, Michel Chevalet, comment ça marche ? Eh bien, c'est une vue
de l'esprit, un cube en 4 dimensions, donc en fait, ça n'existe pas.
Mais en fait, c'est bien pratique, que ça n'existe pas, justement. Ça
permet aux auteurs de faire tout et n'importe quoi : des pièces où la
gravité est inversée, d'autres où le temps s'écoule plus lentement,
plein de trucs top méga cools, quoi. Alors ils le font. Bon, là encore,
ça ne sert à rien mais l'essentiel c'est de participer.

Bon ensuite, les personnages se tapent quelques délires : l'architecte
numérote les pièces où il passe, le hacker nous tchatche la tête sur un
super-hacker-de-la-mort qui s'appelle Alex Trusk et qui aurait piraté
Izon, la vieille nous fait des crises de gâtisme, bref, on meuble.

Là-dessus, un des personnages ouvre une porte et qu'est-ce qu'il voit-y
pas ? Un double de la vieille qui se fait trucider par un double du
détective (qui se fait lui-même décapiter par un truc cubique en
mauvaises images de synthèse).
TA-TA-TAAAAN !
La porte se referme et tout le monde se met à paniquer. Pour bien nous
faire ressentir l'intense émotion (et pour réveiller ceux du fond qui se
sont endormis), le metteur en scène a eu une idée géniale : il fait
bouger la caméra dans tous les sens. Le résultat est impressionnant, un
peu comme un film de Lelouch sans la musique de Nicole Croisille.
Une fois que la caméra se calme, pendant que les assistants amènent le
caméraman épileptique sous une tente à oxygène, le fabricant de cloisons
nous explique qu'il ne faut pas paniquer et que dans un hypercube, il
peut très bien y avoir des réalités parallèles qui cohabitent.
C'est qu'il s'y connaît, en hypercubes, le fabricant de cloisons.

Là, le spectateur pourrait redouter que l'histoire devienne un tantinet
complexe à suivre, mais qu'il se rassure, il n'en est rien. L'idée sera
vaguement utilisée pour faire de l'humour noir à deux balles, mais ça ne
fera pas avancer l'intrigue d'un pouce.
A partir de cette scène, j'ai moi-même dû avoir quelques absences,
occupé que j'étais à me limer les ongles tout en jetant des oeillades
furtives vers le voluptueux décolleté de ma voisine.

Quand j'ai relevé la tête, le hacker nous gonflait encore avec Alex
Trusk. C'est tellement hors-propos que même le plus endormi des
spectateurs a compris depuis 3 heures que le fameux Alex va apparaître
comme étant un personnage de l'équipe.
Bon, c'est l'aveugle qui s'y colle. Elle nous explique alors toute la
clé de l'énigme: les méchants (Izon) ont réussi à réaliser l'impossible:
ils ont construit un hypercube (dingue, non ?).
Mais en fait, l'hypercube, c'est super pas stable, alors Alex, elle a
trouvé ça super pas cool et elle a tout voulu balancer sur internet. Du
coup les méchants ont essayé de l'attraper et elle s'est réfugiée là où
ils ne pourraient pas la trouver : vous avez bien compris, dans
l'hypercube (TA-TA-TA-TAAAAN).

Là, je pense qu'on peut marquer une petite pause. En résumé, Alex, pour
échapper à ses poursuivants, s'est enfermée dans un truc instable qui va
s'autodétruire (un peu comme si Ben Laden décidait de monter sur le toit
du WTC le 11/09 au matin, afin d'échapper aux américains).
On peut légitimement se demander à ce stade si Alex n'est pas un peu
conne. Rapidement, on conclut que oui, elle est effectivement très conne
mais pas plus que nous autres qui avons payé pour voir ce navet.

Bref, je vous passe les détails, à la fin tout le monde se fait buter
sauf la blonde, et le cube se rétrécit jusqu'à ne faire plus qu'une
seule pièce où notre amie est coincée. Alors elle se creuse la tête,
l'héroïne. Parce que depuis un bout de temps, elle voit des séries de
chiffres sur les murs sans comprendre ce qu'ils veulent dire. Et
soudain, elle comprend ! Ils indiquent l'heure à laquelle le cube se
détruit. Voilà qui lui fait une belle jambe, vu qu'elle s'en rend compte
une minute avant la destruction, et que ça ne lui dit toujours pas
comment sortir.
Mais bon, elle a résolu une énigme, elle est contente, l'héroïne.

Alors là, il ne reste plus qu'une seule porte et tout le reste du cube
s'effrite. Comme c'est pas la moitié d'une imbécile, notre héroïne, elle
se jette dans la porte. Mais avant... avant, elle arrache le collier
qu'Alex portait au cou. Dingue, non ?

Nous voilà au bout du calvaire: la blonde se réveille dans un grand
hangar avec de l'eau par terre et plein d'hommes en noir. L'un des mecs
en noir (leur chef, je suppose) l'appelle "colonel" et elle lui remet le
collier (oh c'est dingue, elle était pas psy ! tu le crois, toi ?).
Une fois le collier remis, les autres mecs butent l'héroïne et le chef
passe un coup de fil sybillin qui ne fait pas avancer l'histoire (mais à
ce stade, on est blasé, me direz-vous). Générique. La lumière se rallume
et le spectateur voit s'envoler son dernier doute : il vient de se faire
salement encuber.

En résumé, Cube 2 est un vaste foutage de gueule comme on a rarement
l'occasion d'en voir. Il ne lui manque pourtant pas grand chose pour
être un bon film : un scénario, des acteurs potables, un metteur en
scène et une musique de bonne facture. Ainsi, ça laisse de la marge à
ceux qui voudraient relever le défi de nous pondre un troisième volet.
Pour ma part, j'ai en tous cas la certitude que je ne relèverai pas le
défi d'aller le voir.


-- 
Fred Mandréa
En direct de chez lui

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