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La 317eme Section - Pierre Schoendoerffer (1965)


  • Subject: La 317eme Section - Pierre Schoendoerffer (1965)
  • From: Philippe Serve <pserve@club-internet.fr>
  • Date: Fri, 8 Aug 2003 11:49:18 +0200
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[Mod: Suite à une mauvaise manipulation de sa part, l'auteur de la
critique n'avait envoyé que la première moitié de son texte. Voici
donc l'article en entier. -- DE]

LA 317ème SECTION

France, 1965, de Pierre Schoendorffer, NB, 94'

Scénario: Pierre Schoendoerffer d'après son roman (1963)
Photographie: Raoul Coutard
Montage: Armand Psenny
Producteur: Georges de Beauregard

Avec: Jaques Perrin, Bruno Cremer, Pierre Fabre, Manuel  Zarzo, Boramy 
Tioulong

Prix du Meilleur Scénario, Festival de Cannes 1965


Indochine, mai 1954. Alors que la "cuvette" de Dien Bien Phu s'apprête à 
tomber aux mains des forces vietminhs, la 317ème section cherche à se 
replier à travers la jungle. Forte de 45 hommes dont 41 "supplétifs" 
cambodgiens, elle est commandée par le Sous-Lieutenant Torrens (Jacques 
Perrin) sous les ordres duquel sert l'adjudant Willsdorf (Bruno Cremer). 
Leur fuite va durer huit jours?


Ayant découvert ce film avec grand intérêt il y a plus de trente ans, 
intérêt renforcé pour raisons familiales, il était intéressant de voir 
comment cette 317ème SECTION avait vieilli, d'autant plus qu'entre temps 
le cinéma nous a abreuvés d'œuvres sur la guerre indochinoise suivante : 
la guerre du Vietnam.

Un même lieu et un même peuple luttant pour son indépendance et pourtant 
deux guerres différentes. D'un côté (1945-1954) l'armée (française) d'un 
pouvoir colonisateur, composée de soldats de métier et s'appuyant sur 
ses hommes de terrain à commencer par ses troupes "d'élite" 
(parachutistes, légionnaires) et son auto-proclamé "génie militaire". De 
l'autre (1965-1973), une armée (US) faite majoritairement de conscrits, 
combattant plus encore que les Français pour des raisons de géopolitique 
(faire barrage au communisme dans cette partie du monde selon la théorie 
des dominos) et comptant davantage sur sa technologie et sa puissance de 
feu (illustrée par la doctrine du "tapis de bombes"). Dans le premier 
cas, une guerre oubliée (y compris à l'époque de son déroulement) ne 
provoquant que des grèves de dockers dans les ports français et quelques 
manifestations de militants communistes de par le monde. De l'autre, un 
conflit hyper médiatisé, une guerre "sale" (chaque guerre est "sale" par 
définition bien sûr mais celle-ci semblait l'être encore davantage) au 
cours de laquelle les forces armées US déversèrent deux fois plus de 
bombes sur le Vietnam que pendant toute la deuxième guerre mondiale, où 
l'on apprit ce que "napalm" signifiait et où l'utilisation de l'"agent 
orange" (dioxine) fut si intense que de véritables "monstres" de la 
nature, enfants de la troisième génération, naissent encore aujourd'hui 
au pays de la Baie d'Along. Cette "deuxième" guerre d'Indochine draina 
des millions de manifestants dans les rues du monde entier y compris aux 
USA avant d'intéresser le cinéma. Les deux guerres s'achevèrent sur la 
défaite des pays occidentaux avec une différence notoire : la défaite 
française fut ressentie comme honteuse alors que c'est la guerre 
elle-même qui fut considérée comme telle aux USA.

Autre différence : le nombre de films tournés sur ces conflits dans les 
deux pays respectifs. Côté français, un film avait précédé celui de 
Schoendoerffer : "Fort du Fou" de Léo Joannon en 1962. Après LA 317ème 
SECTION, un seul film fut entièrement consacré à la guerre d'Indochine : 
"Dien-Bien Phu" du même réalisateur (1992).  Côté US, le trop plein ! 
Gageons que la majorité des deux ou trois dernières générations de 
cinéphiles français aura vu tous les grands films US et pas le film qui 
nous concerne ici

Pourtant, en comparant les uns et les autres, on peut s'apercevoir 
aujourd'hui que LA 317ème SECTION non seulement n'a pas à rougir devant 
les œuvres cultes que sont devenus "Voyage au bout de l'enfer" (The Deer 
Hunter, Martin Scorsese), "Apocalypse Now" (Francis Ford Coppola, mais 
est-ce vraiment un film sur le Vietnam ?), "Platoon" (Oliver Stone), 
"Full Metal Jacket" (Stanley Kubrick) et autre "Outrages" (Brian de 
Palma) mais possède sur eux tous quelque chose de plus : sa modestie, sa 
sécheresse, son aspect "cinéma vérité". Pas une once ici du "folklore" 
inhérent à tout film US sur le Vietnam : les bons et les méchants à 
l'intérieur même du groupe (Platoon, Outrages), la surdramatisation 
scénaristique (Voyage au bout de l'Enfer), la caricature dénonciatrice 
(Full Metal Jacket) ou la dimension philosophique (Apocalypse Now). Pas 
de bande-son aux accords de Rock n'Roll, pas de ballets d'hélicoptères, 
pas de bandana autour de la tête, pas de personnages stéréotypés ou 
"bigger than life", une absence totale de manichéisme ou de discours.
LA 317ème SECTION se montre beaucoup plus proche d'une oeuvre comme 
"Aventures en Birmanie" (Objective Burma, Raoul Walsh, 1946) l'un des 
meilleurs films du genre jamais tournés. En écrivant son roman puis en 
l'adaptant,  Pierre Schoendoerffer savait de quoi il parlait. Engagé à 
24 ans dans le Service Cinématographique des Armées (1952), il part pour 
l'Indochine où il fera partie des volontaires pour être parachuté sur 
Dien Bien Phu deux ans plus tard. Il y sera fait prisonnier à la chute 
du camp retranché.

[Attention, révélations]

Comme dans le film de Raoul Walsh pré-cité, l'ennemi de LA 317ème 
SECTION est quasi invisible, juste quelques silhouettes lointaines, mais 
omniprésent par la menace qu'il fait constamment peser sur les soldats 
qu'il traque. Les escarmouches s'avèrent aussi brèves que meurtrières. 
Le cinéaste oppose (mais sans dramatisation ni démonstration) le jeune 
Sous-Lieutenant Torrens, frais émoulu de Saint-Cyr Coëtquidan, plongé 
dans l'enfer de la guerre depuis seulement deux semaines et à 
l'inexpérience fougueuse, à l'Adjudant Willsdorf (nom que Schoendoerffer 
donnera plus tard à son "Crabe-Tambour" joué par? Jacques Perrin), 
vétéran de la deuxième guerre mondiale durant laquelle il a combattu sur 
le front russe sous l'uniforme de la Wehrmacht (alsacien, il y fut 
enrôlé de force) et depuis déjà huit ans dans le "merdier" indochinois. 
Lui sait tout de la guerre, il en connaît les pièges et les ruses et un 
respect réciproque s'installe petit à petit entre les deux hommes.

La force du film ne réside jamais dans son inventivité scénaristique (il 
n'apporte rien de neuf par rapport à des centaines d'autres films du 
même genre) mais dans son incroyable parfum d'authenticité, sa 
crédibilité. Si l'on désire du grand spectacle à la "Apocalypse Now", on 
sera déçu. Schoendoerffer tourne résolument le dos au spectaculaire, au 
sentimentalisme, au pathos. La mort est filmée avec pudeur, presque avec 
résignation. Après tout, à Torrens qui lui dit "C'est dégueulasse", 
Willsdorf répond : "Qu'est-ce que ça veut dire, dégueulasse ? C'est la 
guerre." Même la mort de Torrens, personnage complexe au visage d'enfant 
avec ses problèmes de dysenterie, est filmée comme un non-événement, un 
de chute de plus. C'est tout sauf du mépris, bien sûr. Ceux qui restent 
vivants n'ont pas le temps de s'attarder, de s'accabler. Il leur faut 
continuer à avancer dans le "merdier", seule chance de tromper la Mort 
qui les talonne. Pour combien de temps ? Une voix "off" nous apprend que 
Willsdorf sera tué à son tour quelques années plus tard. Une autre 
guerre, un autre "merdier" : l'Algérie.

Le film est parfaitement servi par Jacques Perrin et Bruno Cremer, 
confondants de naturel et de sobriété. Le caractère "brut" de LA 317ème 
SECTION, renforcée par le magnifique Noir et Blanc de Raoul Coutard, le 
garde supérieur au "Dien Bien Phu" du même réalisateur, film où le 
cinéaste s'était un peu perdu dans une démonstration parfois trop lourde 
(les scènes "civiles" alors que toutes les scènes militaires étaient 
très réussies).

Un an après avoir achevé LA 317ème SECTION (tourné au Cambodge), Pierre 
Schoendoerffer repartit pour le Vietnam où il tourna un documentaire sur 
la guerre des GI's, film oscarisé, "La Section Anderson".

Philippe Serve

[Critique + affiche + photos : 
http://perso.club-internet.fr/pserve/La_317eme_section.html#317section]

"Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à 
chanter." (Samuel Beckett)
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