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[Date Prev][Date Next][Date Index] La 317eme Section - Pierre Schoendoerffer (1965)
[Mod: Suite à une mauvaise manipulation de sa part, l'auteur de la critique n'avait envoyé que la première moitié de son texte. Voici donc l'article en entier. -- DE] LA 317ème SECTION France, 1965, de Pierre Schoendorffer, NB, 94' Scénario: Pierre Schoendoerffer d'après son roman (1963) Photographie: Raoul Coutard Montage: Armand Psenny Producteur: Georges de Beauregard Avec: Jaques Perrin, Bruno Cremer, Pierre Fabre, Manuel Zarzo, Boramy Tioulong Prix du Meilleur Scénario, Festival de Cannes 1965 Indochine, mai 1954. Alors que la "cuvette" de Dien Bien Phu s'apprête à tomber aux mains des forces vietminhs, la 317ème section cherche à se replier à travers la jungle. Forte de 45 hommes dont 41 "supplétifs" cambodgiens, elle est commandée par le Sous-Lieutenant Torrens (Jacques Perrin) sous les ordres duquel sert l'adjudant Willsdorf (Bruno Cremer). Leur fuite va durer huit jours? Ayant découvert ce film avec grand intérêt il y a plus de trente ans, intérêt renforcé pour raisons familiales, il était intéressant de voir comment cette 317ème SECTION avait vieilli, d'autant plus qu'entre temps le cinéma nous a abreuvés d'œuvres sur la guerre indochinoise suivante : la guerre du Vietnam. Un même lieu et un même peuple luttant pour son indépendance et pourtant deux guerres différentes. D'un côté (1945-1954) l'armée (française) d'un pouvoir colonisateur, composée de soldats de métier et s'appuyant sur ses hommes de terrain à commencer par ses troupes "d'élite" (parachutistes, légionnaires) et son auto-proclamé "génie militaire". De l'autre (1965-1973), une armée (US) faite majoritairement de conscrits, combattant plus encore que les Français pour des raisons de géopolitique (faire barrage au communisme dans cette partie du monde selon la théorie des dominos) et comptant davantage sur sa technologie et sa puissance de feu (illustrée par la doctrine du "tapis de bombes"). Dans le premier cas, une guerre oubliée (y compris à l'époque de son déroulement) ne provoquant que des grèves de dockers dans les ports français et quelques manifestations de militants communistes de par le monde. De l'autre, un conflit hyper médiatisé, une guerre "sale" (chaque guerre est "sale" par définition bien sûr mais celle-ci semblait l'être encore davantage) au cours de laquelle les forces armées US déversèrent deux fois plus de bombes sur le Vietnam que pendant toute la deuxième guerre mondiale, où l'on apprit ce que "napalm" signifiait et où l'utilisation de l'"agent orange" (dioxine) fut si intense que de véritables "monstres" de la nature, enfants de la troisième génération, naissent encore aujourd'hui au pays de la Baie d'Along. Cette "deuxième" guerre d'Indochine draina des millions de manifestants dans les rues du monde entier y compris aux USA avant d'intéresser le cinéma. Les deux guerres s'achevèrent sur la défaite des pays occidentaux avec une différence notoire : la défaite française fut ressentie comme honteuse alors que c'est la guerre elle-même qui fut considérée comme telle aux USA. Autre différence : le nombre de films tournés sur ces conflits dans les deux pays respectifs. Côté français, un film avait précédé celui de Schoendoerffer : "Fort du Fou" de Léo Joannon en 1962. Après LA 317ème SECTION, un seul film fut entièrement consacré à la guerre d'Indochine : "Dien-Bien Phu" du même réalisateur (1992). Côté US, le trop plein ! Gageons que la majorité des deux ou trois dernières générations de cinéphiles français aura vu tous les grands films US et pas le film qui nous concerne ici Pourtant, en comparant les uns et les autres, on peut s'apercevoir aujourd'hui que LA 317ème SECTION non seulement n'a pas à rougir devant les œuvres cultes que sont devenus "Voyage au bout de l'enfer" (The Deer Hunter, Martin Scorsese), "Apocalypse Now" (Francis Ford Coppola, mais est-ce vraiment un film sur le Vietnam ?), "Platoon" (Oliver Stone), "Full Metal Jacket" (Stanley Kubrick) et autre "Outrages" (Brian de Palma) mais possède sur eux tous quelque chose de plus : sa modestie, sa sécheresse, son aspect "cinéma vérité". Pas une once ici du "folklore" inhérent à tout film US sur le Vietnam : les bons et les méchants à l'intérieur même du groupe (Platoon, Outrages), la surdramatisation scénaristique (Voyage au bout de l'Enfer), la caricature dénonciatrice (Full Metal Jacket) ou la dimension philosophique (Apocalypse Now). Pas de bande-son aux accords de Rock n'Roll, pas de ballets d'hélicoptères, pas de bandana autour de la tête, pas de personnages stéréotypés ou "bigger than life", une absence totale de manichéisme ou de discours. LA 317ème SECTION se montre beaucoup plus proche d'une oeuvre comme "Aventures en Birmanie" (Objective Burma, Raoul Walsh, 1946) l'un des meilleurs films du genre jamais tournés. En écrivant son roman puis en l'adaptant, Pierre Schoendoerffer savait de quoi il parlait. Engagé à 24 ans dans le Service Cinématographique des Armées (1952), il part pour l'Indochine où il fera partie des volontaires pour être parachuté sur Dien Bien Phu deux ans plus tard. Il y sera fait prisonnier à la chute du camp retranché. [Attention, révélations] Comme dans le film de Raoul Walsh pré-cité, l'ennemi de LA 317ème SECTION est quasi invisible, juste quelques silhouettes lointaines, mais omniprésent par la menace qu'il fait constamment peser sur les soldats qu'il traque. Les escarmouches s'avèrent aussi brèves que meurtrières. Le cinéaste oppose (mais sans dramatisation ni démonstration) le jeune Sous-Lieutenant Torrens, frais émoulu de Saint-Cyr Coëtquidan, plongé dans l'enfer de la guerre depuis seulement deux semaines et à l'inexpérience fougueuse, à l'Adjudant Willsdorf (nom que Schoendoerffer donnera plus tard à son "Crabe-Tambour" joué par? Jacques Perrin), vétéran de la deuxième guerre mondiale durant laquelle il a combattu sur le front russe sous l'uniforme de la Wehrmacht (alsacien, il y fut enrôlé de force) et depuis déjà huit ans dans le "merdier" indochinois. Lui sait tout de la guerre, il en connaît les pièges et les ruses et un respect réciproque s'installe petit à petit entre les deux hommes. La force du film ne réside jamais dans son inventivité scénaristique (il n'apporte rien de neuf par rapport à des centaines d'autres films du même genre) mais dans son incroyable parfum d'authenticité, sa crédibilité. Si l'on désire du grand spectacle à la "Apocalypse Now", on sera déçu. Schoendoerffer tourne résolument le dos au spectaculaire, au sentimentalisme, au pathos. La mort est filmée avec pudeur, presque avec résignation. Après tout, à Torrens qui lui dit "C'est dégueulasse", Willsdorf répond : "Qu'est-ce que ça veut dire, dégueulasse ? C'est la guerre." Même la mort de Torrens, personnage complexe au visage d'enfant avec ses problèmes de dysenterie, est filmée comme un non-événement, un de chute de plus. C'est tout sauf du mépris, bien sûr. Ceux qui restent vivants n'ont pas le temps de s'attarder, de s'accabler. Il leur faut continuer à avancer dans le "merdier", seule chance de tromper la Mort qui les talonne. Pour combien de temps ? Une voix "off" nous apprend que Willsdorf sera tué à son tour quelques années plus tard. Une autre guerre, un autre "merdier" : l'Algérie. Le film est parfaitement servi par Jacques Perrin et Bruno Cremer, confondants de naturel et de sobriété. Le caractère "brut" de LA 317ème SECTION, renforcée par le magnifique Noir et Blanc de Raoul Coutard, le garde supérieur au "Dien Bien Phu" du même réalisateur, film où le cinéaste s'était un peu perdu dans une démonstration parfois trop lourde (les scènes "civiles" alors que toutes les scènes militaires étaient très réussies). Un an après avoir achevé LA 317ème SECTION (tourné au Cambodge), Pierre Schoendoerffer repartit pour le Vietnam où il tourna un documentaire sur la guerre des GI's, film oscarisé, "La Section Anderson". Philippe Serve [Critique + affiche + photos : http://perso.club-internet.fr/pserve/La_317eme_section.html#317section] "Quand on est dans la merde jusqu'au cou, il ne reste plus qu'à chanter." (Samuel Beckett) Site perso cinema: Ecrans pour nuits blanches (http://perso.club-internet.fr/pserve) -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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