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The Soong Sisters - Mabel Cheung (1996)


  • Subject: The Soong Sisters - Mabel Cheung (1996)
  • From: Philippe Serve <pserve@club-internet.fr>
  • Date: 25 Aug 2003 16:55:03 GMT
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THE SOONG SISTERS

(Sung Ka Wongchiu (cantonais) / Song Jia Huangchao (mandarin))

Hongkong, 1996, de Mabel Cheung Yuen-ting, CL, 140'

Scénario: Alex Law Kai-yui
Photo : Arthur Wong
Musiques: Kitaro et Randy Miller
Production: Golden Harvest

Avec :
Maggie Cheung, Michelle Yeoh, Vivian Wu,
Jiang Wen, Winston Zhao, Kuo Chiu Wu,
Zhenhua Niu , Wu Xingguo

[La critique ne contient pas d'autre révélations que celles de 
l'Histoire puisqu'il s'agit d'une histoire vraie]

Les Trois S½urs

"De cette histoire ci à cette histoire là, il n'y a pas de fin-- De cette 
fin ci à cette fin là, il y a une histoire"

Pas un seul Chinois sans doute, qu'il réside en RPC, à Taiwan, à H-K ou 
dans le reste du monde, n'ignore l'histoire (véridique) et assez 
incroyable des trois s½urs Soong.
Filles de Charlie Soong (Jiang Wen), homme très riche ayant fait des 
études de théologie aux Usa avant de revenir au pays comme missionnaire 
et ami du révolutionnaire Sun Yat-sen (Winston Chao) qui établira la 
République en 1911 et que Soong aida dans ses projets politiques, 
imprimant ses tracts et le finançant, elles connurent des destins 
radicalement opposés après leur retour des Etats-Unis où leur père les 
avait envoyées faire leurs études au Wesleyan College de Macon en Georgie.
Lors de son départ, l'aînée, Ai-ling, est âgée de 14 ans. Les deux 
autres s½urs suivent 4 ans plus tard (le film les fait partir toutes 
ensemble). Les enfants restèrent plusieurs années aux Usa. Plus tard, 
tandis que l'aînée, Ai-ling (Michelle Yeoh), épouse H.H. Kung (Zhenhua 
Niu), l'homme d'affaire le plus riche du pays et très lointain 
descendant de Confucius, la deuxième s½ur, Ching-ling (Maggie Cheung) 
devient malgré l'opposition de son père l'épouse en 1915 de Sun Yat-sen 
de 26 ans son aîné (elle a 23 ans et lui 49) après avoir été sa 
secrétaire et l'avoir suivi dans son exil japonais (lorsque Yuan 
Shih-kai le remplace à la tête du pays et se déclare Empereur), 
entraînant reniement paternel et rupture d'amitié entre les deux hommes. 
Quant à la plus jeune, May-ling (Vivian Wu), elle cède au charme d'un 
certain officier à la renommée montante du nom de Chiang Kai-shek (Kuo 
Chiu-wu ) qui divorce et se convertit au christianisme pour elle avant 
de l'épouser en 1920.
Après la mort de Sun Yat-sen en 1925, Chiang Kai-shek prend le pouvoir, 
livre une lutte sans merci aux communistes qu'il exclue du Guomintang en 
1927, privilégiant cette guerre ci à celle contre les Japonais qui ont 
envahi la Chine, établissant un régime dictatorial et trahissant chaque 
jour un peu plus les idéaux démocratiques de Sun Yat-sen. Ching-ling 
décide alors de s'opposer à lui, militant pour une union nationale 
contre l'ennemi nippon et se rapprochant des communistes, tandis que 
Ai-ling soutient la politique droitière de son beau-frère dont H.H. Kung 
devient ministre des finances--
Après la victoire des communistes (1949), Ching-ling devient 
Vice-présidente de la nouvelle République Populaire de Chine (elle 
n'adhèrera cependant au PC que l'année de sa mort en 1981, recevant le 
titre de Présidente d'honneur du pays).
Sa jeune s½ur, May-ling, devient vite une véritable femme politique à 
l'influence grandissante et est la première Chinoise à parler devant le 
Congrès des USA. Accompagnant son mari dans sa retraite politique sur 
Taiwan qu'il dirigera d'une main de fer durant plus d'un quart de 
siècle, elle poursuit ses activités politiques et représentatives 
(Présidente du Comité International de la Croix-Rouge). Après la mort du 
"Generalissimo", elle émigre aux Usa où elle vit toujours, âgée de 106 ans--

Une telle histoire, on s'en doute, ne pouvait que faire le bonheur de 
romanciers et scénaristes. Et les différentes versions n'ont 
effectivement pas manqué. Avec sa formidable distribution, on pouvait 
attendre de Mabel Cheung qu'elle réalise un grand film politique. Hélas, 
c'est précisément sur le plan scénaristique que son film échoue en 
partie, la réalisatrice privilégiant les stricts rapports familiaux aux 
enjeux politiques fondamentaux que les trois s½urs ont toujours 
symbolisé. Pourtant ces enjeux étaient bel et bien passionnants. Il faut 
dire à la décharge de Mabel Cheung que les autorités de Pékin, via le 
Bureau du Cinéma (censure) et le Comité des Sujets Importants (sic), ne 
lui facilitèrent pas les choses (le film fut entièrement tourné en RPC). 
Des coupes furent exigées, 18 minutes de film passant à la trappe et il 
fallut d'interminables négociations pendant plus d'un an pour que 
l'½uvre voit enfin le jour. A l'arrivée, le film est réduit à son 
slogan (qui précédait le film, véritable dicton en Chine) : "L'une 
aimait l'argent (Ai-ling), la seconde le pouvoir (May-ling), la 
troisième son pays (Ching-ling)". Un côté saga familial simplifié à 
l'extrême et faisant fi de la complexité historique et politique d'un 
demi-siècle de la Chine.

Les intentions de Mabel Cheung et de son scénariste Alex Law 
étaient-elles plus ambitieuses au départ et se sont-ils retrouvés 
"coincés" entre les exigences et susceptibilités de la RPC d'un côté, de 
Taiwan de l'autre ? Si les deux régimes se réclament officiellement de 
l'héritage de Sun Yat-sen, l'homme qui fit chuter l'Empire, sa veuve et 
le couple Chiang Kai-shek ne sont, eux, pas perçus de la même manière de 
chaque côté du détroit. Certes, il est généralement admis par les 
historiens que Ai-ling, la s½ur aînée, était effectivement une femme 
redoutable en affaires. Mais son rôle, elle qui "choisit l'argent" et 
Hong-Kong en tournant le dos aux luttes idéologiques, aurait mérité 
d'être développé tant elle symbolise à elle seule la politique 
économique et financière de la péninsule.

On ne ressent pas assez à la vision du film les importances politiques 
respectives de  Ching-ling, appelée encore aujourd'hui "La Mère de la 
Chine", ni de May-ling, laquelle remplit une tâche très importante sur 
le plan diplomatique, véritable ambassadrice de la Chine puis de Taiwan 
partout dans le monde. De même, les trois s½urs apparaissent comme des 
icônes mais nous ne saurons rien de leur véritable individualité, de 
leur caractère intime, de leur psychologie ou de leur vie au jour le 
jour. En un mot, le film manque de subtilité.

Il faut ajouter au niveau du "passif" du film, le relatif échec des 
timides tentatives de présenter l'histoire sous divers points de vue 
(ceux des trois s½urs). Notons aussi l'impasse totale faite sur 
l'existence même des trois frères Soong qui, certes, ne jouèrent aucun 
rôle historique. Enfin, il faut ajouter que c'était la première fois 
qu'un film de H-K s'attaquait directement à une page de l'histoire 
chinoise contemporaine via une grosse production de style épique.

Si le film est donc en partie raté par rapport à ce qu'il aurait pu (dû) 
être, il réussit par contre pleinement sur le plan formel, s'avérant 
souvent magnifique. La reconstitution d'époque s'avère parfaite de bout 
en bout, les séquences s'enchaînent avec élégance sans sombrer dans 
l'académisme et de nombreux plans affichent une très grande beauté (les 
scènes d'enfance, le mariage de Ai-ling, l'atterrissage de nuit, la mort 
de Charlie Soong, etc.) La bande musicale, bien que parfois un peu 
démonstrative, est aussi à porter au crédit du film.

La distribution, très prestigieuse, tient ses promesses. Des trois 
actrices principales, Maggie Cheung s'impose comme la plus brillante 
tout comme Jiang Wen, remarquable en Charlie Soong et Kuo Chiu-wu qui 
compose un saisissant Chiang Kai-shek.

Malgré toutes les réserves formulées dans cette critique, THE SOONG 
SISTERS reste un film à voir et une invitation à aller plus loin afin de 
découvrir la passionnante et véridique histoire des "Trois S½urs".

Notes :

- le film a remporté les récompenses suivantes :

6 Hong-Kong Films Awards : meilleure actrice (Maggie Cheung), meilleure 
direction artistique, photo, meilleurs costumes et maquillages, 
meilleure musique originale, meilleur acteur de soutien (Jiang Wen).

3 Chevaux d'Or (Taiwan) :  meilleure direction artistique, meilleure 
musique originale, meilleurs effets sonores.

- Soong Ai-ling ("humeur plaisante") est née en 1890 et morte en 1973, 
Ching-ling ("humeur joyeuse") en 1892 et morte en 1981, May-ling ("belle 
humeur") en 1897. Cette dernière est toujours vivante.

[critique + une trentaine de photos + des photos des vraies s½urs Soong :
http://perso.club-internet.fr/pserve/The_Soong_Sisters.html]

Philippe Serve

"Plus le gingembre est vieux, plus il est piquant" (Expression chinoise)
Site perso cinema: Ecrans pour nuits blanches 
(http://perso.club-internet.fr/pserve)

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