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[Date Prev][Date Next][Date Index] The Soong Sisters - Mabel Cheung (1996)
THE SOONG SISTERS
(Sung Ka Wongchiu (cantonais) / Song Jia Huangchao (mandarin))
Hongkong, 1996, de Mabel Cheung Yuen-ting, CL, 140'
Scénario: Alex Law Kai-yui
Photo : Arthur Wong
Musiques: Kitaro et Randy Miller
Production: Golden Harvest
Avec :
Maggie Cheung, Michelle Yeoh, Vivian Wu,
Jiang Wen, Winston Zhao, Kuo Chiu Wu,
Zhenhua Niu , Wu Xingguo
[La critique ne contient pas d'autre révélations que celles de
l'Histoire puisqu'il s'agit d'une histoire vraie]
Les Trois S½urs
"De cette histoire ci à cette histoire là, il n'y a pas de fin-- De cette
fin ci à cette fin là, il y a une histoire"
Pas un seul Chinois sans doute, qu'il réside en RPC, à Taiwan, à H-K ou
dans le reste du monde, n'ignore l'histoire (véridique) et assez
incroyable des trois s½urs Soong.
Filles de Charlie Soong (Jiang Wen), homme très riche ayant fait des
études de théologie aux Usa avant de revenir au pays comme missionnaire
et ami du révolutionnaire Sun Yat-sen (Winston Chao) qui établira la
République en 1911 et que Soong aida dans ses projets politiques,
imprimant ses tracts et le finançant, elles connurent des destins
radicalement opposés après leur retour des Etats-Unis où leur père les
avait envoyées faire leurs études au Wesleyan College de Macon en Georgie.
Lors de son départ, l'aînée, Ai-ling, est âgée de 14 ans. Les deux
autres s½urs suivent 4 ans plus tard (le film les fait partir toutes
ensemble). Les enfants restèrent plusieurs années aux Usa. Plus tard,
tandis que l'aînée, Ai-ling (Michelle Yeoh), épouse H.H. Kung (Zhenhua
Niu), l'homme d'affaire le plus riche du pays et très lointain
descendant de Confucius, la deuxième s½ur, Ching-ling (Maggie Cheung)
devient malgré l'opposition de son père l'épouse en 1915 de Sun Yat-sen
de 26 ans son aîné (elle a 23 ans et lui 49) après avoir été sa
secrétaire et l'avoir suivi dans son exil japonais (lorsque Yuan
Shih-kai le remplace à la tête du pays et se déclare Empereur),
entraînant reniement paternel et rupture d'amitié entre les deux hommes.
Quant à la plus jeune, May-ling (Vivian Wu), elle cède au charme d'un
certain officier à la renommée montante du nom de Chiang Kai-shek (Kuo
Chiu-wu ) qui divorce et se convertit au christianisme pour elle avant
de l'épouser en 1920.
Après la mort de Sun Yat-sen en 1925, Chiang Kai-shek prend le pouvoir,
livre une lutte sans merci aux communistes qu'il exclue du Guomintang en
1927, privilégiant cette guerre ci à celle contre les Japonais qui ont
envahi la Chine, établissant un régime dictatorial et trahissant chaque
jour un peu plus les idéaux démocratiques de Sun Yat-sen. Ching-ling
décide alors de s'opposer à lui, militant pour une union nationale
contre l'ennemi nippon et se rapprochant des communistes, tandis que
Ai-ling soutient la politique droitière de son beau-frère dont H.H. Kung
devient ministre des finances--
Après la victoire des communistes (1949), Ching-ling devient
Vice-présidente de la nouvelle République Populaire de Chine (elle
n'adhèrera cependant au PC que l'année de sa mort en 1981, recevant le
titre de Présidente d'honneur du pays).
Sa jeune s½ur, May-ling, devient vite une véritable femme politique à
l'influence grandissante et est la première Chinoise à parler devant le
Congrès des USA. Accompagnant son mari dans sa retraite politique sur
Taiwan qu'il dirigera d'une main de fer durant plus d'un quart de
siècle, elle poursuit ses activités politiques et représentatives
(Présidente du Comité International de la Croix-Rouge). Après la mort du
"Generalissimo", elle émigre aux Usa où elle vit toujours, âgée de 106 ans--
Une telle histoire, on s'en doute, ne pouvait que faire le bonheur de
romanciers et scénaristes. Et les différentes versions n'ont
effectivement pas manqué. Avec sa formidable distribution, on pouvait
attendre de Mabel Cheung qu'elle réalise un grand film politique. Hélas,
c'est précisément sur le plan scénaristique que son film échoue en
partie, la réalisatrice privilégiant les stricts rapports familiaux aux
enjeux politiques fondamentaux que les trois s½urs ont toujours
symbolisé. Pourtant ces enjeux étaient bel et bien passionnants. Il faut
dire à la décharge de Mabel Cheung que les autorités de Pékin, via le
Bureau du Cinéma (censure) et le Comité des Sujets Importants (sic), ne
lui facilitèrent pas les choses (le film fut entièrement tourné en RPC).
Des coupes furent exigées, 18 minutes de film passant à la trappe et il
fallut d'interminables négociations pendant plus d'un an pour que
l'½uvre voit enfin le jour. A l'arrivée, le film est réduit à son
slogan (qui précédait le film, véritable dicton en Chine) : "L'une
aimait l'argent (Ai-ling), la seconde le pouvoir (May-ling), la
troisième son pays (Ching-ling)". Un côté saga familial simplifié à
l'extrême et faisant fi de la complexité historique et politique d'un
demi-siècle de la Chine.
Les intentions de Mabel Cheung et de son scénariste Alex Law
étaient-elles plus ambitieuses au départ et se sont-ils retrouvés
"coincés" entre les exigences et susceptibilités de la RPC d'un côté, de
Taiwan de l'autre ? Si les deux régimes se réclament officiellement de
l'héritage de Sun Yat-sen, l'homme qui fit chuter l'Empire, sa veuve et
le couple Chiang Kai-shek ne sont, eux, pas perçus de la même manière de
chaque côté du détroit. Certes, il est généralement admis par les
historiens que Ai-ling, la s½ur aînée, était effectivement une femme
redoutable en affaires. Mais son rôle, elle qui "choisit l'argent" et
Hong-Kong en tournant le dos aux luttes idéologiques, aurait mérité
d'être développé tant elle symbolise à elle seule la politique
économique et financière de la péninsule.
On ne ressent pas assez à la vision du film les importances politiques
respectives de Ching-ling, appelée encore aujourd'hui "La Mère de la
Chine", ni de May-ling, laquelle remplit une tâche très importante sur
le plan diplomatique, véritable ambassadrice de la Chine puis de Taiwan
partout dans le monde. De même, les trois s½urs apparaissent comme des
icônes mais nous ne saurons rien de leur véritable individualité, de
leur caractère intime, de leur psychologie ou de leur vie au jour le
jour. En un mot, le film manque de subtilité.
Il faut ajouter au niveau du "passif" du film, le relatif échec des
timides tentatives de présenter l'histoire sous divers points de vue
(ceux des trois s½urs). Notons aussi l'impasse totale faite sur
l'existence même des trois frères Soong qui, certes, ne jouèrent aucun
rôle historique. Enfin, il faut ajouter que c'était la première fois
qu'un film de H-K s'attaquait directement à une page de l'histoire
chinoise contemporaine via une grosse production de style épique.
Si le film est donc en partie raté par rapport à ce qu'il aurait pu (dû)
être, il réussit par contre pleinement sur le plan formel, s'avérant
souvent magnifique. La reconstitution d'époque s'avère parfaite de bout
en bout, les séquences s'enchaînent avec élégance sans sombrer dans
l'académisme et de nombreux plans affichent une très grande beauté (les
scènes d'enfance, le mariage de Ai-ling, l'atterrissage de nuit, la mort
de Charlie Soong, etc.) La bande musicale, bien que parfois un peu
démonstrative, est aussi à porter au crédit du film.
La distribution, très prestigieuse, tient ses promesses. Des trois
actrices principales, Maggie Cheung s'impose comme la plus brillante
tout comme Jiang Wen, remarquable en Charlie Soong et Kuo Chiu-wu qui
compose un saisissant Chiang Kai-shek.
Malgré toutes les réserves formulées dans cette critique, THE SOONG
SISTERS reste un film à voir et une invitation à aller plus loin afin de
découvrir la passionnante et véridique histoire des "Trois S½urs".
Notes :
- le film a remporté les récompenses suivantes :
6 Hong-Kong Films Awards : meilleure actrice (Maggie Cheung), meilleure
direction artistique, photo, meilleurs costumes et maquillages,
meilleure musique originale, meilleur acteur de soutien (Jiang Wen).
3 Chevaux d'Or (Taiwan) : meilleure direction artistique, meilleure
musique originale, meilleurs effets sonores.
- Soong Ai-ling ("humeur plaisante") est née en 1890 et morte en 1973,
Ching-ling ("humeur joyeuse") en 1892 et morte en 1981, May-ling ("belle
humeur") en 1897. Cette dernière est toujours vivante.
[critique + une trentaine de photos + des photos des vraies s½urs Soong :
http://perso.club-internet.fr/pserve/The_Soong_Sisters.html]
Philippe Serve
"Plus le gingembre est vieux, plus il est piquant" (Expression chinoise)
Site perso cinema: Ecrans pour nuits blanches
(http://perso.club-internet.fr/pserve)
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