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[DOSSIER] Introduction au scenario


  • Subject: [DOSSIER] Introduction au scenario
  • From: Spontex <spontex@dvdtoile.com>
  • Date: 11 Sep 2003 13:45:03 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.discussion,fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Guest of ProXad - France
  • Sender: modappbot@dspnet.fr.eu.org
  • Xref: unknown fr.rec.cinema.discussion:17499 fr.rec.cinema.selection:144

[Note : Utilisez une police de caractères à chasse constante pour lire 
cette article, car les schémas sont lisibles uniquement ainsi. L'adresse 
de la version HTML est donnée à la fin de l'article.]


PLAN DE L'ARTICLE :

Introduction au scénario
1°) La structure
A – Structure « ternaire »
B – Les blocs narratifs
C – Quelques remarques
   - Axe dramatique et axe thématique
   - Histoire principale et secondaire

2°) Les personnages
A – Les rapports des personnages
B – La psychologie
C – Quelques remarques
   - Show don't tell
   - Les personnages secondaires
   - La fin justifie les moyens





INTRODUCTION

Dans ce dossier, nous ne voulons pas faire un manuel de scénario et 
encore moins établir une charte de « règles de bonne conduite » qui nous 
permettrait d'évaluer ou non la réussite d'un scénario. Notre but est de 
faire une petite synthèse de la réflexion actuelle,pratique et 
théorique, du scénario que l'on peut trouver à travers un grand nombre 
de livres sur le sujet. Si la forme que nous proposons est pédagogique, 
c'est uniquement parce qu'elle s'est imposée comme étant la plus pratique.
Nous prendrons aussi un exemple concret pour être plus clair tout le 
long de cet exposé. Le choix s'est posé sur les dents de la mer car il a 
le mérite d'être connu de beaucoup, si ce n'est de tous et de posséder 
une simplicité de narration agréable.

En France, aussi bien dans le milieu étudiant que dans le milieu 
professionnel, on a souvent droit à une soupe de grimaces dès qu'on 
parle de « règles » de scénario, de « techniques » scénaristiques. Car, 
c'est bien connu, pour savoir écrire un bon scénario, il suffit de se 
promener sur des plages balayés par le vent, avec un soleil recouvert de 
nuages lourds, se plonger au plus profond de soi-même et ressortir ses 
tripes. Ah! Que la vision romantique de l'écriture est terrible pour le 
cinéma français! Allons plus loin: une fois que vous Ítes prêts à « 
sortir vos tripes », allez vous asseoir sur le siège des toilettes pour 
écrire, ce sera mieux! L'image cette fois ne vient pas du Romantisme, 
mais de Harry, un ami qui vous veut du bien grand hommage au cinéma 
français.
Si Hollywood est condamnable sur bien des plans, il faut reconnaître au 
moins une chose : leurs films sont généralement bien fichus. Même quand 
c'est vide, niais, on ne s'ennuie (presque) jamais et le spectacle est 
au (presque) toujours rendez-vous. Autrement dit, au pire des cas, le 
film tient durant la durée de son récit. Ce n'est qu'en se levant, en 
regagnant la sortie, qu'on se rend vraiment compte de la platitude du 
film. Film pop-corn, aussitôt vu, aussitôt oublié.
En France (et je suis à peine provocateur), on pourrait dire que même 
quand le film est très bon, il est rare qu'il n'y ait pas des longueurs, 
de l'ennui voire des incohérences.
De là, la constatation que les techniques scénaristiques, 
essentiellement décrites par les américains, ont fait leur preuve. 
Quoique non-suffisante pour faire un bon film, elle sont toutefois 
nécessaires
Pour s'en convaincre, une anecdote. Un des plus talentueux professeur de 
scénario français, Pierre Jenn faisait ses cours de la sorte: plusieurs 
semaines de cours théoriques et ensuite les étudiants faisaient chaque 
semaine l'analyse de deux oeuvres. Un film et une pièce de théâtre de 
leurs choix. Le plus troublant, ce n'était pas de constater qu'on 
retrouvait les mêmes structures, les mêmes fonctionnements dans tous les 
films, mais de voir qu'on les retrouvait aussi dans les oeuvres de 
Racine, Shakespeare, Musset et autres. Dès lors, impossible de ne pas 
reconnaître une certaine vérité dans ces règles. (Suivant cette idée, 
nous mettrons en annexe (et progressivement) des analyses de pièces de 
théâtres et de films...)
Face à l'existence de ces techniques, plusieurs questions se posent.

1°) S'il existe des règles de narration et qu'on les retrouve chez tous 
les grands auteurs, cela veut donc dire qu'ils connaiss(ai)ent ces 
règles et les appliqu(ai)ent par pure conscience?

Non et oui. Non, car raconter une histoire, écrire une pièce de théâtre 
ou réaliser un film ne se fait pas d'une manière innée. Tous les auteurs 
ont déjà lu des livres, vu des films avant d'écrire. Autrement dit, ils 
ont une culture narrative, ils sont culturellement formés à des formes 
de récits qui respectent ces règles. Il est tout naturel que leurs 
écrits vont se calquer sur ces formes là.
Oui, car ces « règles » de narration sont tout de même fort connues, 
(elles sont exposé pour la première fois dans la Poétique d'Aristote) et 
il est rare de ne pas voir des auteurs, face à des problême rencontrés, 
recourir à des analyses qui font appels, consciemment ou non, à ces règles.
Encore une fois, ces « règles d'écritures » ne sont pas des lois qui 
auraient été imposés par telle ou telle personne. Elles relèvent plus de 
formules mathématique dans le sens où elles ne font que mettre en valeur 
une existence préalable.

2°) Faut-il connaître ces règles pour bien écrire? Faut-il les appliquer 
consciencieusement?

Ces règles ne sont pas des recettes de cuisines. On ne peut pas 
construire un récit en ayant le nez tout le temps penché dessus. On 
risque de s'imposer une auto-censure des plus inhibante. Encore une 
fois, il faut faire suffisant confiance en leurs bienfondés pour savoir 
les oublier quitte à les convoquer après, quand un souci émerge durant 
l'écriture. Une des méthodologies d'écriture les plus efficaces est 
celle que suggère Stephen King dans Ecritures. Il conseille une « 
première écriture porte fermée » et une « réécriture portes ouvertes ». 
Autrement dit, il conseille d'écrire une première version sans se 
soucier de ces règles, en se laissant aller à son imaginaire et ses 
envies, accepter de suivre des personnages là où ils veulent aller. 
Ensuite, reprendre le texte (il suggère díattendre 6 semaines pour 
oublier un peu l'histoire) en se posant des questions, en écoutant ce 
que les autres (imaginaires) de l'extérieur, peuvent dire et penser.

3°) Y a-t-il des films réussis dans lesquels ces règles ne sont pas 
respectées ?

Oui. Car ces techniques concernent uniquement les films narratifs, les 
films qui racontent une histoire. Tout le cinéma expérimental, par 
exemple, peut très bien s'affranchir totalement de cette nécessité 
narrative, avec toutefois un prix à payer : le commun des mortels, 
formés culturellement à la narration classique, risque de ne pas suivre, 
de ne pas comprendre. Là est sans doute l'explication du caractère « 
underground » ou « non-populaires » de films qui pourtant possèdent de 
vrais intérêts cinématographiques.
Cela dit, même dans le cinéma narratif, on voit de temps à autres des 
films qui tentent de tordre un peu le cou à ses règles. Ainsi, l'adage 
comme quoi « les règles sont faites pour être transgressées » peut 
fonctionner aussi au niveau de la narration, même s'il vaut toujours 
mieux être conscient des transgression qu'on opère pour pouvoir en tirer 
le maximum. La narration de Psychose, pour n'en citer qu'un, est un 
exemple parfait de transgression des règles d'exposition d'un récit. On 
part sur un personnage (Marion Crane) présenté comme le personnage 
principal du film. On découvre son « problème »: elle ne peut épouser 
l'homme qu'elle aime car elle manque d'argent. Elle vole de l'argent et 
fuit dans le désert. Le spectateur a toutes les informations pour 
s'installer dans un film classique qui peut tourner, soit au road movie 
soit au drame psychologique. Seulement, à la fin du premier acte, Marion 
est sauvagement tuée et on bascule dans une histoire à laquelle rien ne 
pouvait nous préparer...

STRUCTURE DU RECIT


A – LA STRUCTURE TERNAIRE DU RÉCIT

Depuis Aristote, l'on sait qu'un récit doit comporter un début, un 
milieu et une fin. Si Aristote est le premier à l'avoir analysé et 
enseigné, cette structure narrative date de bien avant lui.
Aristote n'a pas sortie cette formule de la cuisse du Jupiter. Il l'a 
déduite d'analyses de pièces de théâtre pré-existantes qui reprenaient 
cette construction ternaire.
On peut même croire, sans mal, que cette structure date de bien avant, 
et qu'elle s'est établi assez vite, à mesure même que l'humanité s'est 
mise à raconter des histoires. On ne rentrera pas dans des spéculations 
ethno-psychiatriques, mais il y aurait à chercher la raison de cette 
évidence ternaire dans le fait qu'elle correspond intimement à la vie de 
l'humanité: enfance/adulte/vieillesse.

Avant de voir cette structure, quelques évidences ne doivent pas être 
oubliées. Une histoire doit se dérouler naturellement, c'est-à-dire 
qu'elle doit couler de source, sans que rien ne choque, comme si 
justement, il n'y avait pas d'auteur derrière qui tire les ficelles. 
Ainsi, les actions des personnages doivent être cohérentes par rapport à 
leur psychologie et les actions doivent être cohérentes par rapport à la 
situation dans laquelle ils se trouvent. Toute intervention «divine» du 
scénariste risque de casser la cohérence du film.
Les actions du film doivent être aussi vraisemblables. Attention, le 
vraisemblable n'est pas le vrai. Le vraisemblable relève du «on y croit» 
et le vrai du «c'est arrivé». Un fait divers extraordinaire et véridique 
peut être invraisemblable dans un film. Inversement, quelque chose de 
faux peut très bien être vraisemblable: tous les films fantastique et de 
science-fiction en sont la preuve.
Dernier point, chaque scène doit être nécessaire. Autrement dit ce qui 
n'est pas nécessaire à l'avancée du récit, n'a pas de raison d'être. Et 
cela est valable, monsieur Kassowitz, même pour les scènes de Karaté en 
pleine montagne !

Le début.
Cette formule simpliste du « début, milieu, fin » est plus complexe 
qu'elle n'en a l'air puisqu'elle pose vite des questions comme «Quand 
passe-t-on du début au milieu ? Ou du milieu à la fin? Que faut-il 
mettre dans le début? le milieu? et la fin?
Le Début (ou l'exposition au théâtre, ou l'acte I d'une pièce en trois 
acte) est le moment durant lequel on expose les personnages principaux 
qui vont intervenir dans le récit, ainsi que le ton et le genre de récit 
qui vont être développé.
Dans un film, ce début dure une petite trentaine de minutes pendant 
lesquelles on sait que le spectateur développe une attention 
particulièrement exercée, une tolérance particulièrement grande à 
accepter un grand nombre d'informations. Il est vierge de toute attente, 
ce qui ne sera plus le cas pour la suite.
Dans cette exposition, un moment est particulièrement intéressant, c'est 
le point d'attaque du récit, c'est-à-dire à quel moment prenons-nous 
l'histoire. Il ne doit pas être innocent et doit contribuer à capter 
très vite l'attention du public, donner le ton du film. Un défaut de 
débutant est généralement de faire ce début très long, trop long, 
autrement dit de n'avoir pas su trouver le bon point d'attaque de son 
histoire. David Mamet conseille d'ailleurs, lors de la première 
réécriture d'essayer tout bonnement de couper tout ce début. La formule 
est un peu exagérée, mais elle a le mérite de bien montrer qu'il est 
souvent possible de commencer l'histoire généralement plus tard sass 
pourtant rien perdre de la comphréhension des personnages et de leurs 
motivations.
George Lucas ne fait pas autrement quand il écrit La guerre des étoiles 
et qu'il s'invente une histoire entière avant de commencer son propre 
film. Il évite ainsi d'avoir à expliquer trop, c'est-à-dire à exposer trop.
Sydnet Lumet, lui, prend un soin très particulier (il n'est pas le seul) 
au générique du film qui lui permet par une présentation particulière, 
par la musique notamment, de donner tout de suite le ton du film, 
indiquer s'il s'agit d'un drame, d'une comédie policière ou d'un thriller.
Les défauts courants de cette exposition, c'est justement de trop 
exposer, de trop expliquer les personnages. Un des "trucs" de scénario 
consiste de ne pas griller toutes ses cartes en même temps. Il faut 
donner au spectateur les cartes nécessaires pour qu'il puisse suivre 
l'action, mais pas forcément tout révéler de ses personnages. Ne vaut-il 
pas mieux garder de quoi faire quelques révélations qui permettront 
quelques belles scènes ? Ainsi on peut dire que, au fond, on a tout le 
film pour exposer ses personnages !
Le second défaut consiste à créer des scènes uniquement pour présenter 
les personnages. L'idéal, c'est toujours d'exposer dans l'action».
Ainsi voici deux questions qu'on peut se poser après avoir écrit une 
scène, la première c'est de se demander « Qu'est-ce qu'on apprend de 
nécessaire sur les personnages et la situation» ? Et puis surtout 
«Est-ce qu'il y a de la tension dans cette scène» ? Rien de plus 
désagréable qu'une scène purement expositionnelle.
Le point d'attaque des Dents de la mer est devenu mythique. Des jeunes 
boivent sur la plage, la tension sexuelle grandit. Un jeune homme et une 
jeune femme courent pour aller se baigner nus dans la mer nocturne. Le 
jeune homme est trop ivre et dort sur la plage. La jeune femme est 
attaquée et avalée par l'océan. Difficile de faire plus fort comme début 
de film !
Durant tout le début du film, on nous présente la ville balnéaire, le 
Chef Brody, qu'on apprend être un flic qui vient juste de la ville et 
qui souhaite une ville tranquille pour sa famille. On découvre ses 
enfants, sa femme, le maire, les villageois. Tout de suite aussi, Brody 
est en action : il est convaincu que la mort de la jeune femme est d?e à 
une attaque de requin, se bat comme un beau diable pour que la 
communauté le reconnaisse. En vain. On découvre même sa faiblesse quand 
il se range vite à l'avis de la police et du maire pour «étouffer 
l'affaire».

Le Milieu.
Le passage du début au milieu se fait avec l'arrivée de ce que les 
américains appellent un premier Turning Point (TP1) qu'on pourrait 
grossièrement traduire par «renversement de situation». Seulement ce 
terme est quelque peu réducteur : si un renversement de situation est un 
TP, le TP n'est pas forcément un renversement de situation. Il s'agit 
soit d'un événement extérieur majeur soit d'une action majeure du 
personnage principal, qui change les données de départ et le force à 
entreprendre quelque chose. D'un point de vue "philosophique", on 
pourrait dire qu'un équilibre a été cassé et que le personnage devra 
tenter de le rétablir (ou d'en rétablir un autre).
Maintenant, le personnage a quelque chose à accomplir et cet 
accomplissement constituera tout le milieu du film, et tout son intérêt 
dramatique. Cette idée de tension dramatique qui doit peser sur le 
personnage se retrouve dans cette autre appelation du Milieu et qui est 
le terme de «noeud de l'intrigue»
Le spectateur a changé aussi de psychologie. Il sait maintenant dans 
quel genre sera le film, quels sont les données de départ. Sa tolérance 
baisse. Il veut voir maintenant le personnage en action. En action et en 
respect par rapport à ce qu'on lui a donné comme cartes dans l'exposition !
Le TP1 des Dents de la mer est la seconde attaque du requin. Maintenant, 
le danger est reconnu et incontournable. L'action globale du film 
devient maintenant clair : il faut tuer le requin. Au niveau du 
personnage, celui qui rêvait de calme dans cette petite ville va devoir 
renoncer au calme rêvé et passer à l'action. Lui qui était un peu 
effacé, faible, va devoir faire preuve d'héroîsme.

La Fin.
Le passage du milieu à la fin (la résolution) se fait par l'arrivée du 
second Turning Point TP2. Le personnage a fini d'agir. Il s'est 
confronté à son problème et a soit échoué soit réussi. Dans les deux cas 
de figures, l'équilibre qui a été détruit avec premier Turning Point est 
rétabli avec le second Turning Point. Même équilibre ou équilibre différent.
Le TP2 des Dents de la mer correspond au moment où les trois hommes 
affrontent le requin d'une manière définitive. Le retour à l'équilibre 
est réduite à son minimun avec deux scènes. La discussion entre Hoover 
et Brody et les deux qui nagent et atteignent la rive.

On peut représenter de manière visuelle cette structure :

---  (point d'attaque du récit)
  |	
  |		DEBUT/EXPOSITION/ACTE I
  |
TP1  (rupture d'un équilibre)
  |
  |		MILIEU/NOEUD/ACTE II
  |
TP2  (retour à un équilibre)
  |
  |		FIN/R...SOLUTION/ACTE III
  |
---- (Fin)



Pour le cas des Dents la mer cela donne :

  ---  (Une jeune femme est tuée dans la mer)
  |
  |		Présentation de la ville balnéaire, du chef Brody
  |		qui tente d'empêcher les baignades
  |		
  |		
TP1---> (Seconde attaque, impossible à nier le requin)
  |
  |		Il faut définitivement tuer le requin. Brody,
  |		vexé de sa faiblesse doit se racheter. Malgré
  |		sa peur de l'eau, il part en mer.
  |
TP2---> (Brody tue le requin)
  |
  |		La paix revient en mer. La ville est en sécurité.
  |		
  |		
  |
---- (Générique)



Le point de nouement maximum (PNM) et point de non-retour (PNR)
Ces termes et ce à quoi ils correspondent ne sont pas vraiment présent 
dans le texte d'Aristote (sauf peut-être le point de nouement maximum).
Toutefois, on a remarqué qu'avant le retour à un équilibre nouveau, il y 
a un événement qui oblige le personnage à régler son problème. Bien 
évidemment, comme il s'agit du moment le plus fort du film, on se 
débrouille pour que ce moment dure le plus longtemps possible et qu'il 
gère supense et tension. C'est ce moment fort, ce climax que Pierre Jenn 
appelle le Point de Nouement Maximum (PNM).
Dans les films de genre, ce point nouement maximun constitue toujours à 
l'affrontement final entre le héros et le méchant. Dans les western, il 
s'agit du duel final au milieu de la rue principale déserte, et dans les 
films policiers, l'affrontement dans un lieu abandonné à l'architecture 
complexe qui permet de bien se cacher et faire durer le suspens.
Le PNM des Dents de la mer correspond au moment où le bateau tombe 
définitevement en panne. La tension est au maximum car ils n'ont pas 
d'autre choix que d'affronter le requin. Ici et maintenant. Plus moyen 
de fuir l'affrontement final, et bien évidemment impossible de faire 
machine arrière. Ils essayent la cage de Hoover, qui est échec. Le 
requin attaque, croque Quint. Brody lance une bonbonne d'oxygène, dans 
la bouche du requin, essaye de tirer. Rate, puis réussit. C'est le clou 
du film, comme tout Climax ou PNM mérite de l'être.
Pierre Jenn, a mis aussi en avant le terme de Point de non-retour (PNR) 
qui joue un peu le même rôle que le PNM (climax). Il a remarqué qu'il y 
a toujours, vers le milieu du récit, c'est-à-dire vers le milieu de 
l'acte II, un moment donné où il «se passe quelque chose» qui fait que 
le personnage principal ne peut plus revenir en arrière, qu'il est 
obligé d'aller de l'avant.
Du coup, si le TP1 peut se définir comme une mise en marche du 
personnage, on peut définir le PNR comme son impossibilité à revenir en 
arrière (autrement dit une condamnation à avancer) et le PNM comme une 
impossibilité même d'avancer plus en avant (autrement dit la 
condamnation à affronter définitivement le problème). Le personnage est 
coincé, la tension est forcément à son climax.Le TP2 est un retour à un 
équilibre.
Le PNR des Dents de la mer correspond au moment où les trois héros 
partent en mer. On devine dès lors (notamment par le plan où l'on voit 
le bateau partir à travers la machoir du requin) qu'ils ne pourront plus 
revenir en arrière. Un pas est maintenant franchi, irrémiablement
Encore une fois, cette révélation de ce PNR et du PNM (qui divisent le 
milieu en trois parties) n'est pas une création, mais une découverte. 
Ces 5 parties correspondent ainsi au théâtre en cinq actes.
On peut reprendre notre schéma et le transformer ainsi, d'une manière 
complète:

                   ---  (point d'attaque du récit)
                    |	
   EXPOSITION       |                 ACTE I
  	           |
---------------   TP1---------------
                    |
                    |                 ACTE II	
                    |
                   PNR---------------
                    |
    NOEUD           |		     ACTE III
                    |		
                   PNM ---------------
                    |
                    |		     ACTE IV
                    |
---------------   TP2---------------
                    |
  RESOLUTION        |                ACTE V
                    |
                   --- (Fin)



Pour les dents de la mer, on obtient une structure très complète.

                   ---  (Une jeune femme est tuée dans la mer)
                    |	
   EXPOSITION       |    ACTE I: Présentation de la ville balnéaire, du
  	           |	chef Brody qui tente et échoue d'interdire les 

                    |    baignades.	
                    |
---------------   TP1---> (Seconde attaque, impossible à nier le requin)
                    |
                    |	ACTE II: Les vllageois tentent de régler le
                    |    probleme depuis la terre... Seulement les morts
  	           |    continuent.
                   PNR---> (Brody, Hoover et Quint partent en mer)
                    |
    NOEUD           |    ACTE III : les trois hommes se confrontent entre
                    |	eux et se confrontent au requin...	
                    |
                   PNM ---> (Le bateau coule. Il faut affronter le
                    |        requin)
                    |	ACTE IV : Face à face. Hoover échoue, Quint
                    |    est croqué. Brody, seul, tue le requin.
                    |
---------------   TP2---> (Brody tue le requin)
                    |
  RESOLUTION        |    ACTE V : Hoover revient après la tempête. Ils
                    |    font un radeau et rentrent sur la côte.
		   |
                   --- (Fin)



B - STRUCTURE EN BLOCS NARRATIFS

A l'intérieur de cette structure ternaire en cinq parties (sic) se 
trouve une autre structure encore plus précise : la structure en blocs 
narratifs.
Cette sous-structure apparaît d'une manière clairement reconnu dans un 
scénario comme Certains l'aiment chaud de Billy Wilder. On retrouve la 
présentation classique en scènes, mais aussi une autre présentation en 
A.B.C.D. etc, qui correspond à des centres d'intérêts différents, des 
mini-action cohérente et formant un tout à l'intérieur même de l'action 
principale du film dans son ensemble.
Ces blocs font avancer l'action d'un manière cohérente, permettant de 
cacher les procédés narratifs de l'auteur pour les rendre « naturel ».
Ces blocs narratifs sont structurés eux aussi de manière ternaire (avec 
un début, un milieu, une fin, avec le TP1, PNR, PNM et TP2). Dans les 
pièces classiques, chaque acte est généralement construit en un bloc 
narratif. Une pièce de cinq actes contient donc 5 blocs narratifs. Cela 
dit, rien n'oblige à une telle correspondance. On peut très bien avoir 
plus ou moins de 5 blocs narratifs, voire même, un bloc qui recouvri la 
fin de l'exposition et continue sur le nœud...
Dans l'absolu, donc, les blocs narratifs sont indépendants de la 
structure ternaire global.
Chaque bloc est centré et organisé autour d'une action principale qui 
enchaînera sur une autre, dans un crescendo qui tiendra l'action, les 
personnages jusqu'à la fin du film.
Pour le cas des Dents de la mer, on retrouve cinq blocs narratifs :
Bloc A
Une jeune femme et un jeune homme décident de se baigner en pleine nuit. 
La jeune femme disparaît. Le lendemain, Chef Brody, juste arrivé de la « 
grande ville » s'installe dans sa vie peinarde. Il reçoit un appel le 
convoquant à la plage.
TP1 : Un cadavre dévoré a été retrouvé sur la plage.
Au milieu des affaires courantes, Brody attend le résultat de l'analyse 
du corps par le médecin... Le médecin opte pour la mort par requin.
PNR : Brody décide de fermer les plages.
L'apprenant, le Maire et la mairie ne peuvent tolérer un tel manque à 
gagner et font pression sur Brody...
PNM : Sous la pression du Maire, le Médecin change sa déclaration.
Brody ne peut plus rien faire.
A la plage, il surveille avec la peur incessante qu'il se passe quelque 
chose.
TP2 : Un enfant est tué sauvagement.
La présence du requin n'est plus niable. Brody culpabilise. Le maire qui 
voulait éviter un scandale nage en plein dedans.

Bloc B
Le conseil municipal se réunit pour lutter contre le requin alors que la 
mère de l'enfant propose une prime pour le corps du requin.
TP1 : Brody peut enfin fermer les plages.
Seulement, la sécurité ne revient pas pour autant, car les pécheurs 
essayent de prendre le requin... Brody reçoit l'aide de Hoover, 
spécialiste en requin.
PNR : Un gros requin est attrapé.
Tout semble rentrer dans l'ordre pour la Mairie qui peut, dès lors, 
rouvrir les plages. Hoover n'est pas convaincu qu'il s'agisse du même 
requin. De nuit, il en a la preuve car le ventre du requin tué est vide 
et qu'il y a eu une nouvelle attaque durant la nuit.
PNM : Le maire refuse de croire Hoover et Brody
Le 4 juillet arrive et malgré les mesures de sécurité, un autre drame a 
lieu : dans l'étang, un homme est bouffé par le requin devant les yeux 
des enfants de Brody.
TP2 : Le maire est catastrophé et dépassé par les évènements.
Brody obtient du maire qu'il signe l'engagement de Quint.

Bloc C
Préparatifs du départ et première rivalités entre les trois hommes. 
Brody fait preuve d'autorités et oblige Quint les accepter à bord.
La vie en communauté commence et...
TP1 : Ça mord sur la ligne.
Un premier contact a lieu. Les différences entre Quint et Hoover 
grandissent sur ce qu'ils ont vraiment appaté.
PNR : Le Requin se laisse voir.
Il est plus grand que prévu. Tout le monde a peur, mais Quint est 
confiant. Première chasse, premier barril mis sur le dos du requin et 
insubordination de Hoover.
PNM : Durant la nuit, le requin attaque.
Panique à bord. Pas de lumière. Voie d'eau. Le moteur est cassé.
CD2 : Réparation.
Le bateau est abîmé mais pas détruit.

Bloc D
Brody veut rentrer, mais Quint refuse. Le requin revient. Nouvel 
affrontement. Panique de Brody qui veut appeler des secours.
TP1 : Quint casse la radio.
La bataille reprend. Hoover commence à douter de l'issue de la 
confrontation. Quint décide de ramener le requin et de l'épuiser en le 
traînant.
PNR : Ils amarrent le requin.
Seulement le requin est plus fort que ce qu'ils croient et c'est lui qui 
tire le bateau, noyant le moteur. Tout est inversé. Les chasseurs sont 
devenus les chassés.
PNM : Ils tentent de rentrer chez eux.
Course poursuite, mais malheureusement :
TP2 : Le bateau tombe définitivement en panne.
Le face à face est inévitable.

Bloc E
Que faire ? Les trois hommes repassent les possibilités. Une seule 
solution :
TP1 : Hoover descend dans sa cage en fer.
Evidemment, c'est le fiasco. Le requin bouffe la cage en fer.
PNR : Nouvelle attaque du requin : Quint est avalé.
Seulement le requin est plus fort que ce qu'ils croient et c'est lui qui 
tire le bateau, noyant le moteur. Tout est inversé. Les chasseurs sont 
devenus les chassés.
PNM : Face à face entre le requin et Brody.
Brody est seul. Il frappe le requin avec une bombonne d'oxygène que le 
requin avale. Brody se met en position pour viser la bouteille et faire 
exploser le requin. Il tire, une fois deux, fois. Le bateau penche de 
plus en plus. Le requin est presque sur lui. Soudain :
TP2 : Quint fait mouche et tue le requin.
Hoover remonte à la surface et rentre avec Brody à la nage.

C – QUELQUES REMARQUES

Dramatique et Thématique

Tout récit comporte deux axes. Un axe dramatique (toutes les actions qui 
se succèdent dans le film) et un axe thématique (le thème du film, la 
vision de l'auteur) que l'on peut généralement résumer en une phrase.
Pour Les dents de la mer, cette proposition dramatique pourrait être 
quelque chose comme : « Un policier inexpérimenté lutte pour essayer de 
tuer un requin ». La proposition thématique serait « c'est en puisant au 
fond de son être qu'on peut faire des exploits ».
Le rapport du dramatique au thématique est de telle sorte que le 
thématique émerge peu à peu du dramatique pour apparaître généralement 
avec le plus de force lors du point de nouement maximum du film.

Histoire principale et histoire secondaire

On dit généralement que pour tout récit, il faut une histoire principale 
et une secondaire. L'histoire principale est alors généralement dédiée à 
l'action, à l'axe dramatique, alors que l'histoire secondaire est 
consacré à l'axe thématique en développant une « histoire de personnage 
» qui se déroule à côté de l'histoire principale.
Un classique du genre serait : histoire principale = une trame policière 
; histoire secondaire = histoire d'amour du héros-flic avec la 
belle-témoin. C'est le cas de Witness, Traquée, Étroite surveillance, 
etc. Par contre, si l'histoire est peut-être très similaire, les thèmes 
développés peuvent être très différents. Par exemple, sur une même 
histoire, le thème de Witness serait quelque chose comme « une histoire 
d'amour est impossible entre deux personnes de milieu très opposés ». 
Alors que celle d'Étroite surveillance serait : « entre l'amour et le 
travail, on finit toujours pas céder à l'amour ».
On remarquera que ce système de double histoire est un bienfait 
essentielement pour les films de genre, donc pour les films 
hollywoodiens. Si les auteurs n'ont pas vraiment de liberté dans leur 
histoire principale qui sont finalement souvent les mêmes (calibrés, 
surveillés, etc), c'est dans l'histoire secondaire et les thèmes abordés 
qu'ils ont finalement une liberté. Il suffit de se plonger totalement 
dans un genre (le western) pour se rendre compte qu'un réalisateur, dans 
un conformisme d'histoire, peut finalement développer une vraie patte.
Cela permet aussi de réfléchir à l'attente que l'on peut avoir d'un film 
et du travail que l'on peut exiger d'un metteur en scène. Dire pour un 
spectateur que seul l'histoire compte, est une erreur, puisque 
finalement, c'est un peu toujours les mêmes histoires auxquelles on a 
droit. En réalité, c'est moins l'histoire que les personnages décrits 
dans leurs complexité qui touchent et rendent un film réussi ou non.
Toutefois il faut signaler que ces deux histoires, principale et 
secondaire, ne sont pas obligatoires. L'exemple le plus connu d'absence 
d'histoire secondaire est Roméo et Juliette de Shakespeare.
Pour ce qui est des Dents de la mer, l'histoire principale est : comment 
Brody va réussir à résoudre le problème du requin. L'histoire secondaire 
est : comment, en se confrontant avec Quint et Hoover, Brody va réussir 
à dépasser ses propres terreurs.

LES PERSONNAGES


A - LES RAPPORTS DES PERSONNAGES

Pour raconter une histoire, il faut des personnages.
C'est chez le semanticien A.J Greimass que l'on a la présentation la 
plus synthètique du rapport des Personnages. Nous avons mis ici une 
majuscule à personnage car il s'agit de fonctions narratives, 
c'est-à-dire que ces Personnage peuvent être soit un individu soit un 
groupe qui remplit une même fonction, c'est-à-dire qui poursuit un même but.
Dans les 7 samouraïs ou les 7 mercenaires, par exemple, le groupe 
constitue une unité à part entière, partageant un même but : défendre le 
village. Même si ils ont chacun leur psychologie, leurs différences, ils 
poursuivent un même but et donc, dramatiquement (dans l'avancée de 
l'action), ils occupent une même sphère.
Pour qu'il y ait un récit, il faut qu'il y ait un Personnage principal 
(appelé ici le SUJET) que l'on va suivre durant le récit). Ce personnage 
peut-être un «héros», mais pas forcément. Ce Personnage peut très bien 
être un «méchant» que l'on suivrait dans ses actions.
Pour qu'il y ait quelque chose à raconter, il faut que ce Personnage 
principal soit en action, qu'il fasse quelque chose. Autrement dit, il 
faut aussi que ce personnage ait un OBJET à atteindre.

					 OBJET
                                            ^
					   |
					   |
					   |
					 SUJET


Pour Les dents de la mer, la sphère du sujet est constitué par le 
policier, Chef Brody avec qui on commence l 'histoire et avec qui on la 
finit. L'objet, le but à atteindre, est le requin qu'il doit tuer.

					REQUIN
					   ^
                                            |
					   |
					   |
				      CHEF BRODY



Pour qu'il y ait récit, il faut aussi que le but ne soit pas facilement 
atteignable, sinon l'intérêt du récit est des plus réduits, la tension 
absente, et surtout le récit est promis d'être des plus courts ! Pour 
empêcher que le but soit atteint, il faut donc des OPPOSANTS. D'une 
manière simpliste, cela peut-être les méchants ou bien encore les 
«gentils» si le personnage principal est lui-même le méchant.

                                          OBJET
                                            ^
					   |
					   |
					   |
                                 OPPOSANT------->SUJET


Durant toute la première partie Les dents de la mer, le spectateur sait, 
ou devine, qu'il y a un requin qui tue les gentils touristes. Seulement, 
le Conseil Municipal empêche le chef Brody de reconnaître cette vérité 
et de régler le problème en engageant le Quint. Le Conseil municipal 
fait partie des opposants. Dans la même sphère, on retrouve bien 
évidemment le requin, qui refuse de se faire prendre.

                                         REQUIN
                                            ^
					   |
					   |
					   |
                                  REQUIN------->CHEF BRODY
		                  MAIRE


Le personnage principal, dans sa lutte pour atteindre son but, recourt 
souvent à d'autres personnages qui vont l'aider dans son but. Ce sont 
les ADJUVANTS.

                                          OBJET
                                            ^
					   |
					   |
					   |
                          OPPOSANT------->SUJET<-------ADJUVANT



Ceux qui aide notre chez Brody des Dents de la mer sont bien évidemment 
le scientifique, Hoover et Quint, le chasseur de requin, mais aussi la 
femme du capitaine Brody qui l'encourage dans son travail, la mère d'une 
des victimes qui réussit à mobiliser l'attention générale...

                                     REQUIN
                                       ^
                                       |
                                       |
                                       |
                     REQUIN------->CHEF BRODY <------- HOOVER
                      MAIRE                            QUINT
                                                       FEMME DE BRODY 




Si tout récit raconte une histoire, il doit aussi «dire» quelque chose. 
On quitte ici le cadre de la narration pure pour arriver dans les 
sphères «supérieures» des thèmes. C'est là aussi, bien évidemment, que 
se fait souvent la différence entre un bon récit et un très bon récit ou 
un chef d'oeuvre.
Dans les manuels américains de scénarios, cette nécessité se résume par 
une phrase comme «le personnage principal doit, à l'issu, du film, avoir 
appris quelque chose». Cela est vrai, mais un peu simpliste. Il se peut 
très bien que le personnage principal ait traversé toute l'histoire sans 
avoir rien compris à l'histoire qui fut la sienne et que ce soit un 
autre qui ait «appris quelque chose». Ainsi dans le génial Colonel Blimp 
de Michael Powell, on suit l'histoire d'une amitié entre un officier 
anglais avec un officier allemand. Le SUJET est l'officier anglais, 
l'OBJET l'officier allemand. Durant tout le film, on se demande si (et 
comment) leur amitié va pouvoir tenir malgré la guerre entre leurs deux 
pays. A la fin du film toutefois, le Colonel Blimp se trouve être le 
même officier, avec les mêmes codes, les mêmes références, le même 
imaginaire que celui qu'il avait pendant la Premier Guerre mondiale. 
L'Allemand, lui, a compris avec tristesse que Blimp (et l'Angleterre 
avec lui) n'a pas compris que les codes d'alors ne sont plus ceux 
d'aujourd'hui, que l'humanité d'hier n'est plus celle d'aujourd'hui. Le 
destinataire en l'occurrence est le même que l'objet...
Voilà donc pourquoi, on parlera d'une sphère indépendante de celle du 
sujet, que l'on appellera le DESTINATAIRE du «message» du film.

                                          OBJET--------->DESTINATAIRE
                                            ^
					   |
					   |
					   |
                          OPPOSANT------->SUJET<-------ADJUVANT


Pour Les Dents de la mer, on a classiquement comme Destinataire le Chef 
Brody (qui appartient à la sphère du Sujet). Durant tout le film, il est 
un peu effacé, manque de virilité, peureux devant l'océan, s'écrasant 
devant le maire. Son voyage en bateau va lui permettre (via ces moments 
passés entre hommes et l'affrontement avec le requin) de gagner en 
assurance en lui, en force et puissance.

					REQUIN-------> CHEF BRODY
                                            ^
					   |
					   |
					   |
                         REQUIN------->CHEF BRODY <------- HOOVER
                          MAIRE	                          QUINT			
                                                           FEMME DE BRODY



Il reste une sphère a remplir, en haut à gauche. Si un personnage 
«apprend quelque chose» de toute cette histoire qu'on vient de voir, il 
y a toujours un ou des personnages qui sont là pour «délivrer le 
message». Il s'agit de la sphère du DESTINATEUR, de celui qui détient la 
morale de l'histoire et qui va la «dire» un moment où à un autre.
Pour finir avec l'exemple de Colonel Blimp, quand l'officier allemand 
apprend que l'Anglais ne comprend rien aux mutations fondamentales que 
la Seconde Guerre mondial apporte, c'est bien évidemment l'exemple 
qu'incarne le Colonel Blimp qui lui envoie ce message.

                         DESTINATEUR----->OBJET--------->DESTINATAIRE
                                            ^
					   |
					   |
					   |
                          OPPOSANT------->SUJET<-------ADJUVANT



Voilà complet le schéma de A.J. Greimass qui, outre de remplir toutes 
les fonctions de personnages nécessaire pour la construction d'un récit 
valable, montre bien le rapport entre le «dramatique», avec la ligne du 
bas, et le «thématique», avec la ligne du haut.
Dans Les dents de la mer, le chef Brody se situe, dans la problématique 
de virilité, entre deux pôles. Le premier est incarné par Quint, ancien 
du Viêt-Nam, la virilité brute et brutale par excellence et qui par sa 
bêtise non-refléchi (il détruit la radio) sera bouffé par la mahcine à 
tuer qu'est le requin. Le second est l'intellectuel, un peu gringalet, à 
lunettes comme il se doit, qui n'est finalement «que de la gueule» et 
qui au moment crucial, se planquera un peu lâchement. Ce qu'apprend le 
Chef Brody, c'est qu'il n'a rien à envier ni au gros barraqué, ni à 
l'intello, qu'il fait partie de cette race des vrais héros, ceux qui 
sont géniaux uniquement dans les situations extrêmes.

                   QUINT -----------> REQUIN -------> CHEF BRODY
                   HOOVER                ^
                                         |
                                         |
                                         |
                      REQUIN------->CHEF BRODY <------ SCIENTIFIQUE
                       MAIRE                           CHASSEUR DE REQUIN
                                                       FEMME DE BRODY


Encore une fois, il ne s'agit pas de recettes de cuisine qu'il faut 
appliquer pour faire un bon film. Il s'agit d'outils d'analyse (ou de 
critiques) auxquels on peut faire appel à une étape d'«écriture portes 
ouvertes». Ce schéma est surtout intéressant pour la sphère thématique : 
Quel est le thème du film ? Qui comprend cette morale ? Qui la donne ? 
Et une fois qu'on a les réponses, on peut peaufiner, renforcer ces 
directions.

B - PSYCHOLOGIE

Tout a été dit sur la psychologie, le pire et le meilleur, et tout le 
débat peut se résumer à deux écoles qu'on pourrait présenter ainsi
Ecole 1 : les personnages sont plus importants que l'histoire
Ecole 2 : l'histoire est plus importante que les personnages.
Pour les premiers, les « Psychologistes », l'histoire n'est qu'un moyen 
pour mettre en valeur les personnages, leurs caractères, leurs facettes. 
Les scènes et ce qui se passent à l'intérieur des scènes ne servent qu'à 
mettre en situation les personnagages ou les faire évoluer. Un film 
réussi se définit comme un portrait complet des qualités, défauts et 
contradiction du personnage
Le danger de cette école, c'est bien évidemment l'ennui et, plus 
paradoxalement, l'incompréhension psychologique des personnages. En 
effet, ceux-ci peuvent être tellement définis et particulier 
psychologiquement que leurs actions et comportements peuvent paraître 
incompréhensible, illogique, alors que totalement cohérents et 
explicable par le réalisateur. Certes, personne dans la vie n'agit de 
manière logique, mais au cinéma, un tel illogisme risque toujours de 
faire « décrocher » le spectateur de l'intrigue, lui faire quitter le film.
Pour la seconde école, les « Raconteurs d'histoires (storytellers) », 
les personnages ne sont là que pour raconter au mieux une histoire. La 
force de ces raconteurs d'histoires est leur capacité de raconter une 
histoire forte, susciter des scènes de tensions, d'actions et d'éviter 
l'ennui.
Le danger réside dans l'absence de personnage forts, touchants, 
intéressants avec lesquels on partagerait leurs émotions. On sort 
généralement de ces films avec l'impression d'avoir passer un bon moment 
(on ne s'ennuit pas), mais que finalement, c'est vide, qu'il n'y a rien. 
Car, et cette phrase de Rousseau pourrait être la devise de la première 
école : « Il n'y a qu'une seule chose qui intéresse l'homme, c'est 
l'homme ». Comprenez : raconter l'histoire d'une voiture luttant contre 
un camion, ça n'intéresse personne. Raconter l'histoire d'un homme seul, 
avec une vie inintéressante et plate et qui se voit contraint à recourir 
à des instincts les plus primitifs pour sauver sa peau, ça c'est autre 
chose...
A contrario, la seconde école pourrait avoir comme devise une phrase de 
Corneille : « Il n'y a qu'une seule psychologie qui compte, celle du 
spectateur ». Autrement dit : à se soucier trop de la fiche signalétique 
de la psychologie de son personnage l'auteur peut égarer et perdre 
l'attention du spectateur dont il ne se soucie pas assez. Car, (et on 
n'en reparlera plus loin) le vrai n'est pas le vraisemblable et un récit 
ne traite qu'avec le vraisemblable...
Pour finir avec ces deux écoles, on pourrait dire que la première donne 
généralement le cinéma français alors que la seconde le cinéma 
anglo-saxon...
Cela dit et bien évidemment, aucune de ces deux écoles n'a raison et 
toutes deux ensembles ont raison. En réalité, dès que l'on vient à 
opposer action et personnage, on tombe dans le cul-de-sac. Personnages 
et histoires doivent être deux faces d'une même pièce.
Ainsi, il faut que chaque scène permmettent idéalement deux choses : 
faire avancer l'action en mettant une tension, et faire avancer la 
découverte ou l'évolution du personnage.
Facile en théorie, la pratique étant quelque peu différente...

La construction des personnages
Là encore, sur les personnages, il existe beaucoup de méthodes pour 
travailler les personnages, sur la construction du couple « gentil » « 
méchant », leurs forces, leurs défauts, etc..
La seule méthode fiable est de construire pour chaque personnage une 
fiche signalétique, indiquant le passé du personnage, son caractère, les 
expressions de dialogue qu'il peut avoir et celles qu'il ne peut avoir, 
la liste des sentiments qu'il peut avoir et ne pas avoir.
Ensuite, mis en situation, il faut les laisser vivre...
Le seul « truc » vraiment utile est de donner un « désir » au 
personnage. Car c'est par le désir qu'il se mettra en mouvement, en 
action et fera avancer l'histoire...
Un livre toutefois est à recommander à la lecture pour le tavail du 
personnage. Il s'agit de « la construction du personnage » de 
Stanislavski. Le fondateur de l'actor's studio l'a écrit pour les 
acteurs, mais étonnament (ou non finalement car le travail du scénariste 
n'est pas éloigné) il se révèle une bonne source d'inspiration pour le 
scénariste, l'obligeant souvent à se poser des questions pour mieux 
cerner, et faire agir ses personnages...

C - REMARQUES


Show don't tell

Phrase américaine pour expliquer une évidence : il est toujours 
préférable de montrer quelque chose plutôt que de voir un personnage le 
raconter. Derrière cette évidence se trouve aussi une réflexion plus 
profnde sur le dit et le vu, la parole et l'image. Une anecdote est 
éclairante à cet égard. Elle vient de David Lean. Il expliquait que 
quand il sortait d'une projection, il entendait des spectateurs 
s'exclamer « quel beau film, et quels dialogues ! ! ». Il ne pouvait pas 
s'empêcher alors de couper ces spectateurs enthousiastes et leur 
demander de quelles phrases de dialogues ils se souvenaient. Ils en 
citaient alors 3, 4, guère plus et encore pas toujours exactes. Ensuite, 
il demandait de quelles images ils se souvenaient du film. Là, il y en 
avait nettement plus. David Lean de conclure que l'on retient une image 
et que l'on oublie un dialogue !

Personnages secondaires

La pratique veut que l'on évite autant faire ce peut de faire intervenir 
un grand nombre de personnages actifs. Son corollaire est qu'il vaut 
mieux faire agir au moins deux fois chaque personnage.
Ces deux habitudes hérités du théâtre classique (une troupe avait peu de 
comédiens) possède toutefois un bon côté. Il permet de travailler mieux 
les personnages secondaires. S'ils apparaîssent au moins deux fois, 
c'est qu'ils commencent déjà à avoir une vie, qu'ils commencent à vivre 
vraiment et à être intéressant en eux-mêmes.
Un truc de scénario consiste d'ailleurs à faire une relecture de 
l'histoire du point de vue de chaque personnage et voir comment il est 
possible de les rendre, même le plus petit d'entre eux, intéressant, vivant.
Le grand dramaturge Tom Stoppard a même poussé l'exercice plus loin dans 
Rosencrantz & Guildenstern, puisqu'il a raconté l'histoire d'Hamlet du 
point de vue des deux gardes...

La fin justifie les moyens

La phrase est du sémanticien Gerard Genette et constitue quasiment une 
règle d'or du scénario, voire la première leçon à apprendre.
Un récit bien construit et bien narré doit couler de source dans la 
progression de l'histoire. Le meilleur moyen que cette progression soit 
efficace, qu'on ne se perde pas en route dans des digression et des 
culs-de-sac, (et de gagner du temps), eh bien, c'est de savoir où on va. 
Autrement dit, connaître la fin.
Une fois qu'on a la fin de son histoire, on peut construire le récit par 
la fin, en simple déduction de nécessités.
Dans Les dents de la mer, j'ai besoin d'arriver à cette scène clé où 
Chef Brody tue le requin en équilibre sur le mat du bateau qui coule, il 
faut donc avant que je fasse couler le navire, donc je fais une scène 
dans laquelle le requin abime tellement le bateau qu'il coule, etc, etc...
Cette formule de Genette rejoint une idée de Racine qui plaisantait à 
peine en disant « Ça y est, j'ai fini ma pièce, je n'ai plus qu'à 
l'écrire ».


Quelques ouvrages :

Aristote, « La poétique », édition Livre de Poche
Gérard Genette, « Figures I », édition du Seuil
Gérard Genette, « Figures II », édition du Seuil
Collectif Communication 8, « Analyse structurale du récit », édition du 
Seuil
Tzvetan Todorov, « La notion de littérature », édition du Seuil
Tzvetan Todorov, « Poétique de la prose», édition du Seuil
Collectif, « Théorie des genres», édition du Seuil
AJ Greimass, « Semantique Structurale », édition du Seuil
Pierre Jenn, « le Scénario », édition de la Femis
Pierre Jenn, « Certains l'aiment chaud »,
Constantin Stanislavski « la construction du personnage », Pygmallion
Linda Seger, « Faire d'un bon scénario, un scénario formidable », Dixit
Robert MacKee, « Story », Dixit


Dumbledore


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