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[AVIS DEGLINGUE] Je reste (Diane Kurys, 2003) [SPOILERS]


  • Subject: [AVIS DEGLINGUE] Je reste (Diane Kurys, 2003) [SPOILERS]
  • From: "Sacha Martinetti-Lévy" <sachamartin@ifrance.com>
  • Date: 08 Oct 2003 11:00:04 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Moderation de fr.rec.cinema.selection
  • References: <3f7abaf3$0$20174$626a54ce@news.free.fr>
  • Sender: modappbot@dspnet.fr.eu.org
  • Xref: unknown fr.rec.cinema.selection:160

[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru
sur fr.rec.cinema.discussion (le 1er octobre).]

Je Reste  ! (la prochaîne fois à la casa)

Avant-première. Places prépayées un an à l'avance, cinéma en VF, donc que
des films français à voir. Ou canadiens.
Donc hier le chouette Les Invasions Barbares, et hier soir, en AP, Je Reste
(sinon c'était Underworld ou Pirates des caraïbes doublé).
Avec l'impression de ne pas payer sa place (rien à voir avec une quelconque
radinerie, c'est plus profond que ça, vous connaissez sans doute), ça
devrait faire moins mal au cas où ce serait une merde.
J'écris vite, si vous vous apprêtez à sortir.

Donc la salle réagit bien, rit fort. Tout va bien pour la production.
Déjà il s'est passé dix minutes.
De quoi ?

Bon, un gars une fille un môme. L'amant arrive après.

La fille, Marceau. 40 ans bien vécus. Amaigrie, ça lui va bien, elle n'a
presque plus cet air de la Boum, bébé gâtée, gonflée. Non, une femme sans
l'ombre d'un doute. Une surprise.
Ce sera la seule, et elle ne durera pas une heure.

Le gars, Pérez. Existe sans doute aussi. Mais caricature chez les
caricatures. insupportable, beauf, froid, merdique, rien, rien sinon Brel
qu'il écoute à fond et que Kurys ne doit plus supporter pour une raison ou
une autre. Elle coupe Mathilde à l'explosion. Sacrilège, qu'on la pende par
les pieds, qu'on nourrisse le moteur cosmique avec ses humeurs, à l'aztèque.

Attention, REVELATIONS SPOILERS etc..



(petites révélations, hein, de toute façon, pas s'attendre à la révélation
de notre présence dans le vaste univers, sur cette planète précise, et
encore moins à mater un film pareil. Un rapport avec l'espace-temps ? Les
neutrinos qui ne s'intéressent pas à notre malheureuse matière ? Le
rayonnement électromagnétique qui frappe les pauvres rétines ? La pyramide
de la complexité qui échoue après quatre milliards d'années sur ce
vaudeville insipide et nous en train de se le taper ? Au coeur du Grand Tout
? On frôle le danger d'absurde. Il faut se prémunir, compenser, et pas avec
du pop corn, on va essayer le mode bon-public, filtres réglés à fond des
curseurs.

Merde, ça passe toujours pas. Ca reglisse dans l'autre sens.
A droite, ma douce. Que c'est bon. Vital, oui.
A gauche, un couple. à deux sièges, le gars ronfle. Il est descendu trois
fois picoler sa flasque de whisky (à l'odeur), et il a manqué de se casser
la binette dans les escaliers. Je me mets à sa place, dans cet état, micro
loupiottes bleues sur fond noir, même clair comme de la vodka, dur. Des gens
s'énervent, sifflent "Eh, réveillez-vous, eh, le film !!".
Il a bien raison. De picoler j'en sais rien. Mais de dormir, ça...

Le film continue :
Marceau met du temps pour craquer. Je me dis que cela a dû s'installer sans
qu'ils s'en aperçoivent, dix ans, une marche par jour. 3650 marches vers la
cave.
Et puis tout à coup, "c'est pas croyable ce qu'on est descendu bas". Oui,
mais une marche à la fois, on ne se rend pas compte.
Ca pourrait être crédible. Mais on est dans le boulevard, presque. Les
caractères sont appuyés, c'est pour rire.
Pas tant que ça. C'est pour après.

Donc le Pérez, avec son vélo, premier prix de la montagne de connerie
conjugale. Rien à torcher. Pas une goutte.
Alors elle se tire ailleurs. Tirailleur sénégalais, blague carambar. Non,
non, je ne délire pas, c'est tout à fait de saison, ça pourrait être dans le
film.

Jouissance de la Marceau qui d'un instant l'autre se retrouve femme libérée,
elle est pas si fragile, tu sais c'est pas si facile. Mais elle en donne pas
l'impression. Ce serait même plutôt le dragster, là. La fusée. Méthédrine.

Alors arrive comme par hasard Berling. Mais amant minable. Le film serait-il
soudain bon ?

Oui, mais le contexte, ça pédale avec un petit, tout petit braquet. C'est
mou. C'est flasque. Trois heures que le film a commencé et il n'est pas
terminé. Ma montre n'est même plus d'accord avec moi et se met à compter une
seconde pour trois. Encore une demie heure, ça fait une heure et demie si je
compte bien dans ce continuum englué. Ouille, ça va être long.

Ah mes tiens, des rebondissements. Super. Oui, mais il étaient prévisibles
comme un Conforama dans une ZAC. Avec les panneaux de pub 30 bornes avant.
Normal, les procédés participent d'un même schéma. Le contexte commerçant
est le même.

Soudain, une petite mise en abyme. Ah ?

Oui, mais la chaîne a déraillé depuis un bout de temps. Le film est à
l'arrêt, on attend le dépannage. Il y a encore des gens qui se marrent.
Rentrera dans ses fonds, Terzian. La distrib, les persos qui sont dans la
cible, identification simple, tiroir-caisse sans ambitions. Affaires
courantes. Terzian attend un nouveau "les visiteurs" pour agrandir sa
piscine de Saint-Trop, mais il sait que c'est pas tous les jours dimanche.
Terzian, je le vois, il est plus présent que les personnages du film. Je
vois Isabelle Giordano aussi. Elle est dans le salon, elle rit bêtement des
facéties de Pérez. Elle demande à marceau si la comédie est un nouveau
virage de sa carrière de star, elle demande à Berling s'il est vraiment
comme ça, limité au pieu, elle ne voudrait pas perdre une soirée avec un
mauvais coup. "Mais non, c'est du cinéma". Les dénégations de Berling l'ont
convaincu. Et sinon, il y aura une suite ? On ne sait pas encore mais c'est
possible, le film est un très grand succès populaire. "Mais il n'est pas
encore sorti !".
Pas besoin, il a été testé chez médiamétrie. "Un outil efficace pour des
investissements sans risques dans un domaine fluctuant". Industrie,
marketing, projections, options, produit verrouillé.

Le 30 09 2003 de l'ère chrétienne, sous le pontificat de sa sainteté
Jean-Paul le Second, la salle, entité collective de 348 personnes créée à
l'occasion de la projection du film "Je Reste" dans la salle sept du cinéma
UGC de Noisy le Grand, dans le désormais mythique"neuf trois", a bien
absorbé le compost qui lui avait été préparé. Quelques cellules ont généré
un cancer. Mais l'entité a été dissoute à la fin de la projection. Ce n'est
pas un ciné-club. Les cellules cancéreuses ont donc été rendues à leur
liberté et ne présentent plus de danger de contamination.

Fin du rapport

Sacha

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