[Recherche]
[Date Prev][Date Next][Date Index]

[Avis] Anything Else de Woody Allen (2003) [REVELATIONS]


  • Subject: [Avis] Anything Else de Woody Allen (2003) [REVELATIONS]
  • From: Cadrage France" <administration@cadrage.net>
  • Date: 04 Nov 2003 11:45:03 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Moderation de fr.rec.cinema.selection
  • References: <bo58p7$e2q$1@news-reader1.wanadoo.fr>
  • Sender: modappbot@dspnet.fr.eu.org
  • Xref: unknown fr.rec.cinema.selection:174

[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion.]

Quand Woody Allen prend les armes
Source : http://www.abc-toulouse.net

Expérience intéressante que ce nouveau cru de Woody Allen. Un Woody Allen
plus politique que jamais. A croire que le monde va vraiment mal pour que
Woody Allen prenne les armes au sens littéral du terme - interprétant un
vieux paranoïaque amoureux des armes à feu et de l'autodéfense. Passant
allègrement du psychotique au psychopathe, Woody Allen parle dans ANYTHING
ELSE moins d'un jeune couple fébrile et inconstant que d'un monde troublé et
violent sur lequel pèse une menace invisible mais constante.

Dans ANYTHING ELSE, le couple est à bien des niveaux une sorte d'alibi
(décevant peut-être ceux qui s'attendaient à une énième variation
sentimentale de Woody Allen). Celui-ci ne se répète plus vraiment (une
critique qu'on lui faisait facilement ces derniers temps), mais propose en
quelque sorte une nouvelle ouverture, ou, s'il en est, une ouverture plus
avouée que jamais dans son cinéma: la politique.

Dans ses premiers films, Woody Allen évoquait déjà la politique et le monde
(GUERRE ET AMOUR ou encore BANANAS), ses films suivant dissimulant
habilement son inclination à parler de notre société (et du monde) dans ses
travers politiques (STARDUST MEMORIES). ANYTHING ELSE représente
probablement ainsi le film le plus politique de Woody Allen avec pour
origine il va s'en dire les frasques belliqueuses de ces dernières années,
et preuve que le cinéma de Woody Allen a toujours pris ses racines dans le
social.

ANYTHING ELSE est le portrait d'un New York sous une autre lumière (celle,
aussi, du jeune Darius Khondji) : Allen y filme l'île Manhattan sans les
Twin Towers et le fait de façon silencieuse, sans démonstration, comme une
douleur trop présente pour être dite. Une arrière-pensée déchirée et béante.
Et un New York (un mini-Monde) plus antisémite que jamais où la paranoïa
habituelle de Woody Allen (on se rappelle ANNIE HALL) prend ici un aspect
obsessionnel effrayant.

Rare de voir Woody Allen incarné un personnage au regard "nettement
trouble", voire inquiétant. Rare de voir Woody Allen tenir un fusil avec un
sérieux à la fois emprunt d'ironie et de colère. ANYTHING ELSE montre ainsi
un Woody déboussolé incapable de se maîtriser, un Woody vengeur (il démolie
une voiture sans un mot et sans ménagement), mais un Woody, aussi, surtout,
conscience de la jeunesse.

Woody Allen, s'il ne joue pas ici le rôle principal, incarne pourtant la
conscience du jeune héros, un vieux sage aux conseils inévitables. Il est la
conscience tour à tour libératrice et dangereuse de ce jeune (dont l'allure,
les lunettes et les préoccupations (l'écriture et les femmes) rappellent le
Woody Allen des années 70). Woody Allen conscience d'un nouveau millénaire,
d'une nouvelle génération.

ANYTHING ELSE n'est pas forcément un film hilarant ni burlesque, et
peut-être tant mieux. Un film de grande maturité, d'abord constat constant
d'un monde actuel sans repères et sans boussole. Ou la cartographie réside
dans un à venir fantasmé vers l'Ouest (la Californie), retour aux rêves des
pionniers de l'Amérique, retour aux restes du monde. A ce qui reste et à
ceux qui restent (et ceux qui ne restent pas). A tout le reste.

Alexandre Tylski
Rédacteur en chef Cadrage
http://www.cadrage.net

-- 
Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/>
Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>