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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Avis critique] Kill Bill - Quentin Tarantino (2003)
KILL BILL (version définitive)
Usa-Japon, 2003, de Quentin Tarantino, CL & NB, 1h50
Scénario: Quentin Tarantino et Uma Thurman (sous les pseudo Q et U)
Avec: Uma Thurman, Lucy Liu, Michael Madsen, Daryl Hannah, Vivica A. Fox
Une jeune femme enceinte (Uma Thurman) est grièvement blessée par les
tueurs d'un certain Bill ("La Division des Vipères assassines", trois
femmes et un homme), le jour de ses noces. Restent morts à ses côtés son
fiancé et 7 autres personnes présentes à la cérémonie dans l'église.
Après un long coma, elle part chercher sa vengeance.
[Attention, la suite révèle pas mal de détails]
D'abord, rappelons qu'il s'agit ici du "Volume 1" de KILL BILL, la suite
sortant dans quelques mois.
Qu'en dire ? Du bon, du moins bon et du mauvais. Nous voici bien
avancés. KILL BILL n'est ni un naufrage complet ni une réussite totale
devant laquelle s'extasier avec soupirs de béatitude comme le fait une
certaine revue ("Première", par exemple, qui lui consacre 20 pages
spéciales !)
Autrement dit, on retrouve le talent de Tarantino mais sans la diversité
de Pulp Fiction (les dialogues de KILL BILL s'avèrent indigents) ou la
maturité (et l'excellent scénario) de Jackie Brown, sans doute son
meilleur film à ce jour. Ici, le scénario est réduit à sa plus simple
expression : vengeance (qui "est un plat qui se mange froid" nous
avertit un carton en début de film). A la fin de l'épisode, le méchant
Sidewinder (Michael Madsen) affirme que "Cette femme là (Black Mamba ou
"The Bride"/Uma Thurman) mérite d'avoir sa vengeance et nous, nous
méritons de mourir" ce qui, venant après que la blonde Uma ait passé de
vie à trépas des dizaines et des dizaines de personnes (tous des tueurs,
certes, certes...) en les coupant littéralement en morceaux, peut
laisser dans l'esprit du spectateur comme un semblant de justification à
cette idée de vengeance personnelle. On verra si le "Volume 2" rétablit
la balance et comment Tarantino se positionne (s'il se positionne...)
par rapport à son "héroïne" mais pour l'instant, à part le charme perso
de l'interprète, le personnage ne vaut guère mieux qu'un Bronson au
mieux de sa forme. Et le fait que le cinéaste s'avoue sans détour un
grand fan des films de justice perso avec le bourru à moustaches ne tend
pas à nous rendre optimiste. Ajoutons-y sa passion pour les films
asiatiques d'arts martiaux confondus (wuxia pian, kung fu, chambaras)
avec une prédilection sans doute pour ceux de la Shaw Brothers où là
encore les vengeances sont expéditives, massives et sanguinolentes,
faisant peu de cas des vies humaines quelles qu'elles soient, et
l'optimisme chancelant vire vite au pessimisme.
Et la mise en scène ? Elle est parfois et même souvent brillante,
divisant le film en chapitres annoncés (cinq pour ce "premier volume").
Tarantino alterne les rythmes lents et fous furieux (la plupart des
combats). Le problème est que là encore le simplisme de l'histoire le
pousse à enchaîner combat après combat et que ceux-ci peuvent finir par
lasser, à l'instar de Matrix. On y voit d'ailleurs Uma Thurman tuer
(massacrer serait plus juste) des dizaines de tueurs en un seul combat
(76, paraît-il), scène franchement un peu ridicule par ses excès (et
très gore) qui n'est pas sans rappeler le combat de Don Camillo-Neo
contre les douzaines de Smiths dupliqués dans Matrix Reloaded. Ce qui
"passe" dans un wuxia pian ou un chambara comme une convention du genre
acceptée, "coince" ici assez vite.
Tarantino choisit aussi d'insérer une longue séquence en animation (un
véritable "anime" nippon) pour raconter l'enfance et adolescence du
personnage de Ishii O-Ren, joué par Lucy Liu (grosse méchante, encore
bien plus que dans la série Ally McBeal puisqu'elle n'est rien moins que
la reine de la pègre de Tokyo). L'idée, pas mauvaise à la base, se
révèle une fausse bonne idée à la pratique. Le dessin est assez laid
(sauf un premier gros plan d'yeux), l'animation poussive et le côté gore
encore une fois excessif, le tout sur une musique singeant copieusement
Ennio Morriconne. Tiens, un mot sur la bande son, habituellement l'un
des atouts majeurs des films de Tarantino : déception sur presque toute
la ligne car il ne s'agit plus d'hommages multiples rendus aux chouchous
du cinéaste (et souvent du spectateur) mais de purs plagiats n'ayant
même pas l'excuse de la parodie. L'une des faiblesses du film est de se
prendre un peu trop au sérieux dans son côté "hommage(s) rendus par un
vidéophile vidéophage".
Le film démarre pourtant très bien avec en fond sonore une chanson qu'on
dira de "circonstance" (par ses paroles), le très atmosphérique "Bang
Bang", interprété par Nancy Sinatra (oubliez la calamiteuse reprise de
Sheila et dégustez celle-ci, meilleur instant musical du film...).
La première scène de baston (Chapitre 1, simplement intitulé "2"), entre
Black Mamba et Vernita Green (Vivica A. Fox), ne tarde pas, elle
intervient au bout d'environ 5 minutes, sans musique additionnelle
(merci !) et ça déménage. La scène se termine sur une
"explication-conseil" des plus discutables de Mamba à la petite fille de
Vernita. A la suite de quoi une voix d'homme et japonaise nous enseigne
que "Pour ceux considérés comme des guerriers, la défaite de leur ennemi
peut devenir le seul et unique souci. Supprimez toute émotion humaine et
sentiment de compassion, tuez quiconque se tiendra en travers de votre
chemin, que ce soit même le seigneur Dieu ou Bouddha lui-même ! Cette
vérité demeure au cSur de l'art du combat".
Les combats sont réglés par le désormais incontournable chinois Yuen
Woo-ping (28 fois réalisateur et "chorégraphe" des combats pour 37 films
dont les "Il était une fois en Chine", "Fist of Legend", "Tigre et
Dragon" et les Matrix) et bien entendu il n'y a pas grand chose à en
dire, ils sont très réussis sur ce plan chorégraphique bien que
n'apportant strictement rien de nouveau dans le genre.
Le chapitre suivant ("La mariée couverte de sang") nous reporte 4 ans et
demi en arrière à El Paso (Texas). On y découvre les conséquences du
massacre de la noce avortée de Black Mamba par l'intermédiaire d'un
couple de flics locaux (le père et le fils) dans une scène qui se veut
sans doute irrésistiblement drôle mais ne nous tire qu'un gentil sourire.
La longue séquence de l'hôpital qui suit est techniquement bien au point
avec effet efficace de "split-screen" favorisant des très gros plans "à
suspense" et petite rengaine sifflotée par une tueuse borgne (Darryl
Hannah), évident hommage à tout un pan de cinéma d'horreur et de
"giallo" (encore un genre très prisé par l'auteur de "Pulp Fiction").
Autre bel et bref effet un peu plus loin (4 ans plus tard dans la
narration), même si déjà vu ailleurs mais peut-être moins bien qu'ici :
le souvenir du coup de feu qui envoya "The Bride" dans le coma avec
vision en gros plan et au ralenti de la balle quittant le pistolet. La
scène suivante (nous sommes toujours à l'hôpital), assez déplaisante
puis violente se montre cependant elle aussi efficace et fait de cette
première demi-heure de film une réussite globale. Question : comment
Black Mamba comprend-t-elle qu'elle se réveille de 4 années de coma
simplement en regardant la paume de ses mains ? Je suis preneur pour la
réponse.
"Lorsque la chance sourit à un projet aussi violent que la vengeance, la
preuve semble être faite que non seulement Dieu existe mais que l'on
accomplit également sa volonté". (Black Mamba)
Suit la longue séquence de l'"anime" déjà évoquée (Chapitre 3 : "Les
origines de O-Ren") qui vient casser le rythme pourtant bien lancé. Une
fois encore, si l'idée et l'intention étaient bonnes, l'effet obtenu
s'avère trop médiocre. On en retire un peu l'impression que Tarantino
tenait absolument à caser quelque part son hommage à l'univers des
mangas et des anime, d'où une impression de placage un peu vain.
Le soufflé ne remonte pas au chapitre 4 ("L'homme de Okinawa"), pas très
bien exploité. Cette partie, qui débute par des échanges verbaux entre
Uma Thurman et Sonny Chiba (acteur emblématique de chambaras) et l'aide
cuisinier de celui-ci, se veut humoristique mais tout tombe à côté de la
plaque. Suit un moment interminable empli de clichés (le sabre, le
Maître d'armes et sa philosophie, etc.. sur une musique passant du
pseudo asiatique à un rythme hispanisant de western de série B !).
Après quoi la deuxième partie du film (commençant au chapitre 5 :
"Massacre au House of Blue Leaves") sera assez vite une longue suite de
tueries après que les principaux personnages gravitant autour de Ishii
O-Ren auront été présentés en voix off par Black Mamba avec une nouvelle
pincée de clichées (le groupe de rockeuses nippones et surtout l'une des
tueuses de O-Ren, Go-Go Yubari (Chiaki Kuriyama) qui a gardé son
uniforme de lycéenne de "Battle Royale" !). Le combat évoqué plus haut
dure un bon quart d'heure : Black Mamba qui a revêtu le pyjama jaune à
bande noire de feu Bruce Lee va mettre la pâtée aux hordes de tueurs de
O-Ren qui, eux, arborent le costume noir, chemise blanche et cravate
noire si chers à Tarantino, sans oublier le masque du Frelon Vert, alias
Bruce Lee, encore lui, ou du "Back Mask" incarnée par Jet Li, selon la
version que vous avez vue.
Divisé en deux parties à peu près égales (dont une largement en noir et
blanc afin d'atténuer la portée des effets gore&), ce chapitre tire un
peu trop en longueur malgré quelques moments remarquables et d'autres
plus discutables. Le duel final entre les deux jeunes femmes dans un
paysage enneigé choisit plutôt la sobriété, même si là encore l'effet
final peut prêter à sourire. Naturellement, le film se termine sur une
phrase-rebondissement destinée à tenir le spectateur en haleine jusqu'au
Volume 2...
En conclusion, KILL BILL vaut certes mieux que sa première bande
annonce, laquelle laissait présager un gros raté mais souffre d'un
scénario au ras des pâquerettes qui le fait rester très, très largement
en deçà des précédents opus du réalisateur. Alors que ceux-ci avaient su
séduire toutes sortes de spectateurs, on peut craindre que celui-ci ne
s'attire l'enthousiasme que d'un public très ciblé, celui des 15-25 ans
amateurs de baston, d'autant plus prompts à applaudir au film qu'ils ne
connaîtront pas la moindre des oeuvres originales auxquelles KILL BILL
est censé rendre hommage. Reste la maîtrise scénique de Tarantino malgré
son goût souvent trop prononcé pour les séries B et films de genre qui
finit un peu par lasser et la parfaite interprétation d'Emma Thurman,
les autres acteurs étant ramenés au rang de simples objets. De là à
considérer (comme il se voit lui-même) Tarantino en nouveau Joseph von
Sternberg et Uma Thurman en sa Marlene Dietrich, il y a un pas que la
décence empêchera de franchir.
(à suivre dans le Volume 2)
Philippe
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