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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Avis] Big Fish - Tim Burton (2004)
BIG FISH de Tim Burton (Usa, 2003) Scénario : John August d'après le roman de Daniel Wallace Musique: Dany Elfman Avec: Ewan McGregor, Albert Finney, Billy Crudup, Jessica Lange, Marion Cotillard, Dany de Vito, Steve Buscemi. Tout amateur des films de Tim Burton attendait avec grande impatience sa nouvelle oeuvre. Certes, son dernier opus (sa version de "La Planète des Singes") avaient reçu bien plus de critiques négatives que positives. En ce qui me concerne, tout en reconnaissant que le film était loin du niveau de ses meilleurs (Edward Scissorhands, Ed Wood, Batman Returns) ou des plus divertissants (Mars Attacks !, Sleepy Hollow), je lui avais trouvé plus de qualités que de défauts, qualités qu'une lecture au second degré révélaient largement. Hélas, la déception engendrée par ce BIG FISH se trouve être aussi grande que les espoirs suscités par l'attente. Une heure après la sortie de la salle de projection, rien ne reste de ce film et cet Edward là (le personnage central se nomme Edward Bloom) a disparu aussi vite de ma mémoire que les deux Ed précédents s'y étaient durablement installés. Le premier (énorme) défaut du film découle de son scénario (adapté de l'oeuvre de Daniel Wallace). A partir du moment où il nous est affirmé d'entrée que toutes les aventures qui vont nous être raconté en "flash-back" ne sont qu'inventions, affabulations, mensonges (à l'intérieur même du récit), comment s'y intéresser un tant soit peu ? Aussi invraisemblables que puissent paraître les récits de Edward Scissorhands ou Batman, il nous est demandé par pure convention de croire en la réalité de l'histoire. Le monde et les personnages représentés dans ces films sont donnés pour "vrais" et le spectateur accepte d'entrer le jeu par une sorte de "contrat" tacite passé avec le narrateur. Mais ici, il nous est annoncé en quelque sorte "n'y croyez pas, ce ne sont que des mensonges". Et ce n'est pas la très lourde (et à vrai dire attendue) pirouette finale qui pourra y changer quoi que ce soit. Le film est plombé sur ses bases mêmes. Du coup, comment s'intéresser aux personnages ? Ed Bloom navigue entre le "Billy Liar" de Keith Waterhouse (adapté au cinéma par John Schlesinger en 1963 avec Tom Courtenay) pour l'aspect mythomane et pour le meilleur, et Forrest Gump (Robert Zemeckis, 1994) pour le côté "super héros" et pour le pire. Le personnage ne possède aucune psychologie, aucune épaisseur et se trouve impossible à saisir, ce que lui reproche d'ailleurs platement son fils. Ce dernier est encore pire, sorte d'ectoplasme collé là uniquement pour servir de prétexte au récit. Il en va de même des femmes du film, qu'il s'agisse de la femme de Ed ou de celle du fils. Les personnages secondaires qui auraient tant brillé par leur étrangeté dans les anciens films de Tim Burton ne font ici que passer, silhouettes semblant égarées dans le récit. La mise en scène de Tim Burton constitue également une énorme déception. Le cinéaste semble privé de souffle, de folie, d'étrangeté, toutes qualités ayant fait la renommée (justifiée) de son cinéma. Ici, tout tourne à vide et les bonnes idées de mise en scène se comptent sur les doigts d'une main, et encore ! Même l'esthétisme, encore un point fort de Burton, manque au rendez-vous, à l'exception du très joli plan d'un champ de jonquilles. C'est peu, c'est quasiment rien. Le film manque de rythme tout du long et se traîne d'épisode en épisode, comme à la recherche d'une énergie qu'aucun interprète ne semble capable de lui insuffler. Car il faut aussi déplorer l'apathie complète des acteurs. Ewan McGregor (Ed jeune) n'est bon qu'à écarquiller les yeux et à arborer un grand sourire niais, pas très loin de sa (déjà) calamiteuse prestation dans le (très) raté "Moulin-Rouge" (Baz Luhrmann, 2001). Albert Finney (Ed vieux), immense acteur, s'ennuie visiblement ferme et n'offre qu'une parodie d'interprétation, complètement atone. Billy Crudup (le fils) est aussi transparent que la plus propre des vitres tandis que Marion Cotillard (son épouse) n'offre que son sourire et ses jolis yeux et que Jessica Lange (sa mère) se demande (et nous avec) à quoi elle sert. Reste Helena Bonham-Carter, nouvelle égérie de Tim Burton dont elle est l'épouse (et qui a ainsi succédé dans les films à Lisa Marie), elle fait ce qu'elle peut dans un double rôle mais ses personnages sont si vides que le résultat n'en est que plus décevant. Ajoutons que la bande musicale de Dany Elfman qui nous avait habitué à de vraies merveilles se révèle ici d'un sentimentalisme dégoulinant et aide grandement au saccage du film. Etre un jour profondément déçu par un film de Tim Burton semblait improbable. Ce jour est arrivé, espérons que ce soit la première et la dernière fois et qu'il saura se reprendre et nous faire de nouveau rêver dès sa prochaine entreprise avec l'adaptation du livre-culte de Roald Dahl "Charlie and the Chocolate Factory". Philippe Serve "Les actes splendidement pitoyables des hommes, perdus dans l'immensité infinie de l'univers, je les aime irrésistiblement." (Fumiko Hyasaki, romancière japonaise) Site perso cinema: Ecrans pour nuits blanches (http://perso.club-internet.fr/pserve) -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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