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[AVIS] L'Effet Papillon (Eric Bress & J. Mackye Gruber - 2004) [REVELATIONS]



  L'EFFET PAPILLON  -+-  http://french.imdb.com/title/tt0289879/combined
  De Eric Bress et J. Mackye Gruber. États-Unis. 2004. 1h53
  Avec Ashton Kutcher (Evan Treborn), Amy Smart (Kayleigh Miller),
  Elden Henson (Lenny Kagan), William Lee Scott (Tommy Miller).
  Scénario : Eric Bress et J. Mackye Gruber.
  Image : Matthew F. Leonetti.

  
=-=-=-=-=-=-=-=-

Ces quelques lignes peuvent nuire à la bonne découverte du film, si
vous ne l'avez pas vu.

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Ah, cette théorie du chaos... Celle qui veut que le moindre battement
d'une aile de papillon puisse avoir des conséquences importantes sur
tout événement ultérieur... Couillon, hein ? Vue par deux scénaristes
plutôt intelligents, elle donne L'Effet Papillon.

Loin de se répandre dans une gluante intrigue faite de personnages
multiples, la trame du film sortie de la tortueuse imagination d'Eric
Bress et J. Mackye Gruber, deux cinéastes-scénaristes qui ne se lâchent
pas, est astucieusement centrée autour de quatre personnages : Evan
l'amnésique, qui a le surnaturel pouvoir d'être en mesure de modifier
son passé, et donc les conséquences qu'il entraîne -- sans quoi, le
film tombe à l'eau --, ainsi que d'attendues connexions, aux
personnalités extrêmement prévisibles. À savoir l'ex-futur-pour-
toujours amour de jeunesse, qui bien sûr possède cette candeur de la
blonde au sourire infantile, mais aussi, plus âgée, des protubérances à
faire valoir ; le frère de celle-ci, qui évidemment est un mauvais
garçon puisqu'on va lui piquer sa ravissante s½ur ; le copain
introverti qui sert de boulet au groupe, puisque, au-delà du caractère
adipeux de sa morphologie, il se tape toute la sale besogne inhérente
aux conneries des jeunes gens.

Certes on aurait pu trouver plus recherché, mais cela permet de ne pas
surcharger le film, puisqu'on va tordre dans tous les sens ces quatre
personnages, un peu comme un drap humide qu'on essorerait plusieurs
fois selon des axes de torsion différents, pour en extraire toute
l'eau. Il faudrait tout de même rappeler que, quand il n'y a plus
d'eau, il devient inutile de continuer.

Sur cette présentation des personnages, le film s'installe correctement
dans ses marques pendant environ quarante minutes, selon un canevas qui
tient toutes ses promesses : ce diable d'Evan, adolescent rebelle,
entraîne sa bande, fait des conneries de jeune adolescent et, bien sûr,
perd la mémoire. Et on ajoute à ceci quelques ellipses subtilement
disséminées un peu partout pour démarrer le jeu de pistes, puisque
rappelons quand même que ce bougre d'Evan perd la mémoire, ce qui donne
au scénario une liberté totale de fantaisie -- ce qui va le perdre,
d'ailleurs. Et puis, forcément il y a quelques catastrophes dans une
atmosphère qui rappelle vaguement ce glutineux Sixième Sens.

Cependant, le Evan, il est malin. Il ne va pas oublier de noter
précautionneusement tous ses faits et gestes dans des cahiers, dont le
nombre ne va faire que de croître au cours des années, et c'est en
outre ce qui va déclencher la seconde partie du film : celle de la
permutation exhaustive des situations. Le scénario part d'un principe
simple : sur les quatre personnages, deux ont la belle vie -- et
absolument tout leur réussit --, un s'en sort correctement et le
dernier se réfugie sans le vouloir dans des abymes d'abandon, de
solitude, voire de handicap. Et puis, histoire d'être sûr qu'on a fait
le tour, on change les noms sur ces étiquettes, on voit ce que cela
donne dans la pratique... et on recommence.

Inutile de dire alors que l'on assiste à des situations aussi ineptes
qu'improbables pour adoucir la sauce. Au bout de deux ou trois
retournements de crêpe, on a finalement eu sa dose. On a successivement
le droit à la prison faite de racistes violents, à un collègue de
chambre forcément grunge et obèse, ou encore à l'amputation de membres
dont il ne reste que les moignons. Sans compter les histoires de
pédophilie et d'incestes sous-jacentes dès le début de l'histoire.

Au-delà d'un parcours d'hypothèses un peu niaises, c'est la transition
qui est agaçante. Ce bon vieux Evan, lorsqu'il veut changer de théorie,
hop, il se met à lire ses lignes, les images s'embrouillent selon un
procédé criard et outrancier à souhait, et on est reparti pour un tour.
C'est ainsi qu'on se demande bien, quand il arrive à son issue
personnelle la plus favorable -- c'est-à-dire quand il s'acoquine avec
sa ravissante amie dans une grotesque université américaine, où chaque
étudiante est admise sur photo --, pourquoi il en vient à commettre
l'irréparable. Vous me direz, sinon le film s'arrête... Ce qui n'eût
pas été plus mal.

Bien entendu, astucieuse comme est la mise en scène des duettistes,
chaque ellipse, qui est une étape-clé pour la compréhension de
l'ensemble des bases chronologiques de l'histoire, est peu à peu
révélée au cours de lourdingues retours vers la première séquence. Tout
est alors explicité, montré, décortiqué. Et cela me semble regrettable,
d'autant que la scène la plus réussie de ces deux petites heures de
bobine est l'épilogue, seul passage stylé, élégant et quelque peu
équivoque.

L'Effet Papillon, c'est en fait l'habile déclinaison polymorphe d'une
histoire bateau, par de non moins ingénieux scénaristes, qui ont tenté
d'illustrer la fameuse théorie du chaos, à travers un exemple auquel
ils se sont tenus jusqu'au bout. Non pas que l'initiative ne fût pas
louable, non pas que le scénario manquât de cohérence. On peut juste
lui reprocher une once de lourdeur, quelques minutes de bobine en trop,
et surtout une inextinguible volonté de vouloir faire toujours plus.
Dommage.

David Epelbaum (Zyrtox)  -+-  http://www.gattaca.org

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