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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Deux frères (Annaud, 2004) : Aristote vs Malraux
[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion.] Je passe et je vois qu'frcd est devenu un désert. Du coup, pour faire nombre, j'ai décidé de me dédoubler : -------------------- - J'ai vu "Deux Frères". - Alors ? - Grand spectacle. - Mais encore ? - L'histoire de deux tigres dans l'Indochine des années 20, où les administrateurs sont corrompus et où les princes locaux rêvent de la gloire de leurs ancêtres. - J'ai lu qu'Annaud a beaucoup versé dans l'anthropomorphisme... - Ce n'est pas faux, même si certaines critiques sont injustes. Les animaux ne sont ni dénués de mémoire, ni dépourvus de sentiments. Quant aux regards des animaux, c'est plutôt le regard du spectateur qui y projette ce qu'il veut. - Enfin, Annaud est quand même connu pour... - Bien sûr, il choisit son camp et sa caméra est davantage bienveillante envers les animaux qu'elle ne l'est envers les humains. Mais la plupart des arguments avancés pour dénoncer l'anthropomorphisme de "Deux Frères" ne m'ont pas semblé suffisamment étayés. Cela ne signifie pas que je n'ai pas vu certaines scènes qui en relèvent. Mais bizarrement ce ne sont pas celles qui sont évoquées dans les diverses critiques. Ce que je voulais dire, c'est que les critiques anti-anthropomorphistes sont d'autant plus sensibles à l'anthropomorphisme affiché du film, que leur propre anthropomorphisme est latent. - J'ai rien compris. Mais le film d'Annaud sombre donc bien dans l'anthropomorphisme ? - Oui. Mais en utilisant le verbe "sombrer", tu sombres toi-même dans une polémique stérile. D'abord parce qu'il n'est pas aussi envahissant qu'on s'est plu à le dire, et ensuite parce que certaines études du comportement animal reviennent peu à peu sur cette espèce de ligne infranchissable entre l'homme et la bête. De sorte que certaines intuitions de l'anthropomorphisme ne sont plus tout à fait aussi ridicules qu'on a pu le penser. Aristote fut le plus sage, lorsqu'il réserva à l'homme le dernier degré du raisonnement sans pour autant nier la capacité des animaux à mémoriser et à faire preuve d'intelligence. Certains commentateurs (comme le Père Sylvester Maurus) du livre A de la Métaphysique l'ont surinterprété quand ils ont cru lire que le vecteur d'apprentissage chez les animaux restait l'homme, qui.... - Tu digresses. Donc le film fait de l'anthropomorphisme, et tu es d'accord avec ceux qui le disent, tout en étant pas d'accord avec leurs arguments. C'est quoi tes arguments ? - Je ne peux pas te les dire sinon je gâche les seuls bons moments du film. - Ah, parce qu'en plus ce sont des "bons moments" ? - Oui, la vérité est cruelle. - Sans doute. Et le manichéisme du film ? - Disons que le film manque de nuances parfois. A vrai dire les personnages humains semblent très peu intéressés le cinéaste. - Résumons : il est complaisant avec les animaux et traitent ses personnages par dessus la jambe. Rien à sauver ? - Ca n'empêche pas le spectacle. Et puis il y a une scène qui rattrape un peu le tout. - Ah ? - Celle où Malraux arrive sur le site d'Angkor. - Il y a Malraux dans le film ? - Oui. Enfin non. C'est le gars qui joue le pilleur de temples qui m'y fait penser. - C'est un écrivain ? - Non à la base il est chasseur. Mais il a publié quelques-unes de ses aventures d'Afrique. Il s'est reconverti dans le trafic de statuettes en Asie. - Et en quoi la scène rattrape tout ? - Parce qu'elle montre une décapitation. - ...? - Je ne peux pas t'en dire plus. - C'est tout ? - T'ai-je déjà dit que je n'aime pas trop Malraux. Trop de postures. Et de la posture à l'imposture... - Bon j'admets que la Voie Royale ça casse pas des briques, mais la Condition Humaine, c'est autre chose. - Ca fait longtemps que je ne l'ai pas relu. Mais le titre... Tu ne le trouves pas... un peu trop... - Revenons à nos moutons... ou plutôt à nos tigres. Le film est donc anthropomorphique, manichéen et un peu léger au niveau des personnages, c'est ça ? - On peut dire ça : tu vois, c'est le genre de tigres qui ne mordent que les méchants. En plus, Annaud utilise certains ralentis inutiles, pour bien montrer toute la "beautitude" de ces animaux. J'ajoute que l'histoire, un peu simplette, est prévisible du début à la fin. - Donc, tu es d'accord : il ne faut pas aller le voir. - Je suis pourtant content de l'avoir vu. Rousseau. -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://frc.selection.free.fr/> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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