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[Cannes 2004] Lu Sheng (Passages) - Yang Chao - Un certain regard


  • Subject: [Cannes 2004] Lu Sheng (Passages) - Yang Chao - Un certain regard
  • From: Gromit <gromit@club-internet.fr>
  • Date: 21 May 2004 15:50:03 GMT
  • Approved: modappbot@dspnet.fr.eu.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
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[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion.]

LU CHENG

(Passages)

Chine, 2004, de Yang Chao, CL,

Avec Geng Le,  Chang Jieping

[cet avis contient des révélations mais vu que vous avez peu de chances 
de voir un jour ce film... ;o)]

Bien que présenté comme le produit d'un cinéaste proche de Jia Zhangke, 
le premier film de Yang Chao, présenté à Un Certain Regard au Festival 
de Cannes 2004 et en lice pour la Caméra d'Or, se situe néanmoins assez 
loin en qualité et intérêt des trois films jusque là réalisés par le 
chef de file de la sixième génération de cinéastes chinois (notons au 
passage que Jia Zhangke lui-même n'a jamais revendiqué ce titre et 
semble prêt à s'éloigner de ce courant dès son prochain film, souhaitant 
entre autre pouvoir désormais montrer ses oeuvres à ses compatriotes en 
Chine même).

LU CHENG maintient un certain intérêt pendant les deux tiers de la 
projection. On suit avec sympathie les maladroits et naïfs efforts de Si 
Xu (Geng Le, acteur vu précédemment dans le premier chef d'oeuvre de 
Jiang Wen "Des jours éblouissants" puis dans "Beijing Rocks" ou plus 
récemment dans "Spring Subway") et de sa petite amie Xiao Ping (Chang 
Jieping) pour sortir de leur province de l'Anhui, l'une des plus pauvres 
de Chine.
Tous deux lycéens (lui en est à sa quatrième tentative pour passer le 
bac), ils rêvent de partir un jour vers le sud après avoir développé et 
commercialisé une culture de ling zi, champignons très chers et 
recherchés aux vertus proches de celles du ginseng (fortifiant, 
longévité, etc.) qui leur assurerait de rapides et confortables revenus. 
Ils partent donc pour la province limitrophe du Hubei et sa capitale 
Wuhan afin d'y acquérir ces fameux champignons, faisant l'école 
buissonnière et échappant au contrôle de leurs familles réciproques.
Un mot d'ailleurs sur ces familles : tandis que celle de Si Xu est 
partagée entre un père acceptant de bon gré que son fils se mette à 
travailler et une mère le poussant au contraire à passer son bac et à 
poursuivre des études universitaires ("Sans bac, que peux-tu espérer 
?"), la famille de Xiao Ping (littéralement "Petite lentille d'eau") est 
très différente. La mère, totalement passive, ne pense qu'à forcer sa 
fille à ingurgiter ses nouilles tandis que son frère aîné, substitut à 
un père absent, terrorise sa soeur qu'il surveille de près et n'hésite 
pas à corriger physiquement.

Si Xu et Xiao Ping forment un jeune couple chinois typique pour qui les 
contacts physiques et les mouvements de tendresse semblent peu naturels. 
Xi Su ne prendra son amie dans ses bras que lorsque celle-ci 
s'effondrera en larmes à deux reprises.
Le film se divise en trois parties : la première montre le couple se 
rendant en train à Wuhan pour y acheter les champignons. Arrivés à 
destination, ils se heurtent à une fonctionnaire parfaitement 
représentative de la bureaucratie administrative chinoise (mais pas 
seulement...) qui exige d'eux dans un premier temps qu'ils retournent 
d'où ils viennent afin d'écrire une requête comme le demande le 
règlement, avant de céder et de donner ou plutôt de vendre ces fameux 
champignons, après l'inévitable marchandage sans lequel aucune 
transaction chinoise ne saurait avoir lieu.
La deuxième partie du film les voit y retourner, en vélo cette fois, 
afin de se faire rembourser, l'expérience ayant échoué. La même employée 
refuse, avant d'accepter mais uniquement pour se débarrasser d'eux 
devant leur refus de quitter son bureau et après qu'une bagarre ait 
opposé un Si Xu frustré à un voyou notoire "ayant déjà tué" et qui avait 
eu l'audace de s'asseoir un peu trop près de Xiao Ping.
Enfin, dans la troisième et dernière partie les deux jeunes gens partent 
à pied pour on ne sait trop où vers le sud (sans doute Canton). Mais 
s'ils ne savent où ils vont, le réalisateur ne semble pas en savoir 
beaucoup plus et son film se délite alors et se traîne vers une fin 
dont, du coup, l'amertume dégagée par la rupture du couple ne nous 
touche plus guère. Tout ce qui faisait le charme même relatif du film 
disparaît. Plus de personnages secondaires représentant autant de 
facettes de la société ni de petits événements provoquant parfois le 
rire et surtout une peinture très réaliste de la jeunesse chinoise 
d'aujourd'hui pour qui l'avenir se résume à trois alternatives : 
l'armée, les études ou un départ vers une grande ville afin d'y 
décrocher un boulot au rabais au service des nouveaux capitalistes 
s'enrichissant vite et bien sur leur dos (le choix de Xiao Ping tandis 
que Si Xu décide de retourner passer son bac).

LU CHENG n'est donc qu'en (petite) partie réussi et ne restera pas comme 
l'une des oeuvres majeures du jeune cinéma chinois, loin s'en faut. Il 
contient cependant suffisamment de qualité pour surveiller les 
prochaines réalisations de Yang Chao.

Philippe Serve

-- 
"Only silence is shame" (Nicola Sacco)
Site perso cinema: Ecrans pour nuits blanches 
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