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[Cannes 2004] La Femme est l'avenir de l'Homme - Hong Sang-soo (competition officielle)


  • Subject: [Cannes 2004] La Femme est l'avenir de l'Homme - Hong Sang-soo (competition officielle)
  • From: Gromit <gromit@club-internet.fr>
  • Date: 23 May 2004 10:25:01 GMT
  • Approved: modappbot@dspnet.fr.eu.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Guest of ProXad - France
  • References: <40AE2B09.2010503@club-internet.fr>
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[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion.]

LA FEMME EST L'AVENIR DE L'HOMME

(Yeojaneun namjaui miraeda)
Corée du sud, 2004, de HONG Sang-soo, CL, 88'
Avec Seong Hyeon-a, Kim Tae-woo, Yu Ji-tae



Certains ont toujours reproché (ô combien injustement) à Yasujiro Ozu 
d'avoir sans cesse tourné le même film. De même, bien des spectateurs 
trouveront les différentes ½uvres de Hong Sang-soo incroyablement
semblables. Histoires d'amours contrariées, protagonistes souvent en 
triangle (deux hommes et une femme), déconstruction et reconstruction 
totale du récit par des allers-retours passé-présent que rien n'annonce 
ou par la répétition décalée d'une même scène mais présentée de façon 
insensiblement différente car correspondant à des visions subjectives, 
scènes récurrentes d'ivresse en général autour d'un repas, rapports 
sexuels aussi peu romantiques que frôlant le sordide, toujours expédiés, 
toujours frustrants, surgissant parfois de ou dans des circonstances 
plutôt inattendues, fins qui n'en sont pas vraiment, etc.

Le cinéma de Hong Sang-soo (considéré à ses débuts comme un Godard 
coréen)  n'est pas facile d'accès car on n'y trouve rien de ce à quoi un 
cinéma majoritaire nous a habitué, à commencer par une linéarité ici 
totalement bannie ou même, simplement, à une "histoire", avec ses 
repères bien tangibles.
LA FEMME EST L'AVENIR DE L'HOMME (titre bien entendu emprunté à Louis 
Aragon), le cinquième film de Hong Sang-soo et son premier en 
compétition officielle au Festival de Cannes, se situe tout à fait dans 
la lignée des précédents, respectant presque à la lettre tous les 
ingrédients "hongien" listés précédemment.

Deux hommes trentenaires, anciens amis de fac, se retrouvent après 
plusieurs années. Le premier, Munho (Yu Ji-tae, également dans "Old 
Boy", présent lui aussi sur la Croisette) est devenu professeur d'Art 
tandis que le second, Hunjoon (Kim Tae-woo), a embrassé une carrière de 
cinéaste pas encore raté mais en voie de l'être. Le début du film 
rappelle ainsi celui du film précédent de Hong, "The Turning Gate" qui 
commençait là aussi par des retrouvailles identiques. Munho et Hunjoon 
partagent en commun, outre un goût immodéré pour l'alcool (qu'ils 
supportent assez mal, mais enfin vu les quantités ingurgitées ce n'est 
guère étonnant) un souvenir au féminin : Sunhwa (Seong Hyeon-a), que 
Hunjoon avait laissée pour des études aux Etats-Unis. Tout en attendant 
son improbable retour, elle eut une brève aventure avec Munho, aventure 
dont Hunjoon ignore tout encore aujourd'hui. Les deux amis décident de 
partir retrouver Sunhwa, devenue hôtesse dans un hôtel de Punchon, en 
province.
A partir de là, le film tourne autour de discussions dans toutes ses 
variantes : Munho-Hunjoon, Sunhwa-Hunjoon, Sunhwa-Munjo ou les trois 
ensembles, au présent comme au passé.
Chez Hong Sang-soo, les couples ont beaucoup de mal à se former et plus 
de mal encore à durer. La faute sans doute à une communication toujours 
très difficile que l'alcool rend la plupart du temps carrément 
impossible et que les relations sexuelles, comme expliqué précédemment, 
n'aident pas par leur côté expéditif. Une scène de sexe fait pourtant 
exception. Située dans le passé, elle montre Hunjoon retrouvant sa 
fiancée Sunhwa après que celle-ci ait subi un viol. Il décide alors, 
après l'avoir littéralement "nettoyée" sous la douche, de lui faire 
l'amour afin de la rendre "propre.

Les scènes se succèdent comme autant d'épisodes pouvant presque sembler 
distincts les uns des autres – fausse impression, bien sûr – et ayant 
pour effet de composer un mouvement général d'ordre finalement très 
naturaliste.
La critique française aime à comparer Hong à Robert Bresson sous 
prétexte que le cinéaste coréen déclare volontiers avoir reçu le virus 
cinématographique en visionnant "Le Journal d'un curé de campagne". 
Pourtant, peu de choses rapproche ses films de ceux du cinéaste 
chrétien. Bien plus qu'à Bresson, c'est bien une fois encore à Ozu que 
l'on pense en voyant tous les films de Hong sans pour autant qu'il 
puisse jamais y avoir confusion. Lui-même ne cache pas son admiration 
pour le maître nippon et l'influence que celui-ci ne cesse d'exercer sur 
son cinéma.

Chez Hong, les hommes, aussi complexés et empêtrés dans leur maladresse 
que sexuellement obsédés et pressés, se trompent régulièrement sur les 
femmes qu'ils aiment. "La Vierge mise à nue par ses prétendants" 
réservait à cet égard de savoureux moments, le décalage entre phantasme 
masculin et réalité féminine provoquant à tous coups le rire du 
spectateur. Car on rit chez Hong Sang-soo, discrètement mais souvent. La 
femme se révèle toujours différente de ce que croyait son/ses 
prétendant(s). Le phénomène est encore observable dans LA FEMME EST 
L'AVENIR DE L'HOMME. Sunhwa n'est pas (ou plus) la gentille oie blanche 
et innocente que Munho et surtout Hunjoon avaient laissée quelques 
années en arrière. De ce contraste aussi naît l'incompréhension et, bien 
sûr, les problèmes. Mais le révélateur décisif, "matériel" si l'on peut 
dire, est bien l'alcool. Que l'on ne prenne pas cela pour un simple truc 
de mise en scène ou de dramatisation. Hong en fait un acteur à part 
entière et permanent de tous ses films (comme il le fut dans sa propre 
vie). C'est l'alcool qui va lever les inhibitions, délier les langues, 
lâcher les secrets et entraîner des événements aux conséquences la 
plupart du temps irrémédiables. L'alcool est si important pour le 
cinéaste qu'il n'est pas question  pour ses acteurs de tricher sur le 
plateau. Ceux-ci doivent vraiment s'enivrer devant la caméra ! A charge 
pour le réalisateur de maîtriser ce qui peut l'être.

Au risque de se répéter, redisons que les films de Hong Sang-soo sont 
traversés de moments d'humour même lorsque la trame générale se teinte 
de mélancolie ("Le pouvoir de la province de Kwangon") ou carrément 
d'amertume (celui-ci). Ainsi la scène dans le café où, tour à tour, 
Hunjoon puis Munho, se retrouvant seuls quelques instants, tentent de 
"brancher" de façon identique la serveuse, l'un pour la faire tourner, 
l'autre poser (nue) avec les mêmes arguments, s'attirant tous deux des 
réponses en tout point semblables et les mêmes interrogations de la 
patronne de l'établissement. Ou bien, plus subtilement, l'attitude du 
chien de Sunhwa s'éclipsant avec discrétion et de lui-même après que 
Munho ait demandé à sa patronne de le "sucer" et que celle-ci ait 
accepté sans se faire prier.
L'humour se présente par petites touches teintées d'incongruité, parfois 
d'absurdité. Le refus de Hong d'annoncer au spectateur "Attention, ceci 
est du passé, ceci du présent, ceci un rêve" débouche de temps à autre 
sur des instants proches du surréalisme (on se souvient du poisson dans 
la forêt du "Pouvoir de la province de Kangwon"). Ainsi, ici, de la 
scène où il suffit à Munho d'une remarque répétée sur la bonne odeur 
dégagée par une écharpe pour déclencher une hilarité démesurée chez ses 
étudiants. Mais gare aux faux-semblants !

LA FEMME EST L'AVENIR DE L'HOMME est un film réussi, parfaitement 
maîtrisé et auquel le côté désabusé de son auteur confère une distance 
et une sorte d'élégance paresseuse séduisante. Il plaira sans doute 
beaucoup à ceux qui découvrent les films de Hong Sang-soo. Mais pour 
ceux qui attendaient avec impatience ce nouvel opus après avoir aimé les 
précédents, une légère déception sera cependant au rendez-vous, comme 
une impression de voir le cinéaste capitaliser sur ses acquis et tourner 
un peu en rond. On aimerait bien que la prochaine variation à son 
univers soit légèrement plus que subliminale. Car Hong, malgré tout son 
talent, n'a pas (encore ?) le génie d'Ozu.

Philippe Serve

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"Only silence is shame" (Nicola Sacco)
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