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[Cannes 2004] The House of Flying Daggers - Zhang Yimou (Hors Competition)



LES POIGNARDS VOLANTS
THE HOUSE OF FLYING DAGGERS

(Shi Mian Mai Fu)


Chine, 2004, de ZHANG Yimou, CL, 119'
Scénario : Li Feng, Zhang Yimou, Wang Bin
Photo : Zhao Xiaoding
Responsable des scènes d'action : Ching Siu-tung
Musique : Shigeru Umebayashi
Costumes : Emi Wada
Montage : Chen Long
Producteurs : Bill Kong, Zhang Yimou

Avec : Zhang Ziyi, Takeshi Kaneshiro, Andy Lau, Song Dandan


Le deuxième (et dernier, aurait-il prévenu) wuxia pian tourné par Zhang 
Yimou après "Hero", THE HOUSE OF FLYING DAGGERS ou, comme il est appelé 
à être distribué en France, LES POIGNARDS VOLANTS, film présenté hors 
compétition au Festival de Cannes, se révèle une splendeur. De la 
première à la dernière minute, le film est un régal. Ce qui est offert 
au spectateur mérite plus que tout le terme de "cinéma". Certes, on n'y 
apprendra rien sur le sens profond de l'existence et ceux qui rejettent 
tout film ne comportant pas un "message" clair et visible, refuseront 
celui-ci, avant tout histoire d'amour et d'action. Et ils se priveront 
du même coup de deux heures d'immense plaisir.
Précisons d'entrée que tout n'y est pourtant pas parfait. Le défaut 
majeur qu'on pourra faire au film est celui d'un scénario en 
déséquilibre, partageant le film en deux parties et dont la deuxième 
peut sembler moins passionnante que la première. Voyons un peu dans le 
détail :

Nous sommes en 859 après JC et des luttes guerrières opposent le 
gouvernement de la dynastie déclinante Tang à un mouvement rebelle 
appelé "Les Poignards volants". Deux officiers du gouvernement, Leo 
(Andy Lau) et Jin (Takeshi Kaneshiro) se voient chargés d'en arrêter le 
mystérieux nouveau chef (ils ont fait assassiner le précédent) et 
fomentent un plan afin de parvenir à leurs fins. Leo soupçonnant qu'une 
des membres des Poignards volants se cache dans la maison de plaisirs du 
Pavillon des Pivoines, il est décidé d'y envoyer Jin en espion. Celui-ci 
y rencontre une jeune pensionnaire aveugle d'une beauté stupéfiante et 
danseuse exceptionnelle, Mei (Zhang Ziyi).

L'histoire, qui démarre selon un canevas assez classique mais pas moins 
intéressant, bien au contraire, va peu à peu tourner au romanesque 
triangle amoureux assez complexe, notamment grâce à deux coups de 
théâtre fort bien amenés. Néanmoins, si on le compare avec "Hero" (dont 
on notera en passant qu'il n'a toujours pas été distribué aux Usa), le 
film se révèle beaucoup moins abstrait et conceptuel et devrait toucher 
un plus large public. On regrettera cependant un peu que cette évolution 
scénaristique évacue complètement ou presque la lutte entre le pouvoir 
et les rebelles. Mais nous sommes en présence d'un wuxia pian et la mise 
en images de l'histoire est plus importante que celle-ci. Autrement dit, 
la mise en scène dans tous ses composants : image, musique, composition 
des plans, montage, direction d'acteurs et, bien sûr, chorégraphie des 
scènes d'action.

LES POIGNARDS VOLANTS (le titre original chinois signifie littéralement 
: "Embuscades de dix côtés à la fois") atteint les sommets dans tous les 
domaines évoqués.
Le réalisateur fut, on le sait, directeur de la photo avant de devenir 
cinéaste (notamment sur "Terre jaune" de Chen Kaige qui lança le 
renouveau du cinéma chinois et créa la "5ème génération"). Chacun a en 
mémoire les images somptueuses du Sorgho rouge, de Epouses et 
Concubines, Vivre !, Shanghai Triad ou Hero.  On le croyait incapable de 
faire mieux, on avait tort. La photographie des POIGNARDS VOLANTS (due à 
Zhao Xiaoding) touche au sublime dans un film presque entièrement tourné 
en extérieurs (au Sizhuan et en Ukraine). Si vous aviez aimé les forêts 
automnales de Hero, vous craquerez devant les incroyables couleurs de ce 
film-ci, auxquelles se mêlent celles des costumes ou du Pavillon des 
Pivoines. La musique, signée Shigeru Umebayashi ("In the Mood for Love") 
se fond complètement à l'action tout en gardant sa propre existence, un 
peu comme en son temps celle de Tigre et Dragon.

Les trois acteurs principaux sont tout bonnement excellents. Le beau 
Takeshi Kaneshiro (moitié taiwanais, moitié japonais) dévoile tous ses 
charmes séducteurs dans un rôle fortement évolutif tandis que Andy Lau, 
à l'allure plus mûre et plus sobre, donne le meilleur de lui-même. Entre 
les deux amis bientôt rivaux, Zhang Ziyi se montre tout simplement 
magnifique. D'une beauté à couper le souffle, elle illumine le film pour 
son troisième film avec Zhang Yimou (qui la fit débuter dans "The Road 
Home"). Sa personne avait été quelque peu sous-exploitée dans Hero et le 
réalisateur lui devait une revanche. Il la lui a offerte avec éclat. En 
deux films présentés simultanément à Cannes (avec le "2046" de Wong 
Kar-wai où elle s'avère tout simplement sublime), Zhang Ziyi aura prouvé 
qu'elle n'est pas seulement un visage d'une pureté absolue mais aussi 
une remarquable actrice à la palette très large.

Mais aucun wuxia pian ne sera jamais réussi sans scènes d'action dignes 
de ce nom. Et là encore LES POIGNARDS VOLANTS placent la barre très 
haut. Comment, en voyant ce film, ne pas penser aux plus belles 
réussites du maître King Hu, un King Hu à qui aurait été offert tout ce 
que la technique d'aujourd'hui permet en divers trucages ?
Dirigées par Ching Siu-Tung, deux scènes (au moins) feront date et 
méritent déjà le terme d'anthologie : une première, quasi indescriptible 
par sa complexité, où on se contentera de dire que Zhang Ziyi se livre à 
"La danse de l'écho" au son de multiples tambours "animés" par... des 
haricots, et une seconde, de combat, dans une forêt de bambous 
incontournable à tout wuxia pian, scène au rythme endiablé, à 
l'inventivité cinématographique hallucinante et hommage direct au film 
de King Hu "A Touch of Zen", qu'il surpasse en cet instant. Ces deux 
scènes entraînèrent d'ailleurs les applaudissements nourris d'un public 
absolument conquis, que ce soit à la projection "presse" ou "public".
On remarquera qu'à l'inverse de "Hero", Zhang Yimou n'a pas fait appel à 
des milliers de figurants pour ce film. Une vingtaine de protagonistes 
en même temps à l'image pour les combats les plus spectaculaires, et 
c'est tout. Le film a là une modestie qui s'oppose à la luxuriance 
visuelle de l'oeuvre qui n'est jamais, il est bon de le souligner, 
hyper-esthétisation.

LES POIGNARDS VOLANTS semblent promis à une belle carrière en salles. Ce 
ne serait là que justice tant ce film impressionne par sa beauté et sa 
maîtrise. Notons que Zhang Yimou l'a dédié à l'actrice-chanteuse Anita 
Mui, tragiquement décédée d'un cancer en décembre 2003, quelques jours 
après avoir décliné l'invitation du cinéaste à rejoindre l'équipe du film.

Philippe Serve 

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