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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Avis critique] Made in USA - Jean-Luc Godard (1966)
[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion.]
MADE IN USA
France, 1966, de Jean-Luc Godard, CL, 90'
Scénario : Jean-Luc Godard d'après le roman de Donald E. Westlake (alias
Richard Stark) "The Jugger" ("Rien dans le coffre").
Photo: Raoul Coutard
Montage : François Collin, Agnès Guillemot
Producteur : Georges de Beauregard
Avec : Anna Karina, Claude Bouillon, Jean-Pierre Léaud, Laszlo Szabo,
Ernest Menzer, Yves Alfonso, Rémo Forlani, Marianne Faithfull, Marc
Dudicourt, Jean-Luc Godard (voix).
La journaliste Paula Nelson (Anna Karina) cherche à savoir qui a tué son
amant Richard. Son enquête la propulse dans un monde chaotique où elle
croise flics et truands et où elle n'hésite pas elle-même à faire le
coup de feu...
Un film Po-po-po
Avec MADE IN USA, "polar" à sa sauce personnelle, Jean-Luc Godard vire
véritablement au cinéma politique qui, transformé en arme militante, le
coupera à partir des mois suivants du public pour dix ans (1969-79,
jusqu'à "Sauve qui peut (la Vie)").
"L'impression de naviguer dans un film de Walt Disney mais joué par
Humphrey Bogart, donc... dans un film politique" prévient le personnage
joué par Anna Karina en début de film. Assertion qu'elle reprendra plus
tard de manière légèrement différente : "On était bien dans un film
politique. C'est à dire du Walt Disney plus du sang".
Les intentions de Godard, réaliser un film tout à la fois politique,
poétique et policier, étaient peut-être claires mais on ne peut dire que
le résultat soit à la hauteur. D'abord, on ne comprend rien à
l'histoire. Il paraîtrait que Godard se serait inspiré du chef d'oeuvre
d'Howard Hawks "The Big Sleep" (Le Grand Sommeil) dont on sait que
personne ou presque (à commencer par son réalisateur et même ses
scénaristes) n'a jamais réussi à bien saisir de quoi il retournait. Ici,
c'est bien pire ! Au scénario touffu à souhait, Godard ajoute un
traitement cinématographique certes très séduisant dans ses principes
(innovations et audaces talentueuses à tous les étages) mais qui tourne
vite à vide et ne provoque chez le spectateur ni émotion ni la réflexion
sans doute souhaitée par le cinéaste.
Si le montage et la narration, complètement éclatés, demeurent
intéressants, il n'en va pas de même de l'utilisation (ou devrais-je
dire du massacre ?) des dialogues. Régulièrement rendus inaudibles par
l'insertion de sons la plupart du temps "naturels" (avions) ou carrément
articulés dans le vide (Godard coupe le son, transformant ces scènes en
parodie de cinéma muet), ils souffrent aussi d'une Anna Karina la
plupart du temps incompréhensible. Et que dire des discours idéologiques
enregistrés et restitués sur bande magnétique par la voix même de
Godard, véritable torture pour les oreilles les mieux disposées ? A tel
point que l'on est légitimement en droit de se demander si le Genevois
le plus célèbre du grand écran n'a pas commencé avec ce film sa grande
entreprise d'auto-destruction dont les films politiques des années
suivantes serviront de bras armé. Surtout ne pas rester populaire (ce
qu'il était alors) semblait être devenu une obsession, liée à son désir
naturel de provocation et ses certitudes que le combat politique contre
la bourgeoisie ne devait pas seulement être mené sur le fond (le
discours) mais aussi (surtout ?) sur la forme esthétique, véhicule du
discours idéologique.
"La seule façon d'être un intellectuel révolutionnaire était de cesser
d'être un intellectuel" professait-il, visiblement sous influence de la
Révolution Culturelle maoïste déclenchée l'année même de MADE IN USA.
Peut-être, mais le résultat obtenu fut l'inverse de celui souhaité (à
l'image du reste de l'expérience chinoise), ses films devenant de plus
en plus de pures oeuvres intellectuelles que le "génie
cinématographique" du cinéaste ne sut pas rendre aux "masses" qu'il
prétendait vouloir éclairer. Les seuls qui continuèrent à voir et à
défendre les films de Godard furent bien des intellectuels, peut-être de
gauche, mais appartenant en fait au même cercle d'élite(s) que ceux
qu'ils prétendaient combattre.
Passé l'intérêt de départ porté à toute oeuvre signée Godard, MADE IN
USA génère assez vite un ennui grandissant. L'incompréhension générale
déjà évoquée mais aussi un manque de rythme (et le rythme
cinématographique ne doit pas être confondu avec le concept de
"vitesse") et des lourdeurs pèsent de tout leur poids, finissant par
endormir le spectateur. Certains monologues tel celui,
philosophico-surréaliste, de l'ouvrier (joué par Rémo Forlani) dans un
bar ou bien encore les adresses d'Anna Karina à la caméra, beaucoup trop
littéraires et sentencieuses, sans oublier le discours de la bande
magnétique déjà cité ici, entachent le film d'un vernis finalement assez
pédant.
Le (justement) célèbre humour godardien est rarement présent. Si les
références cinémato-politico-policières en forme de clin d'oeil sont
aussi faciles qu'amusantes (les personnages s'appellent Davis Goodis,
Donald Siegel, Richard Widmark, Doris Mizoguchi, Aldrich, Robert Mac
Namara ou Richard Nixon), on ne le retrouve qu'au détour de quelques
phrases : "Pendant la guerre, 70 et 14, ça faisait 40" (Anna Karina),
excellente synthèse historique au demeurant; "Quelle est la vitesse
maximum de l'amour ? Réponse : 68 kms à l'heure, parce que 1 km de plus
provoquerait un tête à queue" (Jean-Pierre Léaud). C'est peu.
Le discours politique (si tant est qu'on arrive à l'entendre) frappe
parfois juste, surtout lorsqu'il se fait interrogateur et lorsque Godard
ne prétend pas apporter de réponse toute faite. Ainsi des propos tenus
par le journaliste Philippe Labro (jouant son propre rôle) : "La Droite
et la Gauche, on ne les changera pas. La Droite, parce qu'elle est
idiote à force de méchanceté. Et la Gauche parce qu'elle est
sentimentale. D'ailleurs, la Droite et la Gauche, c'est une équation
complètement périmée. C'est plus du tout comme ça qu'il faut la poser."
Mais à la question d'Anna Karina "Alors comment ?", Labro ne répond
rien. Et le film se termine sur cette incertitude. Quelques mois plus
tard, ce sera 1968 où explosera dans le monde entier l'affrontement
entre les représentants des pouvoirs bourgeois et les mouvements
révolutionnaires, les "Gauches" traditionnelle se retrouvant un peu
partout larguées et à la remorque. En ce sens, le slogan "Gauche : année
zéro" affiché plusieurs fois à l'écran, sonne quelque peu prophétique.
Reste un superbe travail sur l'image de Raoul Coutard où les couleurs
vives, rouge, jaune et bleu, dominent et, comme mentionné précédemment,
un montage typiquement godardien sachant souvent provoquer de la
surprise et du sens imprévu.
Côté interprétation, Anna Karina n'est guère convaincante en "Humphrey
Bogart en jupe". Moins à l'aise que dans ses films précédents sous la
direction de son mari d'alors (Godard et elle divorceront en 1968),
notamment "Pierrot le fou", elle pâtit de plus d'un personnage trop
lisse et pour tout dire inintéressant. On notera la présence d'Yves
Alfonso jouant une sorte de clone (parodique ?) de Jean-Paul Belmondo et
celle de Jean-Pierre Léaud, hélas trop courte bien que marquante. Et
puis l'apparition, sans aucune justification scénaristique autre qu'une
touche de poésie, de la toute jeune Marianne Faithfull (20 ans) au
visage encore bien juvénile, le temps pour elle de susurrer a capella
son désormais mythique "As Tears Go By", écrit pour elle par son petit
copain de l'époque, un certain Mick Jagger.
Philippe Serve
[critique illustrée : http://perso.club-internet.fr/pserve/Made_in_Usa.html]
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" Je suis d'accord avec l'amour tant que cela
n'arrive pas pendant les Simpson a la television. "
(Anita 6 ans)
Ecrans pour Nuits Blanches : http://perso/club-internet.fr/pserve
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