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[Avis critique] Made in USA - Jean-Luc Godard (1966)


  • Subject: [Avis critique] Made in USA - Jean-Luc Godard (1966)
  • From: Gromit <gromit@club-internet.fr>
  • Date: 23 Jun 2004 14:10:01 GMT
  • Approved: modappbot@dspnet.fr.eu.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Moderation de fr.rec.cinema.selection
  • References: <40d8d161$0$305$7a628cd7@news.club-internet.fr>
  • Sender: modappbot@dspnet.fr.eu.org
  • Xref: unknown fr.rec.cinema.selection:271

[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion.]

MADE  IN  USA

France, 1966, de Jean-Luc Godard, CL, 90'

Scénario : Jean-Luc Godard d'après le roman de Donald E. Westlake (alias 
Richard Stark) "The Jugger" ("Rien dans le coffre").
Photo: Raoul Coutard
Montage : François Collin, Agnès Guillemot
Producteur : Georges de Beauregard

Avec : Anna Karina, Claude Bouillon, Jean-Pierre Léaud, Laszlo Szabo, 
Ernest Menzer, Yves Alfonso, Rémo Forlani, Marianne Faithfull, Marc 
Dudicourt, Jean-Luc Godard (voix).


La journaliste Paula Nelson (Anna Karina) cherche à savoir qui a tué son 
amant Richard. Son enquête la propulse dans un monde chaotique où elle 
croise flics et truands et où elle n'hésite pas elle-même à faire le 
coup de feu...


Un film Po-po-po

Avec MADE IN USA, "polar" à sa sauce personnelle, Jean-Luc Godard vire 
véritablement au cinéma politique qui, transformé en arme militante, le 
coupera à partir des mois suivants du public pour dix ans (1969-79, 
jusqu'à "Sauve qui peut (la Vie)").
"L'impression de naviguer dans un film de Walt Disney mais joué par 
Humphrey Bogart, donc... dans un film politique" prévient le personnage 
joué par Anna Karina en début de film. Assertion qu'elle reprendra plus 
tard de manière légèrement différente : "On était bien dans un film 
politique. C'est à dire du Walt Disney plus du sang".
Les intentions de Godard, réaliser un film tout à la fois politique, 
poétique et policier, étaient peut-être claires mais on ne peut dire que 
le résultat soit à la hauteur. D'abord, on ne comprend rien à 
l'histoire. Il paraîtrait que Godard se serait inspiré du chef d'oeuvre 
d'Howard Hawks "The Big Sleep" (Le Grand Sommeil) dont on sait que 
personne ou presque (à commencer par son réalisateur et même ses 
scénaristes) n'a jamais réussi à bien saisir de quoi il retournait. Ici, 
c'est bien pire ! Au scénario touffu à souhait, Godard ajoute un 
traitement cinématographique certes très séduisant dans ses principes 
(innovations et audaces talentueuses à tous les étages) mais qui tourne 
vite à vide et ne provoque chez le spectateur ni émotion ni la réflexion 
sans doute souhaitée par le cinéaste.

Si le montage et la narration, complètement éclatés, demeurent 
intéressants, il n'en va pas de même de l'utilisation (ou devrais-je 
dire du massacre ?) des dialogues. Régulièrement rendus inaudibles par 
l'insertion de sons la plupart du temps "naturels" (avions) ou carrément 
articulés dans le vide (Godard coupe le son, transformant ces scènes en 
parodie de cinéma muet), ils souffrent aussi d'une Anna Karina la 
plupart du temps incompréhensible. Et que dire des discours idéologiques 
enregistrés et restitués sur bande magnétique par la voix même de 
Godard, véritable torture pour les oreilles les mieux disposées ? A tel 
point que l'on est légitimement en droit de se demander si le Genevois 
le plus célèbre du grand écran n'a pas commencé avec ce film sa grande 
entreprise d'auto-destruction dont les films politiques des années 
suivantes serviront de bras armé. Surtout ne pas rester populaire (ce 
qu'il était alors) semblait être devenu une obsession, liée à son désir 
naturel de provocation et ses certitudes que le combat politique contre 
la bourgeoisie ne devait pas seulement être mené sur le fond (le 
discours) mais aussi (surtout ?) sur la forme esthétique, véhicule du 
discours idéologique.
"La seule façon d'être un intellectuel révolutionnaire était de cesser 
d'être un intellectuel" professait-il, visiblement sous influence de la 
Révolution Culturelle maoïste déclenchée l'année même de MADE IN USA. 
Peut-être, mais le résultat obtenu fut l'inverse de celui souhaité (à 
l'image du reste de l'expérience chinoise), ses films devenant de plus 
en plus de pures oeuvres intellectuelles que le "génie 
cinématographique" du cinéaste ne sut pas rendre aux "masses" qu'il 
prétendait vouloir éclairer. Les seuls qui continuèrent à voir et à 
défendre les films de Godard furent bien des intellectuels, peut-être de 
gauche, mais appartenant en fait au même cercle d'élite(s) que ceux 
qu'ils prétendaient combattre.

Passé l'intérêt de départ porté à toute oeuvre signée Godard, MADE IN 
USA génère assez vite un ennui grandissant. L'incompréhension générale 
déjà évoquée mais aussi un manque de rythme (et le rythme 
cinématographique ne doit pas être confondu avec le concept de 
"vitesse") et des lourdeurs pèsent de tout leur poids, finissant par 
endormir le spectateur. Certains monologues tel celui, 
philosophico-surréaliste, de l'ouvrier (joué par Rémo Forlani) dans un 
bar ou bien encore les adresses d'Anna Karina à la caméra, beaucoup trop 
littéraires et sentencieuses, sans oublier le discours de la bande 
magnétique déjà cité ici, entachent le film d'un vernis finalement assez 
pédant.
Le (justement) célèbre humour godardien est rarement présent. Si les 
références cinémato-politico-policières en forme de clin d'oeil sont 
aussi faciles qu'amusantes (les personnages s'appellent Davis Goodis, 
Donald Siegel, Richard Widmark, Doris Mizoguchi, Aldrich, Robert Mac 
Namara ou Richard Nixon), on ne le retrouve qu'au détour de quelques 
phrases : "Pendant la guerre, 70 et 14, ça faisait 40" (Anna Karina), 
excellente synthèse historique au demeurant; "Quelle est la vitesse 
maximum de l'amour ? Réponse : 68 kms à l'heure, parce que 1 km de plus 
provoquerait un tête à queue" (Jean-Pierre Léaud). C'est peu.

Le discours politique (si tant est qu'on arrive à l'entendre) frappe 
parfois juste, surtout lorsqu'il se fait interrogateur et lorsque Godard 
ne prétend pas apporter de réponse toute faite. Ainsi des propos tenus 
par le journaliste Philippe Labro (jouant son propre rôle) : "La Droite 
et la Gauche, on ne les changera pas. La Droite, parce qu'elle est 
idiote à force de méchanceté. Et la Gauche parce qu'elle est 
sentimentale. D'ailleurs, la Droite et la Gauche, c'est une équation 
complètement périmée. C'est plus du tout comme ça qu'il faut la poser." 
Mais à la question d'Anna Karina "Alors comment ?", Labro ne répond 
rien. Et le film se termine sur cette incertitude. Quelques mois plus 
tard, ce sera 1968 où explosera dans le monde entier l'affrontement 
entre les représentants des pouvoirs bourgeois et les mouvements 
révolutionnaires, les "Gauches" traditionnelle se retrouvant un peu 
partout larguées et à la remorque. En ce sens, le slogan "Gauche : année 
zéro" affiché plusieurs fois à l'écran, sonne quelque peu prophétique.

Reste un superbe travail sur l'image de Raoul Coutard où les couleurs 
vives, rouge, jaune et bleu, dominent et, comme mentionné précédemment, 
un montage typiquement godardien sachant souvent provoquer de la 
surprise et du sens imprévu.
Côté interprétation, Anna Karina n'est guère convaincante en "Humphrey 
Bogart en jupe".  Moins à l'aise que dans ses films précédents sous la 
direction de son mari d'alors (Godard et elle divorceront en 1968), 
notamment "Pierrot le fou", elle pâtit de plus d'un personnage trop 
lisse et pour tout dire inintéressant. On notera la présence d'Yves 
Alfonso jouant une sorte de clone (parodique ?) de Jean-Paul Belmondo et 
celle de Jean-Pierre Léaud, hélas trop courte bien que marquante. Et 
puis l'apparition, sans aucune justification scénaristique autre qu'une 
touche de poésie, de la toute jeune Marianne Faithfull (20 ans) au 
visage encore bien juvénile, le temps pour elle de susurrer a capella 
son désormais mythique "As Tears Go By", écrit pour elle par son petit 
copain de l'époque, un certain Mick Jagger.

Philippe Serve

[critique illustrée : http://perso.club-internet.fr/pserve/Made_in_Usa.html]

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" Je suis d'accord avec l'amour tant que cela
n'arrive pas pendant les Simpson a la television. "
(Anita 6 ans)
Ecrans pour Nuits Blanches : http://perso/club-internet.fr/pserve

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