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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Avis] Le Dejeuner sur l'herbe - Jean Renoir (1959)
[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion.] LE DÉJEUNER SUR L'HERBE France, 1959, de Jean RENOIR, CL, 1h31 Scénario : Jean Renoir Musique : Joseph Kosma Photo : Georges Leclerc Montage : René Lichtig Productrice : Ginette Courtois-Doynel Avec : Paul Meurisse, Catherine Rouvel, Fernand Sardou, Paulette Dubost Etienne Alexis (Paul Meurisse), célèbre scientifique et chantre de l'insémination artificielle, doit devenir le Président de l'Europe. Avant cela, il prépare son mariage avec sa cousine, une Allemande adepte du scoutisme. Encadré par sa famille, des hommes d'affaire ayant tous un intérêt financier à ses recherches scientifiques, il organise un déjeuner sur l'herbe, autrement dit un pique-nique. Une bourrasque imprévue et provoquée par un berger malicieux va lui faire rencontrer la jeune et pétillante paysanne Nénette (Catherine Rouvel) dont il va tomber amoureux. Considéré comme un navet à sa sortie puis, au fil des années, comme le chef d'oeuvre ultime du père de La Grande Illusion, de La Règle du Jeu ou de La Bête Humaine, comment apparaît donc aujourd'hui, 45 ans après sa réalisation, LE DEJEUNER SUR L'HERBE de Jean Renoir ? Si le film réserve des moments somptueux, entièrement réservés à la séance campagnarde (qui donne son titre au film, lui-même emprunté au fameux tableau d'Edouard Manet), ces derniers sont courts et tout de même très rares. Ainsi, des images parfois superbes et qui ne peuvent que renvoyer aux peintures du père de Jean, (le film a d'ailleurs été tourné en décors naturels à Cagnes-sur-Mer, là où se tient aujourd'hui le Musée Auguste Renoir), un personnage féminin incarné avec grande fraîcheur par Catherine Rouvel semblant tout droit sortie d'un des tableaux du maître et quelques répliques amusantes rendent la première demi-heure très agréable. Hélas, tout le reste plonge dans le médiocre, l'à peu près ou le franchement mauvais. La célèbre "politique des auteurs" instituée par les critiques des Cahiers du Cinéma ont transformé ce qui était un film aux trois quarts raté en chef d'oeuvre sous le prétexte qu'un grand cinéaste ne peut pas faire de mauvais film. Et comme Renoir était un dieu pour les jeunes Truffaut, Godard, Rivette et autres Rohmer, l'affaire fut entendue. Mais si l'on compare LE DEJEUNER SUR L'HERBE avec les grands films de son auteur cités plus haut ou avec la sublissime Partie de Campagne à laquelle on ne peut pas ne pas penser ici, le film qui nous concerne devient carrément embarrassant. Comment Renoir a-t-il pu gâcher son talent dans une pochade qui n'hésite pas à emprunter certains chemins, non de campagne mais du ridicule, malgré ses quelques beaux moments déjà évoqués ? Pourtant, ce film avait tout pour séduire. Son échec n'en sonne alors que plus triste. Il échoue autant sur le fond que sur la forme. Sur le fond, Renoir choisit de dénoncer par le biais de la comédie la "modernité" et le "tout science". Nous sommes à la fin des années 50 et les sociétés en reconstruction d'après guerre misent toutes sur le "progrès pour tous" assuré par un développement toujours plus grand des sciences et des inventions. Les années 60 qui s'annoncent sonneront comme le triomphe de cette modernité, de la télévision dans chaque foyer à l'Homme sur la Lune, en passant par la pilule contraceptive, la mini-jupe et une quantité astronomique d'appareils ménagers de plus en plus perfectionnés. Renoir se méfie des "savants" comme de la peste et entend dénoncer par avance une société qui serait régie par eux, l'insémination artificielle étant ici symboliquement choisie comme aberration typique de ces "apprentis sorciers". A cela, Renoir oppose l'amour en chair et en os, la fécondation naturelle, les arbres, les ruisseaux et les petits oiseaux. Les intentions sont sympathiques, certes, mais le désir de caricature de ce qu'est la Science se fait si appuyé que cette caricature se retourne contre son auteur en vampirisant tout le film. Caricature sur le fond et caricature sur la forme. Renoir avait maintes fois prouvé par le passé tout son talent à entremêler drame et comédie. Le burlesque avait toujours su trouver sa juste place (qu'on pense à Boudu ou à certaines scènes de La Règle du Jeu) mais ici il sombre dans le n'importe quoi et malgré toute sa bonne volonté Paul Meurisse ne nous arrache que quelques brefs sourires en début de film. Loin de la légèreté voulue par Renoir, la démonstration se fait très pesante et le film se teinte de minute en minute d'un ton finalement assez condescendant et paternaliste. L'hymne à la nature et à l'amour qui illuminait tant Une Partie de Campagne tourne ici à vide et ne laisse plus, couchées dans l'herbe, que de belles intentions sous la forme de miettes, restes d'un déjeuner trop fade... Les critiques de la Nouvelle Vague avaient tort : ce film n'est pas un chef d'oeuvre "car" réalisé par le grand Renoir. Ce film est un triste raté "car" émanant du grand Renoir. Philippe Serve -- " Je suis d'accord avec l'amour tant que cela n'arrive pas pendant les Simpson a la television. " (Anita 6 ans) Ecrans pour Nuits Blanches : http://perso/club-internet.fr/pserve -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://www.usenet-fr.news.eu.org/fur/conseils/frcs.html> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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