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[Avis] Le Dejeuner sur l'herbe - Jean Renoir (1959)


  • Subject: [Avis] Le Dejeuner sur l'herbe - Jean Renoir (1959)
  • From: Gromit <gromit@club-internet.fr>
  • Date: 11 Jul 2004 10:15:02 GMT
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  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
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[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur
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LE DÉJEUNER SUR L'HERBE

France, 1959, de Jean RENOIR, CL, 1h31

Scénario : Jean Renoir
Musique : Joseph Kosma
Photo : Georges Leclerc
Montage : René Lichtig
Productrice : Ginette Courtois-Doynel

Avec : Paul Meurisse, Catherine Rouvel, Fernand Sardou, Paulette Dubost


Etienne Alexis (Paul Meurisse), célèbre scientifique et chantre de 
l'insémination artificielle, doit devenir le Président de l'Europe. 
Avant cela, il prépare son mariage avec sa cousine, une Allemande adepte 
du scoutisme. Encadré par sa famille, des hommes d'affaire ayant tous un 
intérêt financier à ses recherches scientifiques, il organise un 
déjeuner sur l'herbe, autrement dit un pique-nique. Une bourrasque 
imprévue et provoquée par un berger malicieux va lui faire rencontrer la 
jeune et pétillante paysanne Nénette (Catherine Rouvel) dont il va 
tomber amoureux.

Considéré comme un navet à sa sortie puis, au fil des années, comme le 
chef d'oeuvre ultime du père de La Grande Illusion, de La Règle du Jeu 
ou de La Bête Humaine, comment apparaît donc aujourd'hui, 45 ans après 
sa réalisation, LE DEJEUNER SUR L'HERBE de Jean Renoir ?

Si le film réserve des moments somptueux, entièrement réservés à la 
séance campagnarde (qui donne son titre au film, lui-même emprunté au 
fameux tableau d'Edouard Manet), ces derniers sont courts et tout de 
même très rares. Ainsi, des images parfois superbes et qui ne peuvent 
que renvoyer aux peintures du père de Jean, (le film a d'ailleurs été 
tourné en décors naturels à Cagnes-sur-Mer, là où se tient aujourd'hui 
le Musée Auguste Renoir), un personnage féminin incarné avec grande 
fraîcheur par Catherine Rouvel semblant tout droit sortie d'un des 
tableaux du maître et quelques répliques amusantes rendent la première 
demi-heure très agréable. Hélas, tout le reste plonge dans le médiocre, 
l'à peu près ou le franchement mauvais.
La célèbre "politique des auteurs" instituée par les critiques des 
Cahiers du Cinéma ont transformé ce qui était un film aux trois quarts 
raté en chef d'oeuvre sous le prétexte qu'un grand cinéaste ne peut pas 
faire de mauvais film. Et comme Renoir était un dieu pour les jeunes 
Truffaut, Godard, Rivette et autres Rohmer, l'affaire fut entendue. Mais 
si l'on compare LE DEJEUNER SUR L'HERBE avec les grands films de son 
auteur cités plus haut ou avec la sublissime Partie de Campagne à 
laquelle on ne peut pas ne pas penser ici, le film qui nous concerne 
devient carrément embarrassant. Comment Renoir a-t-il pu gâcher son 
talent dans une pochade qui n'hésite pas à emprunter certains chemins, 
non de campagne mais du ridicule, malgré ses quelques beaux moments déjà 
évoqués ?

Pourtant, ce film avait tout pour séduire. Son échec n'en sonne alors 
que plus triste. Il échoue autant sur le fond que sur la forme. Sur le 
fond, Renoir choisit de dénoncer par le biais de la comédie la 
"modernité" et le "tout science". Nous sommes à la fin des années 50 et 
les sociétés en reconstruction d'après guerre misent toutes sur le 
"progrès pour tous" assuré par un développement toujours plus grand des 
sciences et des inventions. Les années 60 qui s'annoncent sonneront 
comme le triomphe de cette modernité, de la télévision dans chaque foyer 
à l'Homme sur la Lune, en passant par la pilule contraceptive, la 
mini-jupe et une quantité astronomique d'appareils ménagers de plus en 
plus perfectionnés. Renoir se méfie des "savants" comme de la peste et 
entend dénoncer par avance une société qui serait régie par eux, 
l'insémination artificielle étant  ici symboliquement choisie comme 
aberration typique de ces "apprentis sorciers". A cela, Renoir oppose 
l'amour en chair et en os, la fécondation naturelle, les arbres, les 
ruisseaux et les petits oiseaux. Les intentions sont sympathiques, 
certes, mais le désir de caricature de ce qu'est la Science se fait si 
appuyé que cette caricature se retourne contre son auteur en vampirisant 
tout le film.
Caricature sur le fond et caricature sur la forme. Renoir avait maintes 
fois prouvé par le passé tout son talent à entremêler drame et comédie. 
Le burlesque avait toujours su trouver sa juste place (qu'on pense à 
Boudu ou à certaines scènes de La Règle du Jeu) mais ici il sombre dans 
le n'importe quoi et malgré toute sa bonne volonté Paul Meurisse ne nous 
arrache que quelques brefs sourires en début de film. Loin de la 
légèreté voulue par Renoir, la démonstration se fait très pesante et le 
film se teinte de minute en minute d'un ton finalement assez 
condescendant et paternaliste. L'hymne à la nature et à l'amour qui 
illuminait tant Une Partie de Campagne tourne ici à vide et ne laisse 
plus, couchées dans l'herbe, que de belles intentions sous la forme de 
miettes, restes d'un déjeuner trop fade...

Les critiques de la Nouvelle Vague avaient tort : ce film n'est pas un 
chef d'oeuvre "car" réalisé par le grand Renoir. Ce film est un triste 
raté "car" émanant du grand Renoir.

Philippe Serve

-- 
" Je suis d'accord avec l'amour tant que cela
n'arrive pas pendant les Simpson a la television. "
(Anita 6 ans)
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