|
[Recherche]
[Date Prev][Date Next][Date Index] [Avis] A travers l'orage - DW Griffith (1920)
[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion. -- DE] À TRAVERS L'ORAGE (WAY DOWN EAST) Usa, 1920, de Dwight W. Griffith, muet, NB, 100' à 145 ou 165' selon les copies Scénario : Anthony Paul Kelly d'après les pièces de William A. Brady et Jospeh R. Grismer Avec : Lilian Gish, Richard Barthelmess Lowell Sherman, Burr McIntosh Kate Bruce, Mary Hay La jeune et pauvre Anna Moore (Lillian Gish) vit seule avec sa mère. Au cours d'une visite chez de riches cousins, elle est séduite par un don juan, Lennox Sanderson (Lowell Sherman), l'homme "aux trois spécialités, les femmes, les femmes et encore les FEMMES" qui l'abandonne, enceinte, après un faux mariage. Le bébé de Anna meurt rapidement et la jeune femme, désemparée, trouve refuge et travail chez une famille de fermiers très puritains, les Bartlett. Elle tombe amoureuse du fils de la maison, homme sensible et poète, David (Richard Barthelmess). Mais son passé va ressurgir et, révélé, la mettre au ban de la société. Moins connu que les grandes oeuvres de Griffith telles que Naissance d'une Nation (The Birth of a Nation, 1915), Intolérance (1916) ou Le Lys Brisé (Broken Blossoms, 1919) sommet de la collaboration du cinéaste et de son actrice fétiche Lilian Gish (14 films ensemble), A TRAVERS L'ORAGE compte pourtant parmi ses meilleures réussites. Si l'histoire peut paraître un peu datée à première vue (l'infamie d'être fille-mère et son rejet par une société très puritaine), elle l'est moins lorsqu'on veut bien s'y attarder. La tolérance, une fois de plus, mais aussi la trahison, l'injustice et la lâcheté constituent autant de thèmes présents au coeur du film. On peut aussi y voir poindre comme une (légère) préfiguration de thèses féministes via la dénonciation de l'égoïsme séducteur du mâle triomphant. Naturellement, le film tire aussi sa qualité de la mise en scène de Griffith, tissée autour d'une construction scénaristique et surtout d'un découpage et d'un montage sans faille très maîtrisés. Il alterne longues plages dramatiques et purs moments de comédie parfois même teintés de burlesque (on le lui reprochera), jusqu'à la scène finale du triple mariage. Enfin et comme toujours, la simple présence de la magnifique Lillian Gish fait de WAY DOWN EAST une œuvre à ne pas manquer. L'actrice personnifie comme nulle autre l'innocence, la pureté, la naïveté mais aussi une fragilité physique que vient contredire et sauver une force et une puissance mentale intense et étonnante. Admirable Lillian Gish, toujours prête aux pires sacrifices pour la grandeur de son art et qui faillit y laisser sa santé, voire pire, dans la scène de la rivière gelée tournée en décors naturels et conditions réelles, scène où Griffith tient en haleine le spectateur grâce à un suspense résultant lui-même d'un formidable montage alterné. C'est Lillian Gish elle-même qui proposa à Griffith d'aller jusqu'à laisser sa longue chevelure et ses mains traîner dans l'eau glacée avec pour conséquence des gelures qui la firent souffrir toute sa vie. Ecoutons son témoignage : " M. Griffith dirigeait Dick [Richard Barthelmess] à partir d'un pont sur la rivière mais le bruit des chutes d'eau noyaient littéralement ses ordres. Dick, jeune homme mince, était entravé par le lourd manteau en raton-laveur et les chaussures à crampons qu'il était obligé de porter. Alors que je me dirigeais vers les chutes sur ma plaque de glace, M. Griffith cria à Dick qu'il se déplaçait trop lentement mais Dick ne pouvait pas l'entendre. Les gens sur la rive hurlaient aussi avec frénésie. Comme Dick courait vers moi, il s'emballa, sauta et atterrit sur un morceau de glace trop petit. Il tomba à l'eau, parvint à s'en extraire et me souleva finalement dans ses bras alors que allais basculer, puis il courut comme un fou vers la rive. Des années plus tard, lorsque Dick et moi nous rappelions tout ça, il me dit : "Je me demande pourquoi nous avons dû faire ça. Nous aurions pu être tués. Il n'y a pas assez d'argent dans le monde entier pour m'y pousser aujourd'hui..." Mais nous ne faisions pas cela pour l'argent... Toutes les personnes travaillant avec M. Griffith se dédiaient complètement au film que nous faisions. Aucun sacrifice n'était trop grand pour réussir le film, pour le rendre réaliste, véridique et parfait. A nos yeux, nous n'avions aucune importance, seul le film en avait." Comme on peut s'en rendre compte à la vision du film, il s'en fallut d'un cheveu que Lillian Gish ne disparaisse pour de vrai dans la chute d'eau ! L'ancienne fille de confiseur dont le triste exemple de son père, quittant le foyer familial du jour au lendemain, la poussa à ne jamais se marier, qui débuta sur scène à cinq ans et accompagna la grande Sarah Bernhardt en tournée aux Usa, avait rencontré Griffith en 1912. Celui-ci l'engagea aussitôt ainsi que sa soeur Dorothy, plus jeune de cinq ans. Pour le cinéaste, Lillian représentait "la jeune femme innocente qui demeure inaccessible", à l'inverse de Dorothy, "espiègle, joueuse, et provoquant le désir". Les deux soeurs devaient tourner une dernière fois ensemble pour Griffith dans l'un de ses plus grands succès, Les Deux Orphelines (Orphans of the Storm, 1921). WAY DOWN EAST remporta un immense succès aux Usa à sa sortie. Lillian Gish raconta qu'en France, le public ne comprit pas vraiment pourquoi une femme ayant eu un bébé se retrouvait si punie ! [critique illustrée de 26 photos : http://perso.club-internet.fr/pserve/Way_Down_East.html] Le film est disponible en DVD (version courte de 100' sur CDiscount au prix de... 3,99 euros : (minilien) http://www.kyuran.be/?buloxy Philippe Serve -- " Je suis d'accord avec l'amour tant que cela n'arrive pas pendant les Simpson a la television. " (Anita 6 ans) Ecrans pour Nuits Blanches : http://perso/club-internet.fr/pserve -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://www.usenet-fr.news.eu.org/fur/conseils/frcs.html> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
|