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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Avis critique] Fahrenheit 9/11 - Michael Moore (2004)
Le sujet étant polémique, levons d'emblée toute forme d'ambiguïté je suis une fan de Michael Moore et j'ai toujours été résolument contre la guerre en Irak. La critique de son dernier film battant actuellement son plein, je me pourléchais d'avance les babines à l'idée de visionner la dernière provoc' de mon chouchou. Pourtant, dussé-je l'avouer avec regret, le film ne fut pas à la hauteur de mes attentes. Réactions à chaud. Fahrenheit 9/11 entre glorification et paranoïa L'encre journalistique coulant à flot depuis la sortie de ce "brûlot", je m'en étais avidement repue pour prendre patience, dévorant tout un tas de perles magistrales sur le sujet. L'inénarrable Romain Goupil déclarant au sortir de la projection et avec la subtilité qu'on lui connaît "C'est un film nul" me poussait à croire que j'allais visionner un chef d'oeuvre. Sentiment confirmé par la critique de mon programme de l'Utopia pour lequel j'ai beaucoup de respect, et qui m'affirmait que "Fahrenheit 9/11 est un film à la fois sans concession, d'un humour décapant et d'une provocation extrême". Marianne, par la plume de Thomas Vallières, n'hésitait pas à le comparer aux Châtiments de Victor Hugo tandis que d'aucuns exprimaient leur répulsion viscérale vis-à-vis d'une "Oeuvre stalinienne". Un peu de culture ne sachant nuire, rappelons que Fahrenheit, physicien allemand de la fin du XVII°, est l'inventeur d'une graduation du thermomètre qui porte son nom. Si cette unité de mesure était destinée à évaluer l'objectivité des uns et des autres, il y a fort à parier que ledit thermomètre aurait fait long feu... Film de propagande ou documentaire ? Fahrenheit est sans conteste un documentaire... à charge exclusive. Documentaire car il recèle nombre d'informations, connues de ceux qui suivent de près l'actualité, mais susceptibles d'en épater certains. Ainsi y est narré par le menu le fil des relations incestueuses qui unissent le clan Bush à la famille royale d'Arabie Saoudite comme à celle de Ben Laden. Liens si étroits qu'ils permirent à 142 membres de ces familles, deux jours après les attentats du 11 septembre et lors même qu'aucun avion n'était censé entrer ni sortir du territoire américain, de s'envoler avec l'assentiment de la Maison blanche, sans qu'aucune enquête - pourtant règlementaire - ne soit diligentée par le FBI. On en apprend de bonnes sur le "patriot act" ou comment, sous couvert d'anti-terrorisme, l'administration Bush persécute un pépé qui râle contre sa politique dans un club de gym. On y voit aussi d'un oeil vaguement écoeuré -- mais ô combien blasé -- le cynisme des leaders économiques mondiaux se répartissant sans états d'âme les profits issus de la souffrance humaine et du pétrole irakien, lors d'un congrès tout ce qu'il y a de plus officiel. On redécouvre à quel point Bush confond ses intérêts et ceux de l'Amérique, et le vide politique sidéral qu'il incarne. Bref, tout est vrai mais... où est le scoop ? Ainsi que le note Thomas Vallières, que j'aime bien quand même "On pourrait (...) faire remarquer que des scènes ou des faits qui auraient pu être encore plus accusateurs ne figurent pas dans ce pamphlet. Impasse, par exemple, sur le recrutement de Ben Laden par la CIA qui arma et finança sa brigade internationale engagée en Afghanistan ! Absence d'allusions aux sévices de la prison d'Abou Grahib ; aucune image de ces quatres suspects de Ramadi morts sous la torture (...) ; des 40 participants à des noces dans un village près de la frontière syrienne -- une "erreur" - par des avions "libérateurs" ; des 80 civils, femmes et enfants compris, explosés à Fallouja, en trois semaines, par des missiles qui cherchaient un terroriste toujours dans la nature ; des 100 gosses incarcérés, et dont un documentaire de la chaîne allemande ARD vient de révéler qu'ils ont, eux aussi, été affreusement maltraités ; des 500 va-nu-pieds chiites descendus comme des lapins lors des accrochages de Kerbala et de Najaf... Tout cela s'est déroulé après la sortie du film de Moore !" Une débauche de moyens Alors pourquoi, hormis la plus élémentaire mauvaise foi - le retour de notre ami Romain Goupil - ce film est-il soumis à une telle charge ? Au risque de surprendre mes adversaires politiques -- et il y en a même au sein de Vox pop' ! -- il existe en effet des raisons objectives qui, sinon disqualifient, du moins atténuent les vérités assénées par Moore. La sobriété de ses documentaires et le regard décalé qui l'anime, plein d'humour et d'humanité, voient ici difficilement le jour. Tous les moyens sont bons pour nous rallier à sa cause la musique, la confrontation des images-choc (pas toujours honnête), les scènes trop longues sur des mères qui ont perdu un fils et qui crient leur colère (mais quelle mère n'en ferait pas autant ?), la défonce de portes ouvertes (Bush est un abruti notoire, on sait, mais était-ce vraiment nécessaire de le caricaturer ?) etc... À trop vouloir nous convaincre de la justesse de son propos, Moore tend à le discréditer, oubliant le précepte selon lequel "le mieux est l'ennemi du bien". Cependant, et à sa décharge, n'oublions pas que Fahrenheit est d'abord et pour une fois destiné au public américain, abreuvé de désinformation et soumis aux clips vidéo en guise de campagne électorale. Le réalisateur utilise exactement les mêmes armes, ni plus ni moins, que ses adversaires. On peut juste déplorer qu'il ne fasse pas davantage confiance à l'intelligence de son public et à la pertinence de ses arguments pour convaincre. En ce sens, il vend un peu son âme... http://voxpopuli.celeonet.fr/article.php3?id_article=82 Gaelle -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://www.usenet-fr.news.eu.org/fur/conseils/frcs.html> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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