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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Avis] GITS : Innocence, Film - 2004
Le dernier Mamoru Oshii, présenté à Cannes cette année 2004, n'a pas spécialement été bien acceuilli par les critiques. Il n'a d'ailleurs reçu aucun prix lors du festival français. Maintenant que les premières copies en bonne qualité sont dispo sur le web et avant que le film ne sorte sur les grands écrans héxagonaux (et belges, en décembre pour les deux pays), il est temps de faire le point sur ce nouveau Ghost in the Shell. La première chose qu'il faut préciser est qu'il s'agit bien de la suite du premier film, et en aucune manière d'une adaptation de Man Machine Interface (le GITS 2 de Masamune Shirow) ni d'une suite à l'adaptation télé (Ghost in the Shell : Stand Alone Complex, 2ème saison toujours en cours de diffusion au Japon). Deuxième point important : il s'agit bien, comme dans le premier film, d'une oeuvre de Mamuro Oshii, qui cumule les poste de réalisateur et de scénariste, comme à son habitude. On retrouve la section 9 plus ou moins là où on l'avait laissé à la fin du premier long métrage de Ghost in the Shell. Pas de major Kusnagi, donc, puisqu'elle a préféré se fondre dans le réseau mondial. Des crimes inquiétants et inexpliqués sont perpétrés par des cyborgs de nouvelle génération, au corps d'adolescente. Ici, elles éventrent leurs propriétaires, là, elles s'attaquent aux forces de l'ordre qui tentent de les arrêter. Le chef Aramaki décide d'envoyer Batou, l'ancien co-équipier cyborg du Major, et Togusa, le plus humain des membres de la section 9 (littéralement parlant ; c'est lui qui a subit le moins de changements sur son corps d'origine), pour enquêter sur cette affaire. Ce prétexte devient cependant assez vite secondaire. Pas que la résolution de l'enquête ne soit pas intéressante : elle s'inscrit au contraire dans la droite lignée des préoccupations de Oshii (qu'est-ce que la réalité, qu'est-ce que l'âme, une vie cybernétique vaut-elle plus ou moins qu'une vie humaine ?), mais l'enquête en elle-même ne l'intéresse pas vraiment. Il nous entraîne plus volontier dans le quotidien des deux personnages principaux de ce film, à savoir Batou et Togusa. Comme il l'avait déjà fait dans ses adaptations de Patlabor en film, Oshii se penche sur un duo de personnages secondaires du manga adapté. On découvre alors un Batou mélancolique, distant et paranoïaque. Son seul ami, maintenant que Kusanagi n'existe plus que virtuellement, est son chien. L'inévitable basset de Oshii (qui a dans ce film un nettement plus gros rôle quand ses précédents caméos dans les films de son maître) est d'ailleurs, pour être dans le ton, le premier animal de compagnie clôné, car les originaux coûtent trop chers. Togusa, quant à lui, se pose des questions sur sa place dans la section. Lors d'une mémorable scène d'échanges de coups de feu dans un restaurant plein de yakuza, il semble n'être qu'une gêne dans les pieds du cyborg Batou. De plus, Togusa se pose également des questions sur sa propre famille (il est père d'une petite fille) quand, dans le cadre de l'affaire, ils sont amenés à enquêter sur des disparitions de jeunes filles. Les deux pistes du dossier se rejoingneront d'ailleurs lorsque Batou se fait hacker par un étrange pirate informatique, retranché dans un manoir (virtuel ? réel ? dur à dire) perdu au fin fond d'une cité/ordinateur. Vous l'avez peut-être devinez à travers ces quelques lignes de résumé, Ghost in the Shell : Innocence n'est pas un film facile d'accès. Plus précisement, Oshii ne tente pas de prendre le spectateur par la main pour expliquer ce qui se passe, ce qu'il faut comprendre. Il alterne les scènes de dialogue sur la morale et l'existentialisme, les scènes de combat sans autre fonction que la représentation de la violence et les scènes oniriques, qui n'ont généralement rien à voir avec le déroullement de l'intrigue. Le formidable passage du carnaval chinois dans la cité informatique est un bon exemple à ce propos. Comme dans la plupart de ses films, il faut s'asseoir tranquillement une fois le générique de fin terminé et se demander quel est le message de ce qu'on vient de voir. Pour ma part, j'en vois plusieurs, mais il est difficile d'en parler sans dévoiller la résolution de l'intrigue. Je ne m'étendrai donc pas là-dessus, pour ne pas gâcher le plaisir du spectateur. Il me suffit de répéter qu'on peut y voir les traditionnelles obsessions d'Oshii : les limites de la réalité virtuelle, l'humanisation de l'informatique ou encore la perte de valeurs des personnages principaux. Il arrive toujours un moment où ses protagnistes ne savent plus ce qui est bien, ce qui est mal, ce qui est justifié ou ce qui est autoritaire. La fin d'Innocence, qui est très dure et peut ~d'une certaine manière~ choquer l'occidental que nous sommes, est un très bon exemple de cette quête de sens dans le chef de Batou. Mais ce qui frappe directement et surtout dans Innocence, c'est la qualité de l'animation. Pour ma part, je n'ai jamais vu de dessin animé de meilleure qualité technique. L'utilisation de la 3D pour aider la réalisation de certains plans (des mouvements de caméra complexe, impossible à réalisé de manière fluide en animation traditionnelle sans perdre de détails, par exemple) est très heureuse. La 3D pour la 3D, technique que je n'ai jamais vraiment aimé, est également plutôt réussie. La scène d'introduction, copie conforme de la même scène dans le premier GITS, est le "making of a cyborg" d'une de ces androïdes de la nouvelle génération. On peut donc facilement comparer les deux scènes pour se rendre compte que les deux se valent largement. Autre plan époustoufflant, j'y reviens, est celui du carnaval chinois dans la cité/ordinateur. Les chars du carnaval, bourrés de détails, de jeux de lumières, sont de petits chef-d'oeuvre de modélisation 3D. Pas étonnant quand on voit que derrière l'animation se cache les Productions I.G. et le Studio Ghibli (au titre de co-producteur de l'animation). Les musiques, signées comme d'habitude avec Oshii par Kenji Kawai, ne sont présentent qu'à des moments clés du film. Elles sont là essentiellement pour soutenir les passages plus contemplatifs. Kawai ne s'est d'ailleurs pas spécialement tué à la tâche, puisque la plupart des pistes de la bande-son sont des variations sur le thème du premier Ghost in the Shell, ce qui permet également d'établir une filiation entre les deux opus. Pour conclure, je dirai que Ghost in the Shell : Innocence est un film à voir. D'abord et surtout pour ses qualités visuelles, qui établissent un nouveau référent dans le monde de l'animation. Ensuite également pour ses multiples messages. Mais moins pour ceux-ci, surtout dans le cas des spectateurs ayant déjà vu des films d'Oshii. Si l'on voit bien où il veut en venir, quels sont les sens cachés derrière les indices qu'il nous laisse, on ne peut en effet s'empêcher de ressentir à certains moment une vague impression de vide. A trop diluer l'histoire derrière des tableaux métaphoriques, j'imagine qu'on perd un peu de l'intérêt du spectateur. Ce fut le cas pour moi, en tout cas. -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://www.usenet-fr.news.eu.org/fur/conseils/frcs.html> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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