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[Date Prev][Date Next][Date Index] [IMPRESSIONS] Carnets de Voyage (Salles, 2004) [un peu de SPOILERS]
[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.selection.] Quelle image mentale posséde-t-on d'Ernesto "Che" Guevara ? deux, celle emblématique, voire iconique, du guerrier au bonnet. L'autre du combattant sur son lit de mort abattu par les agents US. Et il faut bien l'avouer pour ce qui nous concerne uniquement celles là. Walter Salles nous en propose une autre, beaucoup moins connue, tirée d'un récit de voyage à motocyclettes [Diarios de motocicleta] du Che lui même et d'un camarade de randonnée, Alberto Granado. Comme tout les grands hommes qui ont marqué l'Histoire, le Che fut tout d'abord ce jeune étudiant en médecine, pas encore diplomé de l'université, que le cinéaste nous propose de suivre à travers ses pérégrinations sud américaines. En effet Ernesto et son drolatique comparse Alberto, amateurs de trés belles femmes, ce sont mis dans l'idée de parcourir l'Amérique du Sud. Voyage de découverte pour nos deux médecins à dos de Moto. Une Moto tellement usagée qu'elle céde dés les premiéres centaines de kilométres. Inutile de dire que, comme toujours dans ce type de péripétie, le trajet planifié n'est jamais réalisé. D'aventures en aventures nos deux comparses, finalement, découvrent les difficiles conditions de vie des Indiens des Andes (qui émigrent vers les mines pour manger), des malades d'une léproserie alors qu'ils sortent à peine d'un cocon bien bourgeois. Le film est trés beau. Notamment pour les magnifiques paysages traversés en Argentine, au Chili et au Pérou (cf. la scéne au pied du Machu Picchu). Les couleurs des costumes sont souvent magnifique et la formidable esthétique de l'Amérique du Sud est particuliérement mise en valeur (boutiques aux agencements hétéroclites, sempiternels murs décrépis, costumes traditionnels chatoyants, mélange incessant de modernité et de passé dans les habits comme dans les habitations). Ca faisait longtemps que la programmation cinématographique ne nous avait pas offert une telle piéce de choix. Mais, à mon sens, ca n'est pas seulement parce qu'ils s'agit d'un film drôle, captivant et bien interprété que 'Carnets de Voyage' est un bon film. Il contient de plus une réflexion trés forte sur ce que l'on peut appeler la maniére d'étre au Monde. Car entre Ernesto et Alberto, malgré le vécu d'une expérience commune, il y a une totale opposition d'attitude. Le Che révéle une personnalité droite et intégre, (outrageusement, au sens propre) idéaliste. Alors qu'Alberto poursuit son chemin, pragmatique et bon vivant avant tout. Une réelle amitié anime les deux hommes. L'interrogation principale qui peut venir face à ce film, en tout cas la mienne : est-ce que finalement le Che, de part son attitude honnéte et révoltée à l'extréme, peut être viable ? Et le cinéaste d'une certaine maniére nous répond lorsqu'il clot son oeuvre. D'une maniére générale le film est trés propre et simple, il ne force pas le spectateur à adopter un point de vue. Chacun vagabonde dans cette réflexion. La derniére séquence, ou l'on voit Alberto aujourd'hui encore vivant le regard sombre peut apporter une réponse à la question. Tout d'abord il souligne, photos originale à l'appui dans le générique final, que le récit montré dans le film est véridique. On s'en convainct d'autant plus que le scénario a été écrit à partir des notes de voyage des deux protagonistes. Véracité du récit donc. Ernesto est mort dans son idéal alors qu'Alberto est encore vivant. Regrette-t-il ? On ne sait pas. Difficile de dire finalement quel projet de vie a été 'le meilleur'. le Che s'est montré non viable, mort sous son idéal, mais finalement est-ce une vie à regretter ? Une belle réflexion aussi sur l'Amitié, ou l'on sent à la fois de la distance et de la pudeur dans les relations entre les deux voyageurs. Personne ne force finalement personne à suivre personne. Le film est un bel hommage du survivant en l'honneur du souvenir d'amitié partagé. Trés beau film. Pour le coté road movie ca fait pas mal penser à 'Western' de Manuel Poirier avec un sujet moins grave mais tout aussi léger et rafraichissant dans la facon dont il s'organise. @+, Bek -- Publier sur fr.rec.cinema.selection : <URL:http://www.usenet-fr.news.eu.org/fur/conseils/frcs.html> Archives de fr.rec.cinema.selection : <URL:http://ghanima.dyndns.org/frcs/>
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