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[IMPRESSIONS] Carnets de Voyage (Salles, 2004) [un peu de SPOILERS]


  • Subject: [IMPRESSIONS] Carnets de Voyage (Salles, 2004) [un peu de SPOILERS]
  • From: Bekassou <bekassou@free.fr>
  • Date: 30 Sep 2004 10:10:01 GMT
  • Approved: modappbot@dspnet.fr.eu.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Moderation de fr.rec.cinema.selection
  • References: <415b3369$0$6607$626a14ce@news.free.fr>
  • Sender: modappbot@dspnet.fr.eu.org
  • Xref: unknown fr.rec.cinema.selection:287

[Mod: Ceci est la seconde publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.selection.]

Quelle image mentale posséde-t-on d'Ernesto "Che" Guevara ? deux, celle
emblématique, voire iconique, du guerrier au bonnet. L'autre du combattant
sur son lit de mort abattu par les agents US. Et il faut bien l'avouer pour
ce qui nous concerne uniquement celles là. Walter Salles nous en propose une
autre, beaucoup moins connue, tirée d'un récit de voyage à motocyclettes
[Diarios de motocicleta] du Che lui même et d'un camarade de randonnée,
Alberto Granado.
Comme tout les grands hommes qui ont marqué l'Histoire, le Che fut tout
d'abord ce jeune étudiant en médecine, pas encore diplomé de l'université,
que le cinéaste nous propose de suivre à travers ses pérégrinations sud
américaines. En effet Ernesto et son drolatique comparse Alberto, amateurs
de trés belles femmes, ce sont mis dans l'idée de parcourir l'Amérique du
Sud. Voyage de découverte pour nos deux médecins à dos de Moto. Une Moto
tellement usagée qu'elle céde dés les premiéres centaines de kilométres.
Inutile de dire que, comme toujours dans ce type de péripétie, le trajet
planifié n'est jamais réalisé. D'aventures en aventures nos deux comparses,
finalement, découvrent les difficiles conditions de vie des Indiens des
Andes (qui émigrent vers les mines pour manger), des malades d'une
léproserie alors qu'ils sortent à peine d'un cocon bien bourgeois.

Le film est trés beau. Notamment pour les magnifiques paysages traversés en
Argentine, au Chili et au Pérou (cf. la scéne au pied du Machu Picchu). Les
couleurs des costumes sont souvent magnifique et la formidable esthétique de
l'Amérique du Sud est particuliérement mise en valeur (boutiques aux
agencements hétéroclites, sempiternels murs décrépis, costumes traditionnels
chatoyants, mélange incessant de modernité et de passé dans les habits comme
dans les habitations).

Ca faisait longtemps que la programmation cinématographique ne nous avait
pas offert une telle piéce de choix. Mais, à mon sens, ca n'est pas
seulement parce qu'ils s'agit d'un film drôle, captivant et bien interprété
que 'Carnets de Voyage' est un bon film. Il contient de plus une réflexion
trés forte sur ce que l'on peut appeler la maniére d'étre au Monde. Car
entre Ernesto et Alberto, malgré le vécu d'une expérience commune, il y a
une totale opposition d'attitude. Le Che révéle une personnalité droite et
intégre, (outrageusement, au sens propre) idéaliste. Alors qu'Alberto
poursuit son chemin, pragmatique et bon vivant avant tout. Une réelle amitié
anime les deux hommes. L'interrogation principale qui peut venir face à ce
film, en tout cas la mienne : est-ce que finalement le Che, de part son
attitude honnéte et révoltée à l'extréme, peut être viable ?

Et le cinéaste d'une certaine maniére nous répond lorsqu'il clot son oeuvre.
D'une maniére générale le film est trés propre et simple, il ne force pas le
spectateur à adopter un point de vue. Chacun vagabonde dans cette réflexion.
La derniére séquence, ou l'on voit Alberto aujourd'hui encore vivant le
regard sombre peut apporter une réponse à la question.


Tout d'abord il souligne, photos originale à l'appui dans le générique
final, que le récit montré dans le film est véridique. On s'en convainct
d'autant plus que le scénario a été écrit à partir des notes de voyage des
deux protagonistes. Véracité du récit donc. Ernesto est mort dans son idéal
alors qu'Alberto est encore vivant. Regrette-t-il ? On ne sait pas.
Difficile de dire finalement quel projet de vie a été 'le meilleur'. le Che
s'est montré non viable, mort sous son idéal, mais finalement est-ce une vie
à regretter ?

Une belle réflexion aussi sur l'Amitié, ou l'on sent à la fois de la
distance et de la pudeur dans les relations entre les deux voyageurs.
Personne ne force finalement personne à suivre personne. Le film est un bel
hommage du survivant en l'honneur du souvenir d'amitié partagé. Trés beau
film. Pour le coté road movie ca fait pas mal penser à 'Western' de Manuel
Poirier avec un sujet moins grave mais tout aussi léger et rafraichissant
dans la facon dont il s'organise.

@+, Bek

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